Des collégiens en expédition au Groenland 

Comment étudier la vie du renard polaire sur le terrain avec ses élèves ? Sandrine Jacquot, enseignante en histoire-géographie au collège François de la Grange à Liernais (21) et Rodolphe Pestel, enseignant de SVT au collège de François Pompon de Saulieu (21) mènent un projet ambitieux avec l’école Attuarfik Jørgen Brønlund d’Illulissat située au Groenland.  Ce projet scientifique « Faune de demain » débuté en 2015 est basé sur l’étude des conséquences du réchauffement climatique sur la biodiversité et son environnement. Du Morvan au Groenland, le programme Erasmus permet des échanges entre établissements. Comment se concrétise et se finance un tel projet ? Quels sont les partenaires scientifiques impliqués dans « Faune de demain » ?

 

Comment résumer votre projet « Faune de demain » en quelques lignes ?

 

Nous avons choisi depuis plusieurs années de nous intéresser à la faune locale en travaillant avec le parc naturel régional du Morvan sur le projet « Faune d’ici, faune d’ailleurs ». Ce projet permettait à 3 classes de 6ème de travailler sur les mammifères et les amphibiens de Bourgogne. Cela nous a permis de sensibiliser les élèves aux activités scientifiques et à la notion de protection de la biodiversité locale.

 

Après notre présentation aux assises de la biodiversité à Dijon, l’idée d’aller plus loin a germé.  Pourquoi ne pas  tenter d’aller le plus loin possible afin de constater de visu les conséquences du réchauffement climatique global ? Nous avons choisi le Groenland, sous souveraineté danoise, car il est fortement impacté par ce réchauffement. Notre étude est abordée sous deux axes : la biodiversité menacée : étude des aires de répartition du renard roux et du renard polaire et la modification climatique et l’eau sur le globe

 

Qu’ont fait vos élèves en amont de l’expédition ? Quelles sont les sensibilisations et études proposées en classe ?

 

Pour répondre aux deux axes, les élèves ont participé en 4ème à une semaine de l’eau en alternant  sorties, activités scientifiques et création d’un jeu autour de l’eau (la préservation et l’utilisation de la ressource). Les élèves  en 3ème ont participé à des rencontres avec des scientifiques sous la forme de journées ou demi-journées balisées. Les objectifs étaient multiples : établir un inventaire faunistique (techniques d’inventaire, identification lors de sorties…), découvrir la faune locale et arctique (PNRM, scientifique et spécialistes du milieu polaire) et comprendre le fonctionnement de la banquise et des glaciers (circulation, réchauffement, fonte…). Les élèves de 3ème ont des activités dans toutes les disciplines en lien avec le Groenland.

 

Quels scientifiques vous accompagnent au cours du projet ? Pour quels apports ?

 

Le Parc naturel régional du Morvan  et la Société d'histoire naturelle d'Autun nous accompagnent avec Colombe Beaucour, Damien Lerat, Daniel Sirugue pour des apports scientifiques sur la faune de Bourgogne (renard roux). Il y a aussi le laboratoire NINA (The Norwegian Institute for Nature Research) avec Anne Mathilde Thierry chercheur sur le renard arctique et l’entreprise Avunga avec Pascaline Bourgain, chercheur, climatologue et spécialisée dans l’approche du milieu arctique et fonctionnement des glaciers sous oublier l’aspect climatique.

 

Une partie du financement vient de l’Union Européenne. Quels conseils donneriez-vous pour rédiger un dossier Erasmus ? Des écueils à éviter ? Quels sont les autres sources de financement ?

 

Voici nos conseils pour ce type de projet : il faut se partager les tâches, garder un œil extérieur pour rester lucide et avoir une grosse capacité de synthèse et de travail.  Il faut aussi s’adapter en permanence aux contraintes structurelles et humaines. Côté rédaction, il faut écrire en fonction des demandes et vocabulaires d’Erasmus, effectuer la première réunion transnationale le plus tôt possible pour se laisser du temps pour concevoir les mobilités et enfin concevoir des protocoles financiers.

 

Quelques écueils à éviter : ne pas argumenter toutes les prises de décision, ne pas avoir accepté l’idée qu’il faudra s’adapter en permanence et ne pas oublier l’aspect culturel et échange de pratiques pédagogiques.

 

Pour le financement, Erasmus ne couvre pas la totalité des besoins dans le cas de notre projet (billet d’avion coûteux). Nous avons aussi sollicité les familles  (anticipation par vote au conseil d’administration de 400 euros par élève avec échelonnement des paiements). Enfin nous avons fait des recherches de fonds privés ou sponsors (implication importante du tissu économique local et des familles) et nous avons négocié les prix pour les équipements vestimentaires techniques et matériels audiovisuels

 

Quel sera le suivi scientifique réalisé par les élèves au cours des 2 années ? Quelles sont les productions envisagées ?

 

Plusieurs choses sont prévues pour le suivi scientifique :

-          Rencontres avec chercheurs de l’université de Dijon

-          Constat global du changement climatique (eau et biodiversité) lors d’activités scientifiques en classe ou avec chercheurs (études des milieux, pose de pièges photos dans le Morvan...)

-          Découverte des milieux arctiques (faune, civilisation, géographie, géophysique…)

-          2 Mobilités de France vers le Groenland (pose de pièges photos, pose d’un Time Lapse, études des données collectées, recherches traces et indices pour l’inventaire faunistique)

-          2 Mobilités  du Groenland vers la France (relevés des données, analyse et synthèse)

-          Le traitement des données initié par les 3èmes sera poursuivi par les élèves des deux 6ème (1 classe par établissement)

 

Nous envisageons plusieurs productions comme la rédaction d’un numéro spécial de « Bourgogne Nature Junior », la création d’une BD ou d'un livre pour enfants, ou encore un film et une exposition.

 

Vos collégiens perçoivent-ils le côté exceptionnel du projet ? Et aussi votre engagement personnel ? Quels regards portent les familles sur l’expédition ?

 

Oui, les élèves perçoivent ce côté exceptionnel même s’il est difficile pour un collégien de mesurer réellement le travail effectué pour ce type de projet.

 

Les familles mesurent complètement le travail réalisé et à venir. Elles trouvent que la destination est exceptionnelle et que cela est une chance unique dans la vie d’un enfant. Nous avons eu l’agréable surprise d’être accueillis avec des applaudissements et un pot de remerciement à notre retour de la première mobilité. Tous ont félicité l’initiative  et les enseignants porteurs du projet.

 

Que trouve-t-on sur le site internet dédié au projet ? Quels usages faites-vous des réseaux sociaux ?

 

Notre site internet présente sommairement le projet, les travaux, les mots des scientifiques sur des thématiques en lien avec le projet, des témoignages et productions, le presse book, les partenaires).

 

La page Facebook Faunededemain est un vecteur d’informations au quotidien pour les familles et le grand public. Il renforce la diffusion et l’interactivité du projet.

 

Un nouveau groupe se rendra au Groenland prochainement et vous accueillerez les groenlandais en novembre. Quel sera leur programme en France ?

 

Voici le programme du séjour des groenlandais : découverte de la région (sa culture, sa richesse architecturale, sa biodiversité) avec comme destinations Liernais, Saulieu, Vézelay, Dijon, Beaune, Châteauneuf, Aloxe Corton, Parc du Morvan (forêt, prairies para tourbeuses, tourbières, découvertes des Batraciens et du Renard roux).

 

Nos invités vont aussi travailler sur la gestion de la ressource en eau autour du barrage de Pannecière, de l’usine de production d’eau potable de Chamboux (SAUR). Enfin, nous aurons un temps en lien avec le programme Life sur la gestion des milieux aquatiques.

 

Enfin, des activités de découverte du système éducatif français seront aussi prévues avec insertion en classe, travaux communs, échanges de pratiques (comparaison des principes d’évaluation) sans oublier la vie dans les familles, les rencontres sportives et les repas communs.

 

Entretien par Julien Cabioch

 

Site du projet

Page Facebook

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Par fjarraud , le mardi 02 mai 2017.

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