Blanquer face aux chercheurs 

Remake. Alors que le ministre confirme la constitution d'un conseil scientifique et annonce qu'il le confie à Stanislas Dehaene, le Snuipp lance un appel signé par 56 chercheurs qui dénonce les choix à sens unique du ministre. Voilà JM Blanquer pris à contre pied de l'image "scientifique" qu'il se donne. En arrière plan, les injonctions sans précédent du ministère qui propose des emplois du temps type à appliquer en classe. Et le précédent de 2006 où déjà un ministre, dont le directeur de cabinet était Blanquer, disait vouloir appliquer une méthode scientifique et avait été contredit par les chercheurs... Remake on vous dit...

 

Un nouveau conseil face au CSP et au Cnesco

 

"Il s'agit de pouvoir consulter des scientifiques de différentes disciplines, notamment dans les sciences cognitives, afin d'avoir une vision fondée des politiques publiques... Cela permettra d'avoir un accompagnement pédagogique à la lumière de ce qu'en pensent les scientifiques. C'est une étape importante pour l'Éducation nationale". Le 24 novembre, JM Blanquer a confirmé la création d'un "conseil scientifique", qu'il avait déjà évoqué, et annoncé, sans grande surprise, qu'il en confiait la présidence à Stanislas Dehaene, un spécialiste des neurosciences très proche du ministre.

 

Le conseil sera composé "de personnes venues de différentes sciences" explique le ministre. " Il sera saisi sur tous les sujets, comme l'intelligence artificielle, afin d'apporter des éclairages pertinents". Le ministre a précisé au Point qu'il n'interviendrait pas sur les programmes, précisant qu'il y a le CSP pour cela, et rappelé aussi l'existence du Cnesco. Mais on voit mal à quoi pourrait servir un conseil scientifique qui n'émettrait pas d'avis sur ce que fait l'Education nationale...

 

L'appel des chercheurs

 

Cette annonce intervient au lendemain d'un colloque organisé par le Snuipp où était évoqué un appel de chercheurs que le Café pédagogique a annoncé dès le 24 novembre.

 

Cet appel, signé par 56 chercheurs, interpelle JM Blanquer sur ses choix sélectifs. " Dans le dialogue permanent que l'école doit entretenir avec la recherche, aucune discipline ne peut légitimement s'imposer aux autres et aucune ne doit être ignorée. La recherche ne peut être instrumentalisée dans des débats médiatiques le plus souvent réducteurs", affirme l'appel. "La complexité des processus d'apprentissage suppose une coopération durable entre chercheurs et praticiens... Cette dynamique de la connaissance ne peut se réduire à un prêt-à-penser immuable dont les enseignants ne seraient que les interprètes... Nous, chercheurs, enseignants et formateurs, appelons le ministère à développer et à diffuser la recherche dans tous les domaines intéressant l'école par le biais de la formation et à valoriser ainsi la professionnalité des professeurs d'école pour construire une école capable de réduire les inégalités et de former des citoyens libres de pensée." Sans le dire nommément, c'est nettement la domination des neurosciences qui est ciblée par cet appel.

 

L'appel est signé par des spécialistes venus de champs très différents, comme C Baudelot, S Boimare, S Bonnery, M Brigaudiot, R Brissiaud, B Cyrulnik, E Debarbieux, M Duru-Bellat, A Florin, E Gentaz, R Goigoux, Y Jean, B Lahire, P Merle, P Rayou, H Romano.

 

Pour le Snuipp, cet appel "doit tracer la route du conseil scientifique de l'éducation nationale". Et le syndicat annonce qu'il "sera vigilant pour que dans le dialogue que l'école doit entretenir avec la recherche, aucune discipline ne s'impose aux autres et qu'aucune ne soit ignorée. La recherche ne peut être instrumentalisée".

 

Récidiviste

 

Le syndicat a quelques raisons d'être inquiet. D'abord parce que le Snuipp n'a certainement pas oublié l'épisode d'août dernier où JM Blanquer a tenté de relancer l'opposition méthode globale - syllabique. Une opposition que S Dehaene avait entretenue en 2013.

 

A l'origine de cette fallacieuse guerre des méthodes le ministre de l'éducation nationale Gilles de Robien. En 2006, il dénonce dans les médias les enseignants qui utiliseraient la méthode globale.  "L'apprentissage de la lecture doit commencer par le son et la syllabe... Cela, je le dis avec force, n'a jamais été fait. Les instructions ont jusqu'ici prêté à confusion ; elles sont demeurées ambiguës... Je veux dire aussi clairement quel type de démarche doit être résolument écarté. Cela n'avait jusqu'ici jamais été fait". La campagne ministérielle échouera mais elle aura semé la méfiance entre les parents et les enseignants au détriment des élèves. Le directeur de cabinet adjoint de G de Robien s'appelait JM Blanquer.

 

Des formations très prescriptives

 

Ensuite parce que les récentes formations organisées par le ministère sur la lecture au CP ont énormément réduit l'éventail de la recherche et notamment passé sous silence des travaux incontournables, comme ceux de R Goigoux. Plus récemment encore, Eduscol publie des "propositions" sur l'apprentissage de la lecture, saluées par S Dehaene, qui vont très loin dans le prescriptif. Pour la première fois, le ministère propose aux enseignants un emploi du temps type, quart d'heure par quart d'heure, et pour chaque trimestre en CP. Une démarche qui rompt nettement avec la liberté pédagogique.

 

Pour JM Blanquer comment échapper au remake ?

 

En 2006, la campagne de Gilles de Robien, présentée au nom de la science et de l'efficacité scientifique, s'était fracassée sur le mur des chercheurs. Las d'être utilisés par le ministre, de nombreux chercheurs avaient pris position contre le ministre et entrainé le naufrage de sa campagne. C'est ce que JM Blanquer vit à nouveau avec l'appel. Un large éventail de chercheurs, certains connus du grand public, alertent contre le monopole des neurosciences.

 

Rien appris, rien oublié. Dix ans après 2006, il semble que le nouveau ministre reprenne la stratégie du populiste G. de Robien. Et qu'à nouveau il se heurte au monde de la recherche.

 

François Jarraud

 

L'appel

L'annonce de l'appel dans le Café du 24 novembre

L'annonce de JM Blanquer et aussi ici

Le modèle d'emploi du temps sur Eduscol

Le débat Dehaene Goigoux en2013

Les chercheurs contre g de Robien en 2006

Les documents du séminaire national lecture en 2017

Blanquer en aout 2017

 

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 27 novembre 2017.

Commentaires

  • thais8026, le 27/11/2017 à 13:42
    Et encore un conseil de plus. Je ne savais pas que l'on avait autant d'argent à dépenser dans l'EN.
    Ras le bol d'avoir un système qui est le plus cher par élève alors que le rapport salaire prof/élève est l'un des moins cher.
    Commencez par payer correctement les acteurs de terrains et après on verra : puisque que l'on a montré qu'il y a une certaine corrélation entre le salaire des profs et la réussite de élèves.
     
  • delacour, le 27/11/2017 à 10:48

    Il faudrait écrire des syllabes, c'est même largement conseillé.

    Comment écrivez-vous la syllabe /si/ ? Evidemment, en bon décodeur (mais pas en scientifique), vous proposez "si". Malheureusement notre langue ne fonctionne pas comme cela.  Vous  le savez bien puisque vous écrivez cette syllabe autrement dans de nombreux cas: si six scies scient (qui n'est pas le si de conscient)… Il s'y prend mal. Il accroche sa toile à la cimaise. Le sycomore est un arbre. il roule à bicyclette. ceci est juste. aussi…

     

    Écrire "la" semble plus simple ? non : la, là, las, plat, entrelacs, l'a, l'as, le (solennel).

    Lire des "lettres" qui sont décrétées syllabes mais qui ne sont pas forcément des syllabes n'est pas mieux. Comment lire "ma" ? Comme dans magasin, manger, mauvais, maigre, maintenant, fermai, …

    Si vous voulez que vos élèves apprennent que c'est le codage du sens qui engendre toujours la bonne lecture, consultez le site écrilu. Vous serez surpris de l'aisance avec laquelle les enfants sont capables de comprendre que seul le codage du sens à travers le codage des sons le supportant est capable de permettre dans tous les cas une lecture correcte.

  • domren, le 27/11/2017 à 09:31

    Dans la série "Blanquer, le remake" tout le monde semble avoir oublié le naufrage surréaliste des "Etablissements de Réinsertion Scolaire", innovation sarkozyste équivalent pour les "collégiens décrocheurs" des "Internats d'Excellence" mise en place par Blanquer, alors numéro 2 de l'EN, et très discrètement fermée en juin 13. 

    Voir le rapport des IGEN : http://www.education.gouv.fr/cid61448/les-etablissements-de-reinsertion-scolaire.-bilan-et-perspectives.html

    À quand leur retour ?

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