Histoire : Le grand ratage des évaluations Blanquer 

2009 : Jean-Michel Blanquer est nommé directeur de l'enseignement scolaire par Luc Chatel. Mettant en avant le souci d'évaluer les politiques menées, il impose des évaluations nationales en CE1,  CM2 et une évaluation du socle en même temps que des indicateurs destinées au parlement.  Officiellement les évaluations sont censées permettre un meilleur suivi des élèves. L'épisode tourne au scandale. A la grande colère de JM Blanquer, le Haut Conseil de l'Education (HCE) conteste le sérieux de ces évaluations en termes sans équivoques. Les évaluations sont supprimées en 2012. Et en 2015, la Depp (direction des études du ministère) vend la mèche : elles auraient du permettre la première évaluation par les résultats des enseignants.

 

Une commande de Sarkozy

 

De 2009 à 2012, les enseignants de Ce1 et Cm2 ont du faire passer des évaluations en fin d'année en Ce1 et en janvier en Cm2 en utilisant des protocoles élaborés par la Dgesco. Baptisées "évaluations Blanquer", du nom du directeur de la Dgesco de l'époque, ces évaluations ont été accompagnées d'une prime de 400 euros. Pourtant elles ont suscité beaucoup de résistance chez les enseignants et même des désobéissances affichées. Jusqu'à ce que le changement de gouvernement en 2012 mette fin à cet épisode. Un numéro d'Education & formations, une revue de la Depp, révèle en 2015 que ce fut la seule tentative d'évaluation des enseignants par leurs résultats.

 

Selon Education & formations, c'est Sarkozy qui est à l'origine de l'affaire. Dans la lettre de mission de son nouveau ministre (X Darcos) il lui demande de créer " une évaluation systématique de tous les élèves tous les ans, afin de repérer immédiatement les élèves en difficulté et de pouvoir les aider ; une évaluation régulière des enseignants sur la base des progrès et des résultats de leurs élèves". Les deux objectifs sont liés dans la nouvelle évaluation de Ce1 et Cm2.

 

Evaluer les profs par les résultats de leurs élèves

 

Evidemment le second n'est jamais mis en avant mais l'intention gouvernementale, explique la revue, est bien de publier les résultats école par école et de s'en servir pour évaluer les profs. L'idée de publication des  résultats des écoles "fait long feu" mais le mélange d'évaluation bilan et diagnostic est dénoncé chez les enseignants. " Toutefois, subsiste chez les enseignants une défiance quant à la vraie nature de ces évaluations, présentées à la fois comme bilan et comme diagnostic, en insistant tantôt sur un aspect, tantôt sur l’autre, et pouvant servir à contrôler leur valeur professionnelle. Cet usage possible de l’évaluation est ressenti comme d’autant plus injuste qu’il ne repose pas sur les progrès réalisés par les élèves, mais uniquement sur leur niveau à un instant donné, sans prendre en considération leur niveau scolaire à leur arrivée dans la classe ni leurs différences socioéconomiques", explique la revue.

 

Le Café pédagogique met alors en garde les enseignants et son rôle est salué par la revue. "Interrogé sur ces évaluations par le site « Le café pédagogique », le chef du bureau des écoles de la DGESCO déclare : « Ce sont des évaluations organisées autour des programmes. C’est la grande différence avec les évaluations précédentes. La référence c’est le programme. Par conséquent on a affaire à une évaluation bilan de ce que les élèves ont acquis. En même temps, quand on regarde ce qui n’a pas été réussi on est sur le versant du repérage voire du diagnostic".

 

La rébellion du HCE

 

La revue de la Deep signale aussi le rôle qu'a joué cette direction dans le sabordage de ces évaluations. " Une étude interne, réalisée par la DEPP lors de la première évaluation de janvier 2009, fait apparaître des distorsions dans les résultats selon que les écoles ont ou non été suivies par les inspecteurs du contrôle qualité, ainsi qu’en fonction des secteurs de scolarisation".

 

Une autre instance dénonce le caractère non scientifique de ces évaluations. C'est le Haut Conseil de l'Education. Mis en place par la droite mais indépendant, le HCE parle sans équivoque. S'agissant des indicateurs fournis par le ministère au Parlement dans le cadre de la LOLF, les indicateurs des "compétences de base" en français et en mathématiques, le HCE les juge "partiels, peu exigeants et donc trompeurs quant à la maîtrise du socle commun".

 

Quant aux évaluations nationales de CE1, CM2 et 3ème, le HCE pointe des questions de méthode : ces évaluations confondent évaluation du système éducatif et évaluation de sa classe par le maître. En CM2 et 3ème, selon le HCE "la fiabilité des indicateurs n'est pas assurée. La manière dont elles sont renseignées n'est ni contrôlée ni harmonisée".  En 3ème, le HCE constate un écart entre la règle de non-compensation pour obtenir le socle et la réalité de terrain. "11% des élèves se sont vus attribuer le socle sans avoir validé les sept compétences" souligne le HCE.

 

Come back en 2017 ?

 

Finalement, malgré les protestations de JM Blanquer, Luc Chatel demande à la Depp d'aider à améliorer les choses en 2011. Quelques mois plus tard le nouveau gouvernement enterre les évaluations de Ce1 et Cm2. Ainsi disparait la première tentative d'évaluer les professeurs à travers les élèves.

 

On se rappellera qu'elle a été présentée comme une méthode scientifique pour évaluer les résultats des élèves. Et que le programme d'E Macron prévoit des évaluations nationales annuelles chaque année de la grande section de maternelle à la 3ème, toujours pour aider les enseignants à mieux connaitre leurs élèves...

 

François Jarraud

 

Education & formations n°86-87

Dossier du Café pédagogique de 2009

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 18 mai 2017.

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