La chronique de Véronique Soulé : Les parents à l'épreuve de Parcoursup  

Avec les réformes, les annonces de réformes, les déclarations ministérielles, les interviews ministérielles, les points presse et les micro tendus (vers le ministre), on en a un peu oublié les parents d'élèves. Or avec le bac qui approche et les inscriptions dans le supérieur, les voilà au premier plan. On est donc allé parler avec des parents passés par la réunion Parcoursup de "leur" lycée : un peu éclairés mais pas vraiment rassurés.

 

Depuis janvier, Parcoursup remplace la plateforme Admission Post-Bac (APB) désormais accusée de tous les maux. Avec Parcoursup, promet la ministre, les bacheliers, mieux informés et mieux orientés, vont voir multiplier leurs chances de réussite dans le supérieur.

Et n'allez surtout pas lui parler de "sélection" à l'entrée de l'université. Soit vous aurez compris de travers - les "attendus" à l'entrée des formations n'ayant rien à avoir avec des conditions, voire des critères de sélection... - , soit vous êtes franchement mal intentionnés.

 

Catherine a passé un samedi matin dans le lycée parisien de son fils Paul. Le gymnase où se tenait la réunion Parcoursup était bondé. A Nantes, Christophe, le père de Louis, avait eu du nez. Il est arrivé en avance. Sinon, il aurait dû suivre la séance debout dans les travées. Et ça a bien duré deux heures.

 

A Paris comme à Nantes, les proviseurs, épaulés par un ou une conseillère d'orientation, un ou une adjointe, avaient sorti les grands moyens. Vidéo projecteurs et slides projetés sur grand écran. Ils ont été patients, optimistes et super disponibles  avec un maître mot dans leur communication : RASSURER.

De ce que les parents ont relaté, on retiendra trois grandes tendances.

  

Soulagement de prime abord

 

Christophe et Catherine ne sont pas nés de la dernière pluie. Ils estiment qu'avec Parcoursup et les "attendus", c'est bien de la sélection que l'on introduit à l'université. Même si pas une fois, assurent-ils tous les deux, le mot n'a été prononcé durant la réunion d'information.

 

"Mais est-ce qu'il n'y avait pas déjà, de fait, de la sélection et la plus injuste possible, avec le tirage au sort ?", tempère Catherine.

 

Christophe aussi relativise : " On a eu un cas dans le lycée l'an dernier. Une bonne élève d'ES, qui voulait devenir enseignante, avait demandé Psycho. Elle a dû attendre le tirage au sort pour savoir si elle avait une place. Elle l'a eue. Elle n'aurait pas été prise, ça aurait été injuste."

 

L tirage au sort, instauré dans les filières "en tension", fonctionne comme un repoussoir. Une aubaine pour le gouvernement qui voulait faire passer sa réforme de l'entrée dans le supérieur. Pour beaucoup, une sélection autour d'"attendus" apparaît plus juste qu'un tirage au sort qui ne reconnaît pas le mérite de l'élève.

 

Angoisse sur le fond

 

La précipitation dans laquelle se fait cette réforme destabilise les parents. Il faut dire qu'elle est appliquée avant même son adoption à l'Assemblée.

 

Les proviseurs ont planché en accéléré - à Paris, celui de Catherine et Paul avait reporté la date inititale de la réunion, dans l'attente d'informations. Les professeurs, censés accompagner les élèves et évaluer leur projet post-bac, avouent eux-mêmes auprès des parents et des élèves n'avoir pas toutes les clés...

 

Justement, le nouveau rôle dévolu aux enseignants, qui vont devoir rendre un avis motivé sur les projets d'orientation, inquiète les parents. "Il y a eu beaucoup de questions à ce sujet, se souvient Catherine, Que vont-ils mettre dans ces avis ? Pourront-ils s'opposer au projet de nos enfants ?"

 

Christophe est représentant des parents d'élèves. Sur ces fiches Avenir et les avis motivés des enseignants, il espère en savoir plus au prochain conseil de classe.

 

"Ce qui inquiète aussi beaucoup les parents, ajoute-t-il, ce sont les lettres de motivation et les CV pour ce qu'on appelle les formations contingentées". Lui est plutôt rassuré : "ça ressemble un peu à ce qui se passe dans un cabinet de recrutement. Et je suis dans la partie... "

 

Incompréhensions et questions à la pelle

 

Les proviseurs ont eu beau faire : à l'arrivée tout n'est pas limpide. "Je suis comme tout le monde, confie Catherine, je n'ai pas compris la question des sous-voeux. On fait dix voeux non hiérarchisés, et à chaque fois il y a des sous-voeux... "

Paul, son fils, a opté pour médecine. Ce qui fait 1 voeu. "Mais derrière il y a 7 sous-voeux qu'on doit apparemment tous cocher."

 

Louis, le fils de Christophe, penche pour des IUT et des BTS en Gestion et Logistique ou encore en Techniques de commercialisation. Des filières sélectives déjà avec APB. "Nous, on va faire 3 choix principaux et 20 sous-choix."

 

Pour tous les deux, il reste des mystères. "Quand arrivent des "oui", il faut en supprimer pour libérer des places, ont-ils compris. Mais si des réponses positives arrivent plus tard sur des voeux que l'on préfère et que l'on en a déjà confirmé un, que fait-on ?"

 

Catherine s'est pris un week-end relax avant de se mettre au CV et aux lettres de motivation avec Paul. Christophe était avec Louis ce samedi aux Porte Ouvertes des IUT à Quimper, avant Saint Nazaire la semaine prochaine.

 

Tous deux estiment avoir plutôt de la chance. Leur fils sait à peu près ce qu'il veut faire et les parents les accompagnent. Mais pour ceux, nombreux, qui n'ont aucune idée et que les parents ne peuvent aider, Parcoursup est une véritable épreuve.

 

Véronique Soulé

 

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Par fjarraud , le lundi 12 février 2018.

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