A Grasse, après la fusillade, le jour d'après... 

"Ca ne peut pas s'oublier un événement comme celui-là. Ca aurait pu être une tuerie". Pour Antoine, un professeur du lycée Tocqueville de Grasse, la journée du 16 mars laissera des traces. Ce matin les enseignants et les élèves qui le souhaitent retournent au lycée. S'il est trop tôt pour faire cours, beaucoup ressentent le besoin de se confier et de parler. Les enseignants les accueillent.

 

Le 16 mars vers 12h45 un jeune élève de première L du lycée Tocqueville de Grasse pénètre dans le lycée avec un fusil et deux armes de poing. Il tire sur le proviseur et trois élèves avant d'être désarmé par la police.

 

Tirs et fuites

 

Interrogé par le Café pédagogique, Antoine (1), un professeur de l'établissement, raconte comment il a vécu cette journée. "C'est un de mes élèves qui est venu armé et qui a tiré", nous dit-il. "Il a commencé par tirer en l'air et demander aux élèves dans la cour de partir. Le proviseur, très courageusement, lui a demandé de se calmer. Il s'est approché et l'élève lui a tiré dessus dans le bras. L'élève a ensuite mis en joue deux professeurs qui étaient là. Trois élèves ont reçu des coups de feu. Ils ont été criblés de plomb.

 

L'élève est entré dans plusieurs salles. Parfois très poliment. Mais il a aussi tiré sur une salle de classe. Il est monté sur le toit. Avec des élèves je me suis enfui. Mais des classes se sont barricadées et sont restées enfermées des heures. Les élèves ont été accueillis par les riverains. On était près de 200 professeurs et élèves chez deux voisins qui nous ont ouvert leur porte. D'autres élèves se sont réfugiés dans des commerces.  Je ne saurais pas dire combien de temps cela a duré. On perd la notion du temps dans ces moments ". En fait le tireur est arrêté par la police vers 13h05. Vers 16h le lycée est totalement évacué et la police lève l'alerte.

 

La ministre rencontre le personnel

 

Venue de Besançon, N Vallaud Belkacem, accompagnée du recteur , de C Estrosi et d'E Ciotti arrive au lycée. "La ministre a rencontré le personnel réuni au gymnase. Elle a salué le comportement héroïque du proviseur et annoncé l'arrivée d'une cellule de soutien psychologique dès vendredi. Elle a échangé avec les enseignants sur ce qu'il faut faire ce vendredi. Elle a invité les enseignants à réouvrir le lycée".

 

Dans un communiqué, la ministre évoque " l’acte insensé acte d’un jeune homme fasciné par la violence et les armes à feu". Elle assure de "la pleine résolution de l’Etat pour renforcer la sécurité dans les établissements scolaires, en partenariat avec les collectivités locales". Elle a rappelé qu'elle a développé "une véritable culture de la sécurité dans les établissements scolaires. Nous avons ainsi généralisé les procédures d’alerte et de gestion de crise, les exercices de protection des élèves et des enseignants, les mesures favorisant l’intervention immédiate des forces de l’ordre. Les plans particuliers de mise en sécurité des établissements scolaires ont été actualisés".

 

Une politique de sécurité en défaut ?

 

Justement ce même 16 mars, le ministère publiait un rapport de l'inspection générale sur la sécurité des établissements. Et la ministre avait décidé d'n suivre les recommandations. Le rapport disait notamment que "aucun des dispositifs existants n’a été conçu et n’est adapté pour répondre à la menace d’un attentat".

 

Alors la politique mise en oeuvre a-t-elle été inutile ? "Je ne crois pas", nous dit Antoine. "La police a félicité les classes qui s'étaient confinées car elles ont pleinement respecté les consignes. L'évacuation a été chaotique mais l'exercice de confinement s'est avéré utile. On a demandé à la ministre ce qu'il faut faire pour sécuriser le lycée. Mais c'est très compliqué. Ce n'est pas une histoire de portique car c'est un de nos élèves qui a tiré. Il était connu des surveillants à l'accueil. On a demandé à la ministre des postes de surveillants en plus car plusieurs ont été supprimés.

 

Que faire ce vendredi ?

 

Que vont faire les enseignants ce vendredi ? "On ne fera pas cours", nous dit Antoine. "Elèves et professeurs réagissent différemment à ce qui s'est passé. Beaucoup d'élèves, peut-être 150 ou 200, ont vu le tireur parce que c'était à l'heure du repas. Beaucoup ont vu les flaques de sang. Tout cela est très impressionnant. Les enseignants sont très choqués aussi. Vous comprenez c'est un de nos élèves qui a fait ça". Le jeune tireur est décrit par Antoine comme "un élève qui ne pose pas de problème". Selon des élèves il aurait été harcelé par des camarades.

 

"L'événement a rapproché les professeurs et les élèves", conclue Antoine. "On était déjà dans un lycée ou il y a du vivre ensemble. Mais on a vécu un moment de solidarité et ça va rester. On ne peut pas oublier une journée comme celle là".

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

Des insuffisances dans les mesures de sécurité

 (1) Antoine est un prénom d'emprunt le professeur souhaitant garder l'anonymat

 

Par fjarraud , le vendredi 17 mars 2017.

Commentaires

  • thais8026, le 17/03/2017 à 13:31
    Réouvrir le lycée ! Accueillir les élèves alors que l'on est soi-même en état de choc !
    Comment regarder ses élèves après cela ? Risquez de les voir tous comme de potentiel tueur !
    Il faut du temps, de la prise en charge mais dans l'urgence on va s'occuper des élèves, ce qui est normal, et les profs vont mettre un mouchoir sur leur choc car on ne leur laisse pas le temps de digérer cela.
    Mais là, c'est un choc post- traumatique qu'ils risquent.
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