Orientation : A qui le rôle central dans l'établissement ? 

"Le rôle du chef d'établissement et à travers lui des établissements est essentiel". En ouvrant le colloque sur le rôle des établissements dans l'orientation, au Salon APB, le 6 janvier, Thierry Mandon a mis le doigt sur le problème. Evoquer l'orientation post bac c'est à la fois montrer que l'établissement est l'outil de l'égalité et donc de la démocratisation de l'accès au supérieur et que ses dysfonctionnements sont pour quelque chose dans les difficultés à mettre en place les politiques d'orientation. Agnès Van Zanten, des chefs d'établissement, une enseignante, une responsable d'un service académique d'orientation (CSAIO) ont montré l'écart entre le rêve et le réel...

 

L'orientation, défi de la démocratisation

 

 Après un Salon difficile début 2016, suite aux attentats, le Salon APB 2017 a accueilli des milliers de jeunes à Paris les 6 et 7 janvier. A quelques jours des premiers voeux dans APB (à partir du 20 janvier), il y avait foule sur les stands des BTS mais aussi de nombreux jeunes qui voulaient en savoir plus sur les écoles ou les universités.  Certains étaient venus avec leurs parents d'autres avec leur professeur.

 

Au milieu de la foule, Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur, venu ouvrir le Salon et le colloque sur l'orientation en établissement. T Mandon a fait le tour des stands en s'arrêtant sur la nouveauté du Salon,  un bar à moocs où les jeunes peuvent découvrir des disciplines qui n'existent pas dans le secondaire.

 

"L'engouement pour la poursuite des études post bac est une chance pour notre pays", a rappelé T Mandon. "C'est un défi, le défi de la conjugaison de la démocratisation et de l'exigence". Chaque année le nombre de jeunes qui poursuivent des études post bac augmente de 2%. En 2016, 765 659 candidats ont émis des voeux pour 12 382 formations dans APB.

 

Le ministre a rappelé les objectifs pour 2017 : faciliter l'accès des bacheliers technologiques en IUT. Un récent rapport montre qu'ils sont de plus en plus nombreux à aller en licence où leur taux de réussite est faible. Et aussi ouvrir les BTS aux bacheliers professionnels : à cette rentrée 2000 places supplémentaires ont été ouvertes précise T Mandon. Pour atteindre ce défi, "je rêve d'un jour où ce choix intime (de l'orientation) sera fait dans le cadre du secondaire", a dit le ministre.

 

Un propos confirmé par Michel Quéré, directeur de l'Onisep, et co organisateur avec l'AEF du Salon APB, qui évoque "le rôle de chef d'orchestre du chef d'établissement pour amorcer une transition la moins heurtée possible" entre lycée et supérieur.

 

Les contradictions de l'orientation

 

 Si cette transition est délicate c'est d'abord parce que l'orientation a du mal à trouver place au lycée, explique Agnès Van Zanten. Elle montre la multiplicité des objectifs associés à l'orientation et parfois leur contradiction. On veut à la fois améliorer la compétitivité économique de la France, remplir toutes les filières et réduire les inégalités sociales, ce qui fait beaucoup.

 

Les contradictions sont aussi dans l'établissement. Celui ci privilégie-t-il la lutte contre le décrochage, la réussite au bac ou l'orientation post bac ? Faut-il pousser tous les jeunes vers les études supérieure sou leur laisser le choix ?

 

A Van Zanten relève aussi la méconnaissance de l'enseignement supérieur dans le secondaire, d'autant que le paysage français est bien plus complexe que dans les autres pays et que les établissements ont peu de lien avec le supérieur (hormis leurs propres filières). Qui dans l'établissement va prendre en charge l'orientation et coordonner le travail des personnels ?

 

Une étude qu'elle a menée auprès d'une quarantaine d'établissements franciliens montre que les établissements sont très inégaux et très différents. Certains accordent beaucoup d'importance au post bac et par exemple aux prépas quand d'autres visent le bac et informent surtout sur les BTS. Certains traitent l'orientation dès la seconde d'autres attendent l'ouverture d'APB.

 

"Ces différences ne se distribuent pas au hasard", conclue A Van Zanten. Comme si l'incitation à travailler l'orientation était un révélateur des tensions et des inégalités qui traversent le système éducatif.

 

Des profs résistants ?

 

 La table ronde qui a suivi a illustré ces écarts. "J'entends que les professeurs sont "résistants" à l'orientation", explique Marie Marchal, professeure de SES en charge de l'orientation dans un lycée de l'est parisien. "Mais j'enseigne une discipline où pour faire travailler les élèves je dois les projeter dans le post bac". Elle montre comment elle utilise les heures d'accompagnement personnalisé pour ce travail. L'orientation s'appuie sur les témoignages des anciens élèves qui reviennent un an après le bac, voire en bac +3.  Mais son travail est aussi reconnu par une IMP qui lui donne de la légitimité dans l'établissement.

 

Gwanaël Surel, proviseur du lycée d'Ancenis, se reconnait dans l'image du lycée qui attend janvier pour parler d'orientation en terminale. "Notre souci premier c'est le bac. On est temporalisé par lui et tout s'organise autour de lui". C'est aussi la réussite au bac qu'attendent les parents. "Les professeurs pensent d'abord au bac. On ne peut pas leur demander de privilégier des choses différentes dans un temps aussi réduit". A l'inverse, Isabelle Malter, proviseure d'un lycée privé de centre ville à Montpellier, investit dans le travail d'orientation car c'est la demande numéro 1 des parents.

 

Dominique Lévêque, CSIAO de l'académie de Lille, mise sur l'outil Folio et le Parcours Avenir. Folio "est le prétexte à installer la politique d'orientation", car il faut bien le remplir. Quant au Parcours Avenir,  "sa mise en place va obliger les chefs d'établissement à interroger leurs équipes sur ce qui se fait, car il se fait des milliers de choses qui ne sont pas formalisées. Le Parcours Avenir c'est le nerf de la guerre. Il faut entrer l'orientation dans le disciplinaire", affirme-t-elle tout en assurant rester lucide. "Ca va prendre du temps"...

 

Un point fait l'unanimité : les coachs privés. "Ils détricotent ce qu'on fait en donnant des illusions aux élève", explique G Surel. Sa collègue du privé partage. L'orientation c'est décidément une affaire d'établissement.

 

François Jarraud

 

PS : Extrait des "8 moments clés d'APB" : une excellente brochure distribuée par l'Onisep sur le Salon APB

 

Par fjarraud , le mardi 10 janvier 2017.

Commentaires

  • RobinA, le 14/01/2017 à 15:34

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