La chronique de V. Soulé : Et j'ai cherché, cherché, cherché... 

C'était en un temps déjà ancien. François Hollande était président. Najat Vallaud-Belkacem était ministre de l'Education nationale et elle encourageait les dispositifs de mixité sociale afin d'en finir avec les collèges-ghettos. Dans le cadre du renouveau en marche, on s'est demandé ce que devenaient ces dispositifs. On a cherché, cherché, cherché...

 

En ces temps nouveaux, Emmanuel Macron, 39 ans, est président. Jean-Michel Blanquer est ministre de l'Education nationale. Il n'est d'ailleurs pas si nouveau que ça puisqu'il a occupé les postes clés de la maison - recteur, directeur général de l'enseignement scolaire ... Il s'illustra notamment en appliquant sans faillir la politique de suppression des 80 000 postes sous Nicolas Sarkozy.

 

Depuis sa nomination, les annonces se succèdent. En fait de " nouveautés ", on parlera plutôt de marche arrière.

 

La réforme du collège est de facto abandonnée avec le retour des classes bilangues, celui du latin et du grec (qui n'avaient pas vraiment disparu) et avec l'extinction des EPI (les enseignements pratiques interdisciplinaires).

 

" Chacun a son défaut où toujours il revient " (La Fontaine, L'ivrogne et sa femme)

 

Il y eut aussi l'annonce du dispositif des " devoirs faits ". Une vieille idée que Nicolas Sarkzoy lança en son temps. A 16 heures, tous les collégiens devaient pouvoir rentrer chez eux, leurs devoirs faits. Le but : gommer l'injustice entre ceux aidés à la maison et les autres laissés à eux-mêmes. Une plutôt bonne idée relancée par Jean-Michel Blanquer.

 

Plus contestée, la réhabilitation annoncée du redoublement - contre " le laxisme ambiant " qui insupporte le ministre, on ne se refait pas... Plus intrigante, la réforme promise du bac, encore floue. Plus anecdotique, la rentrée des classes en musique le 4 septembre 2017.

 

A la veille de l'été, il y eut aussi l'annonce de la distribution des Fables de la Fontaine aux 150 000 élèves de CM2 - enfin, une sélection des plus abordables... L'idée est de leur donner, pendant les vacances, le goût des belles oeuvres (anciennes donc) au détriment des jeux vidéos.

 

" Le trop d'expédients peut gâter une affaire " (Le chat et le renard)

 

Enfin, la star des annonces, qui se veut la plus symbolique et la plus consensuelle de l'ère Macron : la réduction à 12 du nombre d'élèves en CP dans les écoles en REP+ (les réseaux d'éducation prioritaire les plus sensibles).

 

Cela se corse lorsque l'on passe à la mise en musique. Où trouver les profs pour ces nouvelles classes de 12 ? Et où trouver les salles pour dédoubler les classes actuelles ?

 

Au passage, on donne un coup d'arrêt, voire on supprime, un dispositif lancé sous Hollande et que l'on n'avait pas encore évalué : le " Plus de maîtres que de classes ". 

 

Et dans tout ça, quid des dispositifs de mixité sociale dans les collèges ? Encouragés par Najat Vallaud-Belkacem, des inspecteurs, des principaux, des élus départementaux, s'étaient pris la tête pour arriver à mélanger davantage les élèves issus de divers milieux sociaux au sein des collèges.

 

Souvent, il a fallu modifier la carte scolaire, créer des secteurs multicollèges, sans heurter les parents toujours anxieux de voir leurs enfants en côtoyer d'autres, issus des quartiers. Beaucoup d'énergie et de temps fut donc dépensé.

 

" Chacun à son métier doit toujours s'attacher " (Le cheval et le loup)

 

Soyons francs : on n'a rien trouvé sur ces dispositifs dans les discours du renouveau.

 

Réunis dans le Collectif Apprendre ensemble, les parents du 18è arrondissement de Paris qui se battent pour plus de mixité dans les collèges du quartier, ont interrogé les candidats aux législatives. A la question sur le besoin de mixité sociale, les candidats La République En Marche ont répondu par " la différenciation des moyens " (les 12 élèves en REP+).

 

En journaliste consciencieuse, on a encore cherché dans les déclarations du ministre. Et il a fallu se rendre à l'évidence : les dispositifs de mixité sociale sont tombés aux oubliettes.  

 

S'il lui advenait un jour de parcourir cette chronique, le ministre lettré, amateur de fables, aurait beau jeu de commenter :

 

" Laissez dire les sots, le savoir a son prix " (Les femmes et le secret)

 

On lui répondrait alors, puisant dans l'incroyable richesse des citations du moraliste :

 

" La méfiance est mère de la sûreté " (Le chat et un vieux rat)

 

Véronique Soulé

 

Pour lire ou relire les fables de la Fontaine

Les réponses des candidats au Collectif Apprendre ensemble

Lire les précédentes chroniques

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 26 juin 2017.

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