Frédéric Véron : Enseigner les SVT avec le logiciel libre 

Comment utiliser facilement les logiciels libres en classe ? Frédéric Véron, enseignant de SVT au collège Richard Delalande à Athis-Mons (91) a une pratique pédagogique des logiciels libres depuis 2004. Son site SVTux partage ses modules de travail proposés en classe. « L’utilisation du libre n’est pas plus complexe en elle-même » explique l’enseignant « qui ne veut pas enfermer les élèves et les collègues dans des usages desquels ils ne sortiront plus ».

 

Que trouve-t-on sur votre site SVTux ?

 

Le site SVTux est né en 2004 avec l’idée de développer une plateforme de classe inversée (on tâtonnait à l’époque !), dans l’esprit de ce qui se faisait outre Atlantique (partage des cours, des exercices et des productions des élèves). Aujourd’hui, SVTux est devenu une véritable plateforme regroupant de nombreux outils en ligne dont des modules de travail individuel (application de dessin, de création de bandes dessinées, de nuages de mots) et collaboratif (Dokuwiki, Etherpad, jeux sérieux).

 

Depuis 5 ans, un nouvel espace dédié aux enseignants est en place. L’idée est d’y développer et centraliser mes exemples de pratiques pédagogiques numériques, mes réussites, mais aussi mes échecs. Toujours avec une philosophie : montrer que le partage du savoir numérique via les logiciels libres et le respect de la vie privée sont deux aspects compatibles et indispensables dans l’Éducation Nationale.

 

Quels usages faites-vous de Mastodon ? Quels avantages y voyez-vous ?

 

Mon inscription sur Framapiaf (Mastodon) remonte à avril 2017, c’est donc très récent. Concrètement, j’y partage et complémente mon travail de veille scientifique et numérique. Et récemment, certains élèves s’y sont inscrits. Il n’est pas rare qu’ils m’y questionnent.

 

Ce réseau social décentralisé présente différents avantages dans un contexte éducatif. Tout d’abord, une lapalissade : il n’est pas centralisé. Ce qui sous-entend d’une part que chacun peut créer et gérer son instance Mastodon, et d’autre part, que chacun peut, ou non, fédérer la sienne avec les autres. Techniquement, rien n’empêche un enseignant de créer une instance locale, interne à son établissement pour former les élèves aux usages des réseaux sociaux en toute sécurité.

 

Le second point positif est que Mastodon est pensé par son développeur pour protéger les utilisateurs du harcèlement. Ainsi, la manière dont on bloque, partage etc. change la donne en comparaison des autres réseaux sociaux.

 

Enfin, même si ce point est souvent négligé, le public est différent. Certains diront « plus engagé », d’autres « plus technique »… Une chose est sûre : il y a un grand nombre d’experts, d’universitaires, de chercheurs dans le domaine du numérique, le tout dans un espace plus réduit, et rien que pour cette raison, les échanges sont souvent plus profonds que sur d’autres réseaux sociaux.

 

Plus globalement, vous utilisez « le libre » dans vos usages pédagogiques des TICE. Est-ce si compliqué de franchir le pas ? Quels conseils donneriez-vous à des enseignants parfois enfermés dans certains choix numériques ?

 

L’utilisation du « libre » en général n’est pas complexe en elle-même. Contrairement aux idées reçues ! Mais les habitudes prises par les utilisateurs sont souvent difficiles, voire impossibles, à faire évoluer. Et c’est pour cette raison que je tente, avec mes modestes moyens, de démontrer que c’est possible, facilement, même à grande échelle et qu’il faut aller dans ce sens. Sans ce type d’initiative, nous risquons d’enfermer nos élèves et collègues dans des usages desquels ils ne sortiront plus. Il ne s’agit donc pas d’être « pour » ou « contre » certains logiciels, mais de former à la diversité. N’oublions pas que le numérique est mouvant : ce qui est à la mode aujourd’hui (Facebook, Google, Microsoft…) ne le sera peut-être plus demain.

 

Vous expliquiez en 2016 au Café pédagogique l’utilisation de Minetest notamment en 6ème. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelles sont les améliorations apportées ?

 

Sur l’année scolaire 2016-2017, la plateforme Framinetest a beaucoup évolué. Nous avons acquis un véritable savoir-faire pédagogique et technique. Et avec plus de 11000 comptes utilisateurs, je pense que nous pouvons considérer cette expérience comme un succès.

 

Si je ne devais retenir qu’une amélioration que nous avons apporté, elle ne serait pas « technique » : ce serait la gestion des joueurs. Grâce à l’investissement des élèves participants au projet, nous avons montré qu’une autogestion de ce type de plateforme était possible, sans débordement. Bienveillance, valorisation de l’initiative et de l’autonomie, dans le respect de chacun sont essentiels. Je suis fier de ce que les élèves ont accompli pendant ces années. Ils ont montré la voie.

 

Aujourd’hui, nous ne cherchons plus à développer notre outil, mais davantage à essaimer : à chacun de s’emparer de notre travail, puis de créer, modifier, repartager son propre serveur Minetest. Nous montrons que c’est possible, à chacun ensuite de trouver son chemin.

 

Entretien par Julien Cabioch

 

Le site de Frédéric Véron

 

Dans le Café

Frédéric Véron : Enseigner les SVT avec le jeu Minetest  

 

 

Par fjarraud , le mardi 13 février 2018.

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