Fcpe : Epuisants devoirs.. 

"Cet impératif peut contribuer à épuiser les familles, à les désespérer de toute préoccupation scolaire". Dans une nouvelle Note de la Fcpe, Etienne Douat, Université de Poitiers, tord le cou aux devoirs à la maison en trouvant quelques arguments inédits.  Car la cause est entendue depuis très longtemps et le cou a déjà fait pas mal de tours. E Douat rappelle pourquoi les devoirs à la maison sont une mauvaise action au moins à l'école primaire. Resterait à comprendre alors pourquoi parents et enseignants y sont si attachés...

 

Une pratique inégalitaire

 

Cette troisième Note du Conseil scientifique de la Fcpe publiée le 18 avril vise à éclairer le débat présidentiel, si tant est qu'il s'intéresse sérieusement à l'Ecole. La question des devoirs à la maison a fait l'objet de nombreux rapports et d'études sérieuses. La plus marquante récemment a été celle de Séverine Kakpo qui a pu montrer comment les devoirs à la maison contribuent à la fabrique des inégalités.

 

Etienne Douat rappelle tout cela en développant une argumentation capable de sensibiliser les familles. " La réalisation régulière et scolairement adéquate des devoirs réclame un certain style de vie, des ressources matérielles, une organisation domestique particulière, la présence et la disponibilité quotidiennes d’un parent doté d’un minimum de capital scolaire et d’un rapport lettré au langage. Lorsqu’ils sont dans des espaces familiaux marqués par la précarité économique, des parcours scolaires abrégés, des perspectives instables, les élèves vivent des expériences dont l’enchainement complique et rend parfois impossible leur soumission aux demandes de l’école", rappelle E Douat. Ainsi les devoirs à la maison contribuent à creuser les inégalités sociales à l'Ecole.

 

Un impact négatif sur les familles populaires

 

Etienne Douat développe l'impact des devoirs sur la vie familiale et le rapport à l'école des parents. " La prescription régulière de devoirs à la maison peut être considérée comme une dimension de la socialisation scolaire et appréhendée sous l’angle des effets qu’elle peut produire dans le cadre familial. Pour les populations dont les modes de vie sont les plus dissonants par rapport aux exigences de l’école, l’expérience régulière d’un impossible suivi du travail scolaire hors l’école de leur enfant peut générer un sentiment d’impuissance face à un enjeu scolaire dont ils ont par ailleurs largement intériorisé l’importance. Les familles les plus éloignées de l’institution se retrouvent ainsi seules face à des problèmes (scolaires) insolubles et s’exposent à une double disqualification", écrit-il.

 

Alors comment expliquer que les devoirs à la maison existent toujours ? Comme le chiendent ils résistent à tout et repoussent après chaque interdiction, et celles-ci se succèdent depuis 1956.

 

Une célébration nationale ?

 

Il y a d'abord un grand flou dans "l'interdiction" toujours accompagnée de restrictions particulières. E Douat avance des explications. " L’externalisation d’une part non négligeable et parfois décisive du travail scolaire peut ainsi être considéré comme une habitude pratique permettant de soutenir la tendance de l’institution scolaire à situer l’essentiel des problèmes et les causes de « l’échec » au niveau de la famille. Le système des devoirs (et les réponses décalées qu’il peut générer) favorise et renforce une approche essentialiste et décontextualisée de la difficulté scolaire, centrée sur le rôle des parents et les « carences » de l’élève, au détriment d’un examen critique des procédures d’apprentissage et des contenus d’enseignement au niveau de l’institution".

 

Mais il avance d'autres facteurs. " Les familles tendent à partager avec les enseignants l’idée que les devoirs sont indispensables à la « fixation des apprentissages réalisés en classe » et indissociables d’une « bonne scolarité ». Si les parents adhèrent aux devoirs c’est aussi parce qu’ils « ouvrent une fenêtre sur la classe », peuvent donner le sentiment de pouvoir « peser favorablement dans la scolarité de leurs enfants » et permettent d’apparaître comme de « bons partenaires » (en réponse au mot d’ordre actuel de la coéducation)".

 

On mesure alors que les devoirs ont une utilité bien plus grande que la très relative efficacité pédagogique. Ils participent d'une cérémonie partagée de l'Ecole et d'un des rares échanges entre l'Ecole et les parents que même les associations de parents d'élèves soutiennent indirectement en défendant le principe de la coéducation. Traitres devoirs !

 

François Jarraud

 

Note de la Fcpe

S Kakpo : Les devoirs à la maison

Devoirs à quoi ça sert ?

P Rayou : Les devoirs "conteneurs à maletendus"

Les devoirs à ma maison sont-ils réellement interdits ?

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 19 avril 2017.

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