Les parents : Acteurs, consommateurs ou gêneurs ? 

"Peu d'acteurs refusent le fait que les parents aient un rôle à jouer à l'Ecole. Sur ce point il y a un consensus. Le débat porte plutôt sur les formes de participation." En 2013, à l'occasion de la publication d'un numéro de la Revue de Sèvres sur l'Ecole et les parents, Xavier Pons résumait ainsi la question de la place des parents dans l'Ecole. Quatre ans et un  quinquennat plus tard la coéducation est officiellement décrétée. Or c'est pourtant le titre "Parents gêneurs ou acteurs" que la revue Administration & Education emprunte pour traiter la même question. Comme le disent Claude Bisson-Vaivre et  Martine Kherroubi, qui ont co dirigé ce numéro, "le regard que les acteurs de l'école et les parents se portent réciproquement ne traduit pas le passage espéré d'une logique conflictuelle à une logique de confiance partagée". Mais ce numéro fait beaucoup plus que dénoncer l'asymétrie de la relation école-parents. Il en cisèle contour en multipliant les interventions des chercheurs. Au vu dela richesse des contributions, on comprend alors que les parents sont "les fantômes" de la formation initiale des enseignants cela n'a rien à voir avec la rareté des travaux de recherche et beaucoup avec la tradition scolaire...

 

Du discours au terrain

 

 Où en est la coéducation en 2017 ? Officiellement la Refondation en a fait un des pivots de la réforme et la place des parents dans la réussite des élèves est reconnue. Des textes ont donné de nouveaux droits aux parents à l'image de l'expérimentation du dernier mot aux parents prolongée par un décret publié en avril 2017. L'institution scolaire encourage à multiplier les espaces parents dans les établissements. Et la promesse du candidat Hollande de créer un statut du parents délégué a été tenue, même si elle ne concerne que les élus académiques et nationaux.

 

Mais ce qui justifie ce numéro c'est que la réalité est tout autre. Et C Bisson-Vaivre , qui est le médiateur de l'Education nationale, le constate largement dans le courrier du médiateur : 74% des saisines proviennent des usagers de l'école. D'où l'idée d'aller y voir de plus près, de ne pas se contenter du rappel historique de la fermeture de l'Ecole aux familles mais d'interroger les sociologues sur ce qu'ils savent des rapports entre école et parents.

 

Lieux d'échange

 

Ainsi Pierre Périer s'est intéressé à l'espace de l'Ecole. Il note les lieux d'échange entre parents et école. Si les espaces parents  sont rarement fréquentés c'est qu'ils suscitent l'appréhension. Par contre la grille d'entrée aux heures de sortie des élèves est le grand espace de l'échange informel avec les enseignants. La différence entre ces deux espaces c'est la conformité qui est attendue des parents.  Ce ne sont aps d'espaces dont les parents ont besoin, note-il, mais de ressources et la collaboration avec eux nécessite de les reconnaitre comme acteurs "réels".

 

Aziz Jellab revient sur l'expérimentation du dernier mot laissé aux parents lors de l'orientation de fin de 3ème. POur lui, "il ne suffit pas de confier aux parents la décision d'orientation". Il faut poser al question de l'affectation et aussi accompagner les parents dans leur choix. Le dernier mot peut aussi s'accompagner de l'absence de l'accompagnement personnalisé des élèves dans leur orientation.

 

Des parents soumis à une injonction de participation

 

 Gilles Monceau analyse l'injonction de participation qui est faite aux parents dans le cadre du New Public Management. Une injonction matérialisée dans des indicateurs que les chefs d'établissement doivent remplir comme la participation aux élections de délégués parents. Dans ce cadre toute méfiance des parents est traduite en "résistance" alors même que ces comportements sont produits par l'Ecole. C'est cette conception qu'il attaque en invitant à abandonner "un regard surdéterminé par des modes de cette défiance".

 

Devoirs à la maison et division des parents

 

Philippe Bongrand jette un regard lui aussi démystificateur sur la persistance des devoirs à la maison. Comment expliquer la persistance de devoirs interdits depuis 1956 ? C'est que les familles qui ont à gagner à leur interdiction pèsent peu. Les familles privilégiées ont une croyance plus forte dans le coté bénéfique des devoirs qui d'ailleurs objectivement permettent à leurs enfants de creuser l'écart. Cette contradiction entre  parents est un autre chantier soulevé dans le numéro. Dans quelle mesure les parents délégués font ils écran aux autres parents ? Dans quelle mesure aussi le national occulte-il le local ?

 

Devoirs, dernier mot laissé aux parents, affectation, mixité : ces questions sont dans l'actualité de l'Ecole. C'est dire que ce numéro , dont nous n'avons pas épuisé toutes les richesses, est bienvenu. On empruntera à C Bisson Vaivre et M Kherroubi leur conclusion : "force est de constater que l'école de la République a encore mal à ses parents".

 

François Jarraud

 

Parents gêneurs ou acteurs, Administration & éducation, n°153, 2017 n°1.

Le sommaire

 

L'Ecole et les familles

Quelle place pour les parents à l'école ?

Les parents : une valeur pour l'Ecole ?

Sur le dernier mot laissé aux parents

Epuisants devoirs

Au Petit Bard des parents pour la mixité sociale

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 25 avril 2017.

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