Quelle réforme pour le bac et le lycée ? 

JM Blanquer présente le 14 février la réforme du bac et celle du lycée. Si les épreuves terminales du bac semblent maintenant bien définies, les autres éléments de la réforme du bac et du lycée de P Mathiot qui seront repris par le ministre restent dans le flou. On attendra le ministre sur trois enjeux. La réforme Blanquer facilitera-t-elle la préparation des jeunes à réussir leurs études supérieures ? Le ministre fera-t-il le choix de maintenir un bac national ou encouragera-t-il son remplacement par un diplôme d'établissement ? Enfin quelles répercussions les choix ministériels auront ils sur l'emploi dans le second degré et notamment au lycée.

 

Bien des questions demeurent depuis la publication du rapport Mathiot le 24 janvier. Depuis les discussions ont continué entre le cabinet de JM Blanquer, les associations professionnelles et les syndicats.

 

Le ministre a depuis le début deux contraintes. La première c'est la définition des épreuves terminales du bac . Le candidat Macron avait promis un bac simplifié avec 4 épreuves terminales et c'est bien ce que JM Blanquer devrait annoncer. Le second problème de Blanquer ce sont les suppressions de postes promises par le candidat : 50 000 postes de fonctionnaires. Compte tenu des autres engagements du candidat ils sont plutôt à trouver dans le second degré et le lycée, plus couteux que la moyenne OCDE, devrait en fournir l'essentiel. Quelle que soit la solution retenue pour le lycée elle doit apporter une réponse à cette exigence présidentielle.

 

Un bac national ou un diplôme d'établissement ?

 

Le format des épreuves finales du bac est maintenant calé et ne devrait plus évoluer puisque contraint par la décision politique d'E Macron. Les candidats devraient passer 4 épreuves écrites : français, philosophie, deux disciplines d'approfondissement (majeures) et le fameux grand oral. L'épreuve de français aura toujours lieu en 1ère avec un oral et un écrit mais il est question de supprimer l'écriture d'invention, une épreuve nouvelle refusée par les conservateurs. Le format annoncé du grand oral est de 30 minutes. Mais cela représente 252 000 heures d'évaluation pour un jury composé de plusieurs professeurs. Le Snes ironise à juste titre sur "la perte du mois de mai" que pourrait générer cette épreuve si elle n'est pas retaillée.

 

La grande question à trancher c'est l'évaluation des autres disciplines, qui compteront pour 40% de la note. Diminuer le nombre d'épreuves finales nationales aboutit déjà à dévaluer les lycées populaires, comme l'a montré une conférence du Cnesco. En effet les épreuves nationales imposent aux lycées de banlieue des normes de niveau. Les retirer c'est prendre le risque d'une définition locale, plus basse, du niveau dans les établissements de banlieue.

 

JM Blanquer choisira-t-il de maintenir des sujets nationaux pour ces épreuves effectuées au cours de l'année . Les remplacera-t-il par une forme de controle continu ? Utilisera-t-on les notes portées sur le bulletin ? L'enjeu c'est de savoir si le bac devient un diplôme d'établissement ou pas. Seule une évaluation nationale peut maintenir le diplôme national.

 

Adepte dans "L'école de demain" du lycée modulaire et de l'autonomie des établissements, le ministre pourrait bien faire le choix d'épreuves locales et du diplôme d'établissement. La conséquence ce serait que les établissements du supérieur évaluent les futurs étudiants sur leur établissement. Autrement dit, cela aggraverait la situation pour les jeunes des quartiers populaires.

 

Le lycée de P Mathiot

 

Pour P Mathiot il était clair que la réforme du bac était "nécessaire pour interroger l'organisation du lycée". P Mathiot n'a pas inventé l'idée du lycée modulaire. JM Blanquer non plus mais il en a fait un point important de la réforme de l'éducation présentée dans "L'école de demain".  

 

P Mathiot avait prévu un lycée où l'éève aurait pu choisir tous les semestres ses enseignements. En seconde, les deux semestres auraient une composition différente. Au premier semestre , 25 h seraient données au tronc commun composé de français, anglais, hist géo, lv2, ses, maths, sciences (pc et Svt), eps. Un enseignement optionnel pourra être choisi entre LCA, langue, arts, eps, section européenne. L'accompagnement bénéficierait de deux heures. On notera l'entrée des SES dans le tronc commun de 2de. Au second trimestre le tronc commun serait ramené à 19 heures  cette fois seulement français, histoire geo, maths, anglais, lv2 et Eps. 7 heures seront données aux enseignement des unités d'approfondissement (UAC) dont deux majeures à choisir parmi SES, PC, SVT, SI, littérature. Un enseignement mineur pourra être choisi parmi les majeurs non choisi et PFEG, laboratoire, MPS, CIT, ISN, arts. Une option pourra être prise. Enfin il y aura l'accompagnement (2 h).

 

En première P Mathiot avait prévu 15 heures de tronc commun pris parmi français, anglais, lv2, eps, maths, histoire géo. En terminale ce tronc descendrait à 12 heures avec philosophie, anglais, lv2, eps," culture et démarche scientifique", histoire géo. Les élèves devraient aussi prendre des UAC dans une semi liberté. Le rapport propose différents couples de majeures, dont le champ a été élargi. On trouvera 7 majeures technologiques correspondant aux séries actuelles du lycée technologique, 4 majeures scientifiques : maths PC, maths - SI, SVT PC (c'était une revendication des professionnels), maths informatique et 6 majeures lettres société :  matsh SES, SES histoire géo, littérature arts, littérature langues,   littérature LCA et SES histore géo et une discipline littéraire.

 

Qui veut du lycée Mathiot ?

 

Après la publication du rapport, on a assisté à une levée de boucliers de la part des associations professionnelles et des syndicats. Cette réforme n'a été soutenue par aucune association d'enseignants. Celles-ci ont fait leur compte et ont vite vu que la nouvelle formule remettait en question les horaires, le statut enseignant, la démarche pédagogique progressive de la 2de à la terminale.

 

Une douzaine d'associations ont demandé un moratoire. " La semestrialisation proposée conduira à une discontinuité des apprentissages, alors que les élèves ont besoin de temps pour s’approprier des connaissances et développer des compétences disciplinaires, dans un cadre rigoureux qui évite la dispersion. .. La complexité de l’architecture envisagée... est telle qu’elle ne sera compréhensible que par les initiés. Cela renforcera les inégalités sociales, aboutira à une concurrence délétère entre les disciplines et les établissements, brouillera les repères de l’orientation, et compliquera à l’excès la rédaction des programmes". La coordination s'inquiète aussi de l'existence du grand oral. " Aucune réforme d’une telle ampleur ne peut se faire à marche forcée. Les délais annoncés conduiraient, en l’état, à définir des épreuves, et à écrire des programmes dans la précipitation. Un tel calendrier est manifestement déraisonnable. C’est pourquoi nous vous demandons un moratoire sur la réforme du baccalauréat et du lycée", écrivaient une douzaine d'associations d'enseignants où l'on retrouve l'Udppc, l'Apemu, l'APHG, l'Apmep, l'Apses, la Cnarela, et même Sauver les lettres.

 

Ajoutons que la semestrialisation signifiait, de l'aveu même du rapport Mathiot, l'annualisation des services, un moyen assuré d'augmenter gratuitement en réalité les services et d'économiser des postes. Le lycée modulaire, par les regroupements qu'il permet a d'ailleurs lui aussi l'avantage de réduire le nombre de postes.

 

Les discussions ont continué jusqu'à cette semaine où l'APBG et l'Appep, par exemple, obtenaient des éclaircissements et la promesse qu'il n'y aurait pas de semestrialisation.

 

Quels enseignements en lycée avec quels horaires ?

 

Des dernières visites d'associations professionnelles et des syndicats on sait que la semestrialisation serait abandonnée, les choix des élèves deviendraient annuels.

 

Le ministre maintiendra-t-il 1, 2 ou 3 séries ou va-t-il les supprimer ? Le rapport Mathiot préconisait de regrouper les élèves en classes scientifiques et non scientifiques. D'après Le Monde on s'orienterait vers un tronc commun de 16 heures (français, philosophie, histoire géo, langues et EPS et "humanités scientifiques". S'ajouteraient 12 h d'enseignements choisis par l'élève  3 disciplines en 1ère et 2 en terminale.

 

Ce total de 28 heures correspond à peu près au volume actuel mais il n'est pas certain que toutes les disciplines s'y retoruvent. Les disciplines scientifiques militent pour avoir une vraie filière scientifique dotée d'horaires suffisants. Les SES se mobilisent aussi contre un projet d'éclatement qui signerait leur mort et la disparition d'une voie de réussite au lycée.

 

Reste que JM Blanquer doit aussi dégager les postes exigés par Bercy. Il a d'ailleurs commencé à diminuer le volume des concours 2018 ce qui se traduira par une baisse du nombre de postes au premier comme au second degré. Si le ministre recule devant l'annualisation il va bien falloir qu'il gagne sur les disciplines les 25000 postes nécessaires.

 

FRançois Jarraud

 

Le rapport Mathiot et l'annualisation

Quiveut encore de la réforme Mathiot

Lycée : Valses hésitations

 

 

Par fjarraud , le mercredi 14 février 2018.

Commentaires

  • Gascogne, le 14/02/2018 à 11:28
    Bonjour,
    Quand on regarde le noyau dur des matières dites fondamentales qui excluent mathématiques et sciences expérimentales, il est fort à parier que ces matières-là (et surtout les SVT et Sciences physiques) vont perdre beaucoup de postes du fait :
    - d'une division par deux de leur volume horaire en seconde ;
    - de la suppression des enseignements d'exploration en seconde et de spécialité en terminale propres aux sciences expérimentales ;
    - de l'absence probable d'un parcours scientifique en première et terminale dûment abondé d'heures d'enseignement dans ces disciplines (les fourchettes indiquées sont soit en deçà, soit à peine au niveau de ce qui existe actuellement).
    Alors que l'enseignement des sciences avait été fortement malmené lors de la précédente réforme, cela risque d'être le coup de grâce !
    Ne soyons pas corporatistes mais nous aurons bientôt les données du ministère pour conforter ou infirmer ces hypothèses : c'est tout ce qui restera de notre "démarche scientifique" !
    La baisse drastique des postes aux concours en sciences expérimentales ne fait qu'anticiper cette chute inexorable de ces enseignements ! Tant mieux diront certains !
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