Ecoles hors contrat : Un rapport inquiétant 

Alors qu'une école hors contrat des Hauts de Seine se défend dans les colonnes du Parisien suite à une inspection qui s'est mal passée, que sait-on des enseignements donnés dans ces écoles et des relevés faits par l'administration lors d'inspections surprises ? Le Café pédagogique s'est procuré un rapport réalisé en 2016 pour l'Académie de Versailles. Il montre d'inquiétantes dérives dans les écoles inspectées, notamment une faillite éducative bien réelle. Pourtant ces écoles ont le vent en poupe. Pire, la journée du 5 mars a démontré leur présence politique et une éventuelle alternance politique pourrait leur donner un second souffle.

 

Dix ans d'une question devenue politique

 

26 janvier : saisi par des parlementaires Républicains, le Conseil constitutionnel annule le régime d'autorisation que le gouvernement voulait instituer sur les écoles hors contrat. C'est le dernier épisode d'une bataille politique commencée il y a 10 ans et dont l'enjeu est la multiplication des écoles privées.

 

2007, N Sarkozy donne instruction à son ministre, X Darcos, d'encourager le développement des écoles privées : " vous ne dissuaderez pas les établissements privés de s’installer dans des quartiers en difficulté et, au contraire, vous soutiendrez, lorsqu’ils existent, de tels projets d’installation, dans le respect des grands équilibres nationaux". Mars 2008 la Fondation pour l'Ecole est reconnue d'utilité publique. Cela accélère nettement la multiplication des écoles hors contrat traditionalistes. Parallèlement , les écoles musulmanes commencent un développement assez rapide.

 

Dix ans plus tard, la situation est devenue plus complexe. Le candidat Républicains trouve ses plus fidèles soutiens dans les milieux traditionalistes proches des écoles hors contrat et elles continuent à prospérer. Le gouvernement a multiplié les contrôles dès 2013 en ciblant toutes les écoles hors contrat.

 

Une trentaine d'écoles contrôlées

 

C'est ce que montre un rapport de synthèse des inspecteurs réalisé pour l'Académie de Versailles. L'académie compte une centaine d'écoles hors contrat relevant de courants différents. Le plus grand nombre se réclame de courants catholiques traditionalistes soit proches de Mgr Lefebvre soit proches de l'Opus Dei. Un nombre aussi important d'écoles s'affiche come écoles " Montessori". On trouve aussi des écoles musulmanes, quelques écoles évangélistes, Steiner et arménienne.

 

Sur trois ans une trentaine d'écoles auraient fait l'objet de contrôles, souvent suite à des plaintes ou à des dénonciations. Autrement dit les contrôles ne reflètent que les situations qui inquiètent l'administration. Mais cela concerne quand même à peu près une école sur trois...

 

Quelles sont leurs obligations légales ?

 

" Les contrôles opérés par l’Etat dans les écoles privées hors contrat ont pour mission de garantir le respect des droits de l’enfant en matière d’éducation et d’instruction. Ils vérifient si l’instruction proposée a pour objectif de faire partager aux élèves les valeurs de la République, de permettre à chacun de développer sa personnalité… d'exercer sa citoyenneté", rappelle le rapport. Ces contrôles sont basés les droits de l'enfant tels qu'ils sont reconnus par la Convention internationale et sur la loi d'orientation de 2013 qui reconnait à l'enfant un droit à l'éducation et à la formation scolaire.

 

Notamment les articles L 131-1-1 et L122-1-1 du Code de l'éducation précisent le contenu de ce droit à l'instruction. Cela comprend par exemple la garantie de développer son esprit critique et la capacité à " s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté". L'article L 122-1-1 garantit à chaque élève " les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité".

 

C'est sur ces bases juridiques que se font les opérations commando du rectorat. Une inspectrice nous a expliqué que ces visites sont toujours inopinées et très complètes. C'est d'ailleurs pour ne pas dévoiler le détail de ces visites et les techniques des inspecteurs que nous ne publions pas le texte intégral du rapport.

 

Le socle reste ignoré

 

" Les sites internet des écoles disent viser la réussite de tous les enfants, voire l’accès à l’excellence. Systématiquement sont soulignées la prise en charge des élèves en difficultés, des enfants intellectuellement précoces et une éducation morale de haut niveau. L’affichage revendique un climat propice aux études et au bien-être, une pédagogie individualisée, la bienveillance des maîtres, la liberté et le respect des rythmes avec, pour quelques-unes, le choix des « bonnes vieilles méthodes qui ont fait leur preuve » et une éducation à des valeurs morales", rappelle le rapport. Malheureusement il n'en est souvent rien.

 

Très souvent ces écoles affirment utiliser des méthodes Montessori. Mais " les dimensions pédagogiques sont détournées de leurs enjeux et amputées de ce qui les fonde théoriquement", relève le rapport.

 

Mais ce que révèle en premier le rapport c'est qu'aucune des écoles contrôlées ne respecte le socle commun. Les écoles ont une marge de manoeuvre pour l'appliquer. Elles ne sont pas tenues de respecter les programmes annuels et les cycles. Mais au final elles doivent donner un enseignement complet quitte à rééquilibrer d'une année sur l'autre des déficits dans une matière.

 

Un enseignement qui écarte les discipline gênantes

 

Or ce que montre le rapport c'est que des disciplines ne sont  pas enseignées ou extrêmement superficiellement. La plupart des écoles controlées s'en tiennent au français et aux maths.  Ce sont "des pans entiers du savoir" qui ne sont jamais abordés. Les sciences , l'histoire géographie, les arts, l'EPS sont réduits à presque rien au bénéfice d'exercices de français et de maths répétés.  

 

Ces écoles, selon le rapport, fuient l'expérimentation scientifique. "Le matériel, quand il existe, n’est pas utilisé.. L’observation des locaux et des équipements (de leur absence ou de leur inadaptation) confirme que les enfants ne peuvent développer les compétences scientifiques et technologiques. Le fait d’éprouver, d’expérimenter, de déduire pour comprendre et apprendre n’est pas pris en compte dans les enseignements." On trouve parfois de curieux enseignements notés dans les cahiers de physique : "Le son nous révèle la nature des choses et des êtres vivants... L’être humain a séparé les instruments à cordes et à vent mais en lui, les deux sont à jamais unis".

 

Pétain sauveur de la France

 

"En histoire géographie, celle-ci est souvent exclue", nous a confié une inspectrice, "connaitre le monde c'est connaitre sa diversité le multiculturalisme". Le rapport signale des enseignements erronés. Dans telle école catholique, les pages sur la contraception du manuel de SVT sont collées. Dans telle autre on apprend que "Pétain a sauvé la France" et que "des ingrats ont fui en Angleterre"... Une autre école traditionaliste apprend en guise d'instruction civique des thèmes originaux :"comment apprend on à reconnaitre la race blanche" ou "comment se comporter avec un supérieur, un égal et un inférieur".

 

Un appel à la vigilance

 

Les apprentissages reposent sur le par coeur et l'entrainement. " Les situations d’apprentissage rencontrées, fondées sur la lecture, la répétition sans explication, sans recherche d’appropriation personnelle par les élèves, reposent essentiellement sur des activités ritualisées et des routines qui renvoient à une dimension mécanique des apprentissages très éloignée des ambitions affichées. La copie, l’imitation,la répétition, l’entrainement sont certes des modes d’apprentissage utiles; pour autant ils nous interrogent dès lors qu’ils ne laissent pas de place à d’autres modalités plus propices au développement de la pensée, de l’esprit critique, à la mise à distance, à l’argumentation personnelle et au questionnement". Le mot "conditionnement" apparait dans le rapport.

 

"La vigilance s’impose sur les effets d’une éducation qui impose des croyances ou des convictions et occulte des pans entiers du savoir au profit d’une idéologie", conclue le rapport. Ce rapport ne vise que les écoles hors contrat qui sont apparues douteuses aux autorités académiques. Mais la gravité des faits constatés et leur présence dans environ une école sur trois, imposent que la République ne baisse pas sa garde à l'avenir tant sur la question de l'autorisation que sur les contrôles. Un sujet qui devient vraiment politique après le 5 mars...

 

François Jarraud

 

Décision du Conseil constitutionnel

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 07 mars 2017.

Commentaires

  • amelimimi, le 15/03/2017 à 19:53
    je suis très surprise à la lecture de cet article ,il donne un éclairage différent, qui croire ?le voici :
     Françoise Candelier, institutrice durant 30 ans dans le public, qui a créé une école hors contrat à Croix, dans le Nord.
    "Je suis passée directement du public au privé hors contrat sans connaître le privé sous contrat. Je l’ai découvert à travers les enfants qui en viennent, c’est-à-dire à travers ceux dont les parents ont décidé de les en faire sortir. Or maintenant que je reçois les cahiers d’enfants issus du privé sous contrat, je constate que celui-ci est contaminé par le pédagogisme, tout autant que le public, hormis peut-être dans certains établissements situés dans des quartiers favorisés, mais c’est là une question de catégories sociales. Tout ce dont le privé sous contrat peut se prévaloir, c’est de pouvoir maintenir une certaine discipline, ne serait-ce que parce qu’il a la faculté de pouvoir se séparer des éléments perturbateurs, ce qui n’est pas le cas du public, obligé de garder tout le monde. Sinon, je n’y vois pas de résistance au pédagogisme, car il est dans le système dont il reçoit les subsides qui lui permettent de vivre. En contrepartie – c’est le « contrat » –, il est tenu d’appliquer les programmes et les directives de l’Education nationale, et il est tout autant contraint d’appliquer les réformes destructrices.

    Alors quelles sont les spécificités de l’école hors contrat que vous avez créée ? Que proposez-vous aux parents qui souhaitent renouer avec la transmission ?

    Tout d’abord, je ne veux plus qu’on me demande de l’originalité : je veux donner du classicisme et je le revendique ! L’école n’est pas là pour faire des expériences sur les enfants des autres. Elle n’est pas là pour prendre les enfants des autres afin d’en faire des cobayes ! La transmission, c’est simple : cela consiste à remplir les valises de la génération qui arrive de valeurs et d’oeuvres qui ont été mises à l’épreuve du temps. C’est le temps qui donne la valeur aux choses. C’est donc une démarche d’humilité : que dois-je mettre dans les valises de l’enfant pour qu’il puisse ensuite construire autre chose que je n’ai même pas à imaginer ? L’école hors contrat que j’ai créée propose de retrouver le niveau de l’école publique des années 1960, qui était la meilleure du monde. Elle propose de la grammaire de mots, pour pouvoir étudier un jour le latin ou l’allemand. Elle propose de la chronologie en histoire. Elle propose de connaître la carte de la France, puis de l’Europe. Elle propose de remplir la valise de toutes les choses solides qui sont indispensables pour se structurer… et que demandent les parents ! Le niveau des élèves que je vois arriver me confirme que nous vivons une véritable tragédie nationale. Ils ne connaissent rien. Bien sûr, il y a toujours un tiers des élèves qui ont un bon niveau, mais pas grâce à l’Education nationale, grâce à leurs parents ! La sélection existe toujours, mais c’est une sélection sociale ! Pour les autres, c’est une catastrophe. Alors nous remplissons la valise."


    qu'en pensez-vous , très honnêtement?
  • amelimimi, le 15/03/2017 à 19:46
    je suis très surprise à la lecture de cet article ,il donne un éclairage différent, qui croire ?le voici :
     Françoise Candelier, institutrice durant 30 ans dans le public, qui a créé une école hors contrat à Croix, dans le Nord.
    "Je suis passée directement du public au privé hors contrat sans connaître le privé sous contrat. Je l’ai découvert à travers les enfants qui en viennent, c’est-à-dire à travers ceux dont les parents ont décidé de les en faire sortir. Or maintenant que je reçois les cahiers d’enfants issus du privé sous contrat, je constate que celui-ci est contaminé par le pédagogisme, tout autant que le public, hormis peut-être dans certains établissements situés dans des quartiers favorisés, mais c’est là une question de catégories sociales. Tout ce dont le privé sous contrat peut se prévaloir, c’est de pouvoir maintenir une certaine discipline, ne serait-ce que parce qu’il a la faculté de pouvoir se séparer des éléments perturbateurs, ce qui n’est pas le cas du public, obligé de garder tout le monde. Sinon, je n’y vois pas de résistance au pédagogisme, car il est dans le système dont il reçoit les subsides qui lui permettent de vivre. En contrepartie – c’est le « contrat » –, il est tenu d’appliquer les programmes et les directives de l’Education nationale, et il est tout autant contraint d’appliquer les réformes destructrices.

    Alors quelles sont les spécificités de l’école hors contrat que vous avez créée ? Que proposez-vous aux parents qui souhaitent renouer avec la transmission ?

    Tout d’abord, je ne veux plus qu’on me demande de l’originalité : je veux donner du classicisme et je le revendique ! L’école n’est pas là pour faire des expériences sur les enfants des autres. Elle n’est pas là pour prendre les enfants des autres afin d’en faire des cobayes ! La transmission, c’est simple : cela consiste à remplir les valises de la génération qui arrive de valeurs et d’oeuvres qui ont été mises à l’épreuve du temps. C’est le temps qui donne la valeur aux choses. C’est donc une démarche d’humilité : que dois-je mettre dans les valises de l’enfant pour qu’il puisse ensuite construire autre chose que je n’ai même pas à imaginer ? L’école hors contrat que j’ai créée propose de retrouver le niveau de l’école publique des années 1960, qui était la meilleure du monde. Elle propose de la grammaire de mots, pour pouvoir étudier un jour le latin ou l’allemand. Elle propose de la chronologie en histoire. Elle propose de connaître la carte de la France, puis de l’Europe. Elle propose de remplir la valise de toutes les choses solides qui sont indispensables pour se structurer… et que demandent les parents ! Le niveau des élèves que je vois arriver me confirme que nous vivons une véritable tragédie nationale. Ils ne connaissent rien. Bien sûr, il y a toujours un tiers des élèves qui ont un bon niveau, mais pas grâce à l’Education nationale, grâce à leurs parents ! La sélection existe toujours, mais c’est une sélection sociale ! Pour les autres, c’est une catastrophe. Alors nous remplissons la valise."


    qu'en pensez-vous , très honnêtement?
  • maria58, le 07/03/2017 à 09:26
    Ce rapport d’inspection confirme donc que les écoles hors contrat posent de sérieux problèmes.

    Il est d'autant plus déplorable que l'Etat finance leur fonctionnement. 
    Ce qu'il fait, indirectement, en finançant les (nombreux) Volontaires en Service Civique que ces écoles recrutent, et grâce auxquels elles affichent des taux d'encadrement séduisants, sans que cela leur coûte grand chose en tant qu’employeurs (« associatifs »).

    Exemple avec les écoles "Espérance banlieue"
    4 VSC effectuant chacun 35h de travail et coûtant à Espérance Banlieue Asnières 106€/ mois soit 0,75€ de l’heure.

    Entre défense de la laïcité dans l'intérêt des enfants, et baisse du " coût du travail "  pour les employeurs, le gouvernement a hélas choisi.

    • amelimimi, le 15/03/2017 à 19:26
      bonjour MARIA78 connaissez-vous les écoles espérances banlieue indépendamment de leur coût? avez-vous eu un quelconque avis négatif de la part des familles , des habitants ?  pourquoi ces écoles ne pourraient-elles pas puisqu'elles éduquent nos enfants comme le feraient l'école publique bénéficier d'aides ? d'autant que les familles ne sont pas "saignées" ;voici ce que j'ai pu relever :
         Dans les écoles Espérance Banlieues, le coût d'un élève est moins élevé qu'ailleurs. Par exemple, le coût annuel d'un de nos élèves au collège est de 4 742 € pour 9 527 € dans le public (dans un secteur comparable), soit plus de 50 % plus faible.  
      Elles sont financées par des dons : alors pourquoi votre colère sur de "sérieux problèmes" qui ne les concernent pas ?Je vous remercie de donner des informations justes .
      Je n'ai rien à voir avec ces écoles, mais je me suis informée , curieuse de savoir comment cela fonctionnait.

      Bien qu’elle représente un réel sacrifice pour beaucoup d’entre eux, la contribution financière des parents couvre à peine 20 % du budget de fonctionnement des écoles.

      budget-fonctionnement-ecoles

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