Claire Leconte : Rythmes scolaires : Pour un équilibre matin/après-midi  

Partout on lit que le ministère de l’Éducation nationale tient à améliorer les résultats de tous les élèves, en particulier évidemment en lecture, écriture et calcul. C ‘est en principe l’objectif de tout ministre de l’Éducation nationale, c’était aussi celui des prédécesseurs de l’actuel, ne serait-ce qu’en lançant la réforme dite des rythmes scolaires, qui devait être le premier levier de la réussite, et de la refondation de l’école. Cette réforme est aujourd’hui marquée par un échec puisque la grande majorité des écoles tient à la supprimer et à repartir sur le modèle imposé en 2008 à savoir la semaine de 4 jours. Mais bien peu tentent d’expliquer les raisons de cet échec. En grande partie, selon moi, elle tient à ce qu’on a soigneusement évité de bousculer substantiellement l’organisation du temps scolaire, on est reparti des journées de classe mises en place au 16ème siècle, pour rappelons le, respecter le temps des prières,   journées qu’on a, en 2013, modifiées a-minima, sans s’interroger sur le bien-fondé de ce choix.

 

Trois témoignages

 

Or curieusement tout le monde s’obstine à regarder dans les pays alentour le nombre de jours de classe, mais personne ne s’interroge sur l’organisation de ces jours de classe, ce que je fais depuis très longtemps. (1) Et en menant ces observations, on constate évidemment que dans tous les pays, les matinées sont longues, plus longues qu’en France, et les après-midis très réduites. C’est exactement la formule que j’ai choisie pour organiser les temps dans les communes que j’ai accompagnées, ce qui, aujourd’hui, satisfait l’ensemble des enseignants qui vivent sur une matinée plus longue (très bien vécue aussi dans un groupe scolaire lillois depuis 22 ans ! Groupe qui a obtenu une nouvelle dérogation du Dasen pour 5 ans).

 

Or quand je lis qu’un Dasen refuse à une commune d’allonger les matinées, commune qui a dû repasser à 4 jours sous la pression des parents, refus avec comme argument « dans l’objectif d’éviter les déséquilibres entre la matinée et l’après-midi » ! « Les horaires que vous proposez ne permettent pas un travail pédagogique optimum, notamment pour les petits », je dois dire que les bras m’en tombent ! Sur quelles données s’appuient ces responsables pour faire de telles affirmations ? C’est dans plusieurs départements que de tels propos ont été tenus par la hiérarchie de l’Éducation nationale.

 

Je joins ici trois paroles d’enseignants directement concernés, puisque enseignant en maternelle :

 

PE de TPS et PS :

« Avec le recul de vingt-deux années d’expérimentation d’un nouvel aménagement des temps de l’enfant, il est évident que les quatre heures matinales sont à la fois très aisément assimilables par les enfants, mais également très profitables pour les apprentissages scolaires. Ils sont très concentrés le matin pour les apprentissages, d’autant plus qu’ils savent que les après-midi sont moins chargés quand il y a l’école, et ludiques avec les activités. Ainsi, il est aisé de les solliciter et de leur demander une concentration soutenue durant la matinée, à tel point que les résultats scolaires des enfants, même dans un quartier dit « en difficulté », sont très prometteurs. Avec l’alternance des différents moments dans la matinée, il n’y a pas de phénomène de lassitude. Il est à noter que dans les classes des petits et des moyens, les heures de siestes nécessaires s’étalent beaucoup moins sur les heures scolaires, et les enfants ont donc plus de temps de classe et de moments de sollicitation des différents adultes qui s’occupent d’eux. La conclusion paraît évidente : toute modification de ce rythme particulièrement bien adapté aux jeunes enfants et aux apprentissages sera perçu, par les enfants, les parents et les enseignants, comme une régression pédagogique. »

 

PE de GS :

« Moi, j'en suis convaincu : quatre heures le matin, ce n'est pas un problème. On en arrive même, avec Mme G., à descendre en retard tous les jours en récréation parce que les enfants sont en plein travail et ne demandent pas à s'arrêter. J'ai eu une inspection ce matin de Mme L., qui a été absolument enchantée de voir les enfants s'activer, travailler, apprendre et réclamer encore et toujours du travail dès qu'ils avaient fini. Elle a été emballée de voir leur disponibilité et leur envie. Conséquence évidente d'une autre manière de faire, d'un autre rythme et d'une disponibilité plus grande des enseignants. ».

 

Dans un autre groupe scolaire, où nous avions aussi mis en place des longues matinées ;

« Pour la classe des tout petits, la maîtresse dit ne pouvoir que constater que les élèves ont avancé beaucoup plus vite dans les apprentissages que les autres années alors même qu'au contraire, elle les laisse avoir plus de temps pour aller au bout de leur activité, car la longue matinée le permet. » Dans une école rurale, longues matinées mises en place en 2015, la PE de maternelle dit : « N'hésitez pas à appuyer au nom de l'école de C.... sur la pertinence de ces rythmes pour le bien des enfants. »

 

Ce sont là des personnes qui vivent cette organisation au quotidien, pourquoi mentiraient-elles ?

 

Plaidoyer pour les longues matinées

 

Testu, souvent pris comme référence pour prétendre qu’on peut travailler avec efficacité l’après-midi,  en 2005 (2) , écrit : « Bien que cette évolution journalière des performances intellectuelles soit souvent présente, elle peut cependant se moduler voire s’inverser sous l’influence de nombreux facteurs liés à la situation, à la tâche ou bien aux sujets eux-mêmes notamment leur âge. Les résultats nous permettent de constater qu’effectivement il y a bien des modifications de la rythmicité journalière de l’attention des enfants scolarisés entre la moyenne section et le cours moyen 2ème année où ce rythme devient constant et stable. C’est donc à partir de 11 ans que les moments de faible attention sont le matin et le début d’après-midi, les périodes accrues sont la fin de matinée et à un degré moindre, la fin d’après-midi ».

 

Nous sommes bien en train de réfléchir à la meilleure organisation pour des enfants de maternelle et élémentaire, pas de collège.

 

Il a repris ces constats dans la contribution qu’il a apportée au MEN lors des concertations pour la refondation de l’école en 2012 : « Les similitudes relevées précédemment entre les rythmes psychologiques et les rythmes biologiques de l’enfant ne sauraient nous conduire à considérer qu’ils dépendent d’une même horloge biologique, ce d’autant plus qu’à la différence des rythmes biologiques, des facteurs psychologiques de personnalité et de situation peuvent modifier, voire annihiler les rythmes psychologiques ».

 

Il précise d’ailleurs ces facteurs : « l’âge, le niveau scolaire, l’appartenance ou non à une ZEP, les conditions d’exécution de la tâche, la nature de la tâche, la difficulté de la tâche, le type d’efficience, le type de mémoire, le stade d’apprentissage sont autant de facteurs qui nous font dire que la rythmicité psychologique est fragile » ! On est en droit de se demander « quand donc cette rythmicité apparaît-elle vraiment ? ».

 

De plus on lit bien qu’y compris dans cette référence souvent prise comme appui, justement l’auteur précise qu’il y a une modification importante entre la moyenne section et le CM2 ! Que ce n’est qu’à cet âge qu’une petite remontée de l’attention s’effectue en fin d’après-midi !

 

Un autre auteur s’était posé la question des variations de l’attention en classe dès la mise en place des écoles de Jules Ferry (3). Il s’agit d’Alfred Binet, psychologue, qui dès la fin du 19ème siècle s’était intéressé aux difficultés d’apprentissage de certains enfants. Avec son homologue Théodore Simon, il construit la première échelle d’intelligence, proposée en 1905 (4) , elle avait comme objectif de dépister en milieu scolaire les enfants incapables de suivre l’enseignement dispensé étant donné l’insuffisance de leurs moyens intellectuels. Cette échelle fut d’abord utilisée pour les enfants de 3 à 12 ans puis pour les adultes  « arriérés ». Il s’agit d’une échelle de développement qui calcule un quotient de développement mental, soit le rapport de l’âge mental rapporté à l’âge chronologique. En 1966 René Zazzo révisera cette échelle pour construire la NEMI, « Nouvelle Échelle Métrique de l’Intelligence ». L’important travail de Binet et Simon a été le point de départ des travaux menés sur le QI. Binet a aussi fait des études de médecine et obtenu une licence de sciences naturelles, ce qui lui confère une certaine légitimité pour s’exprimer sur les meilleurs moments d’apprentissage des enfants.

 

Binet et son élève Henri se sont intéressés aux résultats des premières recherches menées en classe, et non pas en laboratoire, sur l’évolution des performances des élèves en dictées et en calcul selon le moment de la journée.

 

Sikorsky (1) étudie l’évolution des performances dans des dictées durant 15 mns en fonction du moment de passation au cours de la journée scolaire. Ces recherches se font en Russie auprès d’enfants de 9 à 10 ans (entre autres) qui vont en classe le matin de 9h à midi puis de 13h à 15h l’après-midi. Le gros intérêt de ces résultats, bien que très anciens, est qu’ils s’intéressent à des enfants non pollués par le manque de sommeil, des nuits écourtées ou irrégulières. Ce sont donc bien les effets de la lassitude, ou de la fatigue comme le dit Binet, par rapport à l’activité en classe qui sont étudiés.

 

La première dictée a lieu avant le démarrage de la classe, la dernière après la fin de la classe de l’après-midi, soit après 15h. Cette première expérience montre que le nombre d’erreurs augmente considérablement après les classes, soit après 15h. Cette technique des dictées ayant fait ses preuves, elle fut reprise par d’autres chercheurs, en Allemagne.

 

Friedriech (cité par Binet) publie en 1896 une étude très méthodique auprès d’élèves de 10 ans en moyenne. Il fit quant à lui toute une série de passations, à des moments différents, prenant en compte différents facteurs susceptibles d’avoir un effet sur les résultats (récréations entre les heures de classe ou non, après ou non un cours de gymnastique), sachant que l’école commençait à 8h, jusque 11h le matin, et reprenait de 13h à 15 h l’après-midi. Quels résultats ?

 

C’est le matin avant la classe que les dictées sont TOUJOURS les mieux réussies, avec le moins de fautes. Cette expérience montre bien également l’effet positif des récréations entre les cours, montre encore qu’avant la classe de l’après-midi, après 2 heures de repos, les résultats sont moins bons que ceux d’avant la classe du matin, que l’heure de gymnastique fait monter considérablement plus les fautes qu’une heure de classe ordinaire, le nombre de fautes est globalement le plus élevé de façon équivalente en fin de matinée après trois heures de classe sans récréation et en fin d’après-midi après deux heures de classe sans récréation. En faisant l’examen individuel de toutes les copies, Friedriech montre que ceux qui ont mal fait dès la première épreuve, avant la classe du matin, font encore plus mal à la fin de la dernière épreuve. Comme le dit Binet, il serait temps qu’on prenne conscience que tout effort physique prolongé diminue l’activité mentale de l’individu et peut même amener une fatigue intellectuelle, que pour se reposer après un travail intellectuel il ne faut jamais faire de grands efforts physiques comme on le fait souvent en vertu d’une tradition bien ancienne. Or que fait-on faire aux enfants quand on leur propose des activités sportives couûteuses énergétiquement après le repas, pendant la pause méridienne, avant de se remettre au travail ?

 

Friedriech a mené les mêmes expériences avec des épreuves de calcul, additions et multiplications complexes, et a trouvé exactement les mêmes résultats qu’avec les dictées.

Toutes ces données ont conduit Binet à conseiller ainsi en permanence les enseignants « faites bénéficier vos écoliers de la clarté mentale de la matinée » ! On voit donc bien qu’on a tout intérêt à privilégier le matin, à condition de bien l’organiser, pour avoir l’efficience la meilleure dans les apprentissages.

 

La clarté matinale

 

Presqu’un siècle plus tard, Pierre Magnin, médecin mais qui fut aussi Recteur de l’académie de Besançon, dont les travaux ont été une source importante de réflexions sur les « rythmes scolaires », (il a été l’auteur du rapport qui a fait suite, en 1980, au Conseil Économique et Social qui traitait spécifiquement de la nécessité de revoir l’organisation des emplois du temps scolaire pour mieux respecter les rythmes des enfants) rappelle, dans son ouvrage de 1993 (6)   que « les observations et les dosages (prélèvements d’urine réalisés plusieurs fois dans la journée) ont montré que la période propice de la matinée s’imposait pour être la plus caractéristique et la plus synchronisée : celle de l’après-midi apparaissant moins intense et moins vigoureuse » (p. 161).

 

Magnin insiste également sur l’importance de respecter ce qu’il appelle « la phase de désynchronisation », correspondant au creux méridien, dont il dit qu’il est raisonnable de la situer dans une fourchette moyenne de 90 à 120 minutes. Mais il confirme que, même en respectant au mieux cette période, par du repos, de la sieste, de la relaxation, « il est toutefois remarquable que les performances qu’elle permet d’atteindre ou de réaliser restent chez la plupart des individus inférieures à celles de la matinée. La disponibilité cérébrale a évolué ».

 

Voilà pourquoi depuis longtemps, je milite avant tout pour favoriser les matinées, celles où la clarté mentale est présente comme le disait Binet. Faire en sorte qu’il y en ait le plus possible dans la semaine, mais surtout qu’elles soient plus longues qu’elles ne le sont traditionnellement. C’est bien cela qui permet de jouer bien davantage sur des alternances pédagogiques, qui permet de donner aux enfants des temps de respiration tout au long de sa journée (pas uniquement lorsque les activités dites périscolaires arrivent), de les motiver davantage et de les aider à acquérir des capacités de transfert d’apprentissage : faire se côtoyer dès le matin des maths et de la musique ou de l’EPS et des maths, permet de donner ces temps de respiration mais aussi de mettre en évidence les acquis transférables d’une matière à l’autre. Ceci est impossible quand on ne consacre les matins courts qu’aux maths et au français !

 

C’est exactement ce que réclamaient Debré et Douady (1) dès 1962 , à savoir : « on n’insistera jamais trop sur les vertus de l’alternance pour la prévention ou la réparation de la fatigue scolaire. » « L’alternance entre mouvement et immobilité, entre activités rationnelles, activités artistiques et activités physiques doit être respecté dans l’emploi du temps quotidien et pas seulement dans l’emploi du temps hebdomadaire » !

 

Chez les plus jeunes ces longues matinées permettent de ne plus les mettre sous pression constante : « dépêche-toi de ... ! » répété à tout bout de champ dans une matinée courte interrompue par une longue récréation est la commande la plus répétée au cours d’une journée ! N’est-il pas frustrant pour un enfant d’avoir constamment à se dépêcher ?

 

Mesdames et Messieurs les Inspecteurs, allez en observation dans les classes pendant quelques jours, non pas pour évaluer l’enseignant et son savoir-faire, mais pour regarder fonctionner les enfants. Peut-être alors serons-nous capables de nous détacher des journées de classe vieilles de plusieurs siècles, de l’époque où tous les élèves scolarisés étaient retenus à l’école de 6h du matin à plus de  19h, ce qui permettrait de gérer les temps scolaires dans de bien meilleures conditions qu’actuellement.

 

En revanche, travaillez à ce que la co-éducation avec les familles soit une réalité, ce qui permettra que l’école s’implique auprès des parents pour qu’ils apprennent à respecter la régularité du rythme veille-sommeil de leur enfant, moyen le plus efficace pour éviter la trop grande fatigue chez eux.

 

Et donnez-moi une explication plausible sur le fait que tous les ministres depuis 2012 ont indiqué dans leurs décrets portant sur l’aménagement des temps scolaires que les matinées pouvaient être d’au moins 3h30 !

 

 Ci-joint un modèle de longue matinée en maternelle qui fait largement ses preuves.


 

 

Claire Leconte

 

Notes :

1 Sur touteduc.fr

2 Janvier B., Testu, F. « Développement des fluctuations journalières de l’attention chez des élèves de 4 à 11 ans », Enfance 2005, 2, p. 155-170.

3  Binet, A. & Henri V. La fatigue intellectuelle, Paris, Librairie C. Reinwald, Schleicher Frères éd., 1898

4 Méthodes nouvelles pour le diagnostic du niveau intellectuel des anormaux, L’Année Psychologique, Vol. 11, 1905, pp. 191-244

5 « Sur les effets de la lassitude provoquée par les travaux intellectuels chez les enfants à l’âge scolaire » ; Annales d’hygiène publique, 1879, pp 458-464

6 Des rythmes de vie aux rythmes scolaires, 1993, PUF, Coll. Politique d’aujourd’hui.

7  Rapport sur « la fatigue des écoliers français dans le système scolaire actuel »

 

 

Par fjarraud , le jeudi 24 mai 2018.

Commentaires

  • DrHouse2, le 24/05/2018 à 11:35
    Mme Leconte, pour répondre à votre question sur le pourquoi de l'échec de la réforme de Peillon, il y a une réponse très simple : les vrais spécialistes (ceux du terrain, les enseignants) ont estimé qu'elle n'était pas au bénéfice des élèves, et qu'elle générait beaucoup de fatigue et d'inconvénients.
     
    En ce qui concerne les longues matinées, je connais très bien le système anglo-saxon qui fonctionne de cette manière, et il est faux de dire qu'il est idéal.
    C'est très loin d'être le cas, aussi bien au niveau de la fatigue que le la pédagogie ou de la vie de famille, et il présente de nombreux inconvénients majeurs (que je pourrais détailler si vous le souhaitez).
     
    Le système français actuel (semaine de 4 jours) est le meilleur que j'ai pu voir. En tant qu'enseignants on peut parfaitement organiser la journée de manière à ce qu'elle ne soit ni fatigante ni trop longue pour les élèves, c'est notre métier et nous savons le faire.
     
    Mme Leconte, vous êtes certainement une brillante psychologue, mais vous n'avez jamais enseigné, vous n'avez jamais mis les pieds dans une école primaire, ce n'est pas votre monde, donc par pitié laissez donc les VRAIS professionnels faire leur boulot !
    Personne ne vous interdit de donner votre avis et d'avancer vos arguments, pour que nous puissions ensuite éventuellement nous en inspirer si jamais nous sommes convaincus.
    Mais en aucun cas vous n'avez à tenter d'influencer les divers ministres et commissions pour que vos recommandations nous soient imposées de force, comme l'a été la réforme calamiteuse de Peillon.
     
    Nous sommes sur le terrain, dans nos classes, tous les jours, et nous en avons vraiment plus que marre que des technocrates et des universitaires prétendent savoir mieux que nous ce qui est bon pour nos élèves, et comment on doit exercer notre métier.
    Et si nous avons choisi à une écrasante majorité la semaine de 4 jours, c'est parce que nous estimons en tant que professionnels de l'enseignement que c'est la meilleure solution.
    • ClaireLec, le 25/05/2018 à 11:06
      Bonjour 
      il ne vous aura pas échappé, je l'espère, que ce n'est pas de mon laboratoire que je m'exprime, mais du terrain. Ce sont des enseignants qui s'expriment, ici, qui vivent ce modèle depuis plusieurs années et ont su utiliser au mieux ces matinées plus longues, pour servir à la fois le besoin des maternelle d'avoir parfois plus de temps pour finir et les élémentaires pour leur proposer une réelle alternance pédagogique. 
      Je n'ai jamais copié le modèle anglo-saxon, et ceux qui vivent, depuis la réforme que vous décriez, sur cette organisation, n'en voient que des bénéfices, pour eux-même enseignants, mais aussi pour les enfants et les parents. 
      Oser me dire que je n'ai jamais mis les pieds dans une école primaire relève du ridicule ! je les mets depuis le début des années 80, ai formé de très nombreux futurs professeurs des écoles qui, pour beaucoup d'entre eux, ont gardé contact avec moi et m'avaient toujours ouvert leurs classes pour y travailler avec eux. Vous vous dites "vrai professionnel", mais vous parlez visiblement sans savoir. 
      Nous dire que 4 jours vous arrange mieux, je veux bien y croire, mais ne clamez pas que c'est le meilleur système qui soit, il n'existe nulle part ailleurs, et à peine avait-il été mis en place par Darcos, que son successeur, Luc Chatel, deux ans après, jugeait utile de relancer un comité de réflexion sur les rythmes scolaires tant les remontées de terrain étaient mauvaises. 
      Pas plus tard qu'hier soir, je faisais une conférence à laquelle était présente l'IEN, elle est venue me remercier et m'a dit qu'elle souhaitait que tous les enseignants puissent m'entendre, tant elle était d'accord avec les propositions que je faisais. Sans doute qu'elle non plus, ne connait pas l'école, n'est jamais sur le terrain. 
      Et sachez bien que si j'avais pu, comme vous le dites, influencer les ministres, (ce n'est pas moi qui ai été l'experte pour cette "calamiteuse" réforme), on n'en serait probablement pas là, car les communes qui ont entendu mes propositions, qui portent sur l'aménagement de tous les temps des enfants, pas uniquement sur le temps scolaire, ne le regrettent pas aujourd'hui. 
      Vous porterez la responsabilité de mettre les enfants les plus fragiles encore plus en difficultés, comme ce fut le cas au début des années 90, où des expériences de 4 j ont été lancées, et où toutes les communes ayant des écoles en ZEP ont vu les effets délétères que cela a eu sur ces enfants. Mais vous savez cela mieux que moi je pense. 
      • DrHouse2, le 27/05/2018 à 12:53
        Mme Leconte, vous dites que des enseignants réclament des matinées longues. Combien sont-ils ? Certainement une infime minorité dans la profession.
        Et s'il s'agit de ceux que vous formez, il ne faut pas trop s'étonner qu'ils soient acquis à votre cause...
         
        Toutefois je ne remets pas en cause leur opinion, qui est tout à fait respectable, et dans ce cas il est normal effectivement de leur laisser la possibilité de concrétiser ce projet.
        Mais c'est LEUR projet, pas celui de l'immense majorité des autres enseignants, qui ne doivent en aucun cas se voir imposer l'opinion d'une petite minorité.
         
        Ne faites pas semblant de ne pas comprendre de quoi je parle au sujet de votre expérience de terrain : à combien d’élèves avez vous enseigné la lecture et l'écriture ? Aucun, car vous n'avez jamais enseigné au primaire.
        Et c'est la même chose au sujet des IEN dont vous parlez : ce sont juste des technocrates, qui n'ont aucune compétence en pédagogie, et sont l'équivalent du préfet pour le monde de l'enseignement : lorsqu'ils se rendent dans les classes, c'est dans l'unique but de vérifier que l'enseignement respecte bien les consignes du ministre, et rien d'autre.
         
        Comment pouvez-vous prétendre former des étudiants à une profession que vous-mêmes n'avez jamais exercée et ne connaissez pas ?
        C'est exactement comme si un chercheur en biologie se targuait de former un chirurgien pour opérer à coeur ouvert !
        Si le biologiste a découvert des informations importantes par exemple sur la régénération des cellules cardiaques, alors il les communique aux chirurgiens, et c'est à ceux-ci de modifier éventuellement leurs pratiques en fonction de ces informations, s'ils estiment que c'est nécessaire.
         
        Et c'est tout le problème de la formation des enseignants : elle est réalisée principalement par des technocrates et des universitaires qui n'ont pas ou peu exercé cette profession, qui sont recrutés uniquement sur des critères administratifs (respect des consignes), et qui propagent une vision rétrograde de l'école à base de cours magistraux et de leçons (rebaptisés séances et séquences, mais c'est la même chose : tous les élèves font la même chose en même temps).
        Interrogez donc les étudiants des ESPE, vous verrez l'opinion qu'ils ont de leur formation, totalement coupée de la réalité, et s'ils sont honnêtes avec vous, vous constaterez qu'elle n'est vraiment pas brillante, très loin de là !
         
        Si en tant que spécialiste de la psychologie vous avez découvert des informations intéressantes, alors la procédure normale serait de publier vos travaux dans des revues sérieuses à comité de relecture, et les proposer aux spécialistes de l'enseignement (nous, les enseignants).
        Et ensuite c'est à nous et à nous seuls de décider éventuellement de modifier nos pratiques en fonction des informations nouvelles qu'on reçoit. C'est ce qu'on fait au quotidien !
        Pourquoi est-ce que tout le monde s'estime le droit de dire aux profs de quelle manière ils doivent exercer leur métier ?!!
         
        Pour en revenir à la semaine de 4 jours de 2x3h, pour avoir testé différents systèmes (y compris des matinées longues), nous sommes un certain nombre de professionnels du terrain (l'immense majorité en réalité !) à estimer que c'est jusqu'à présent la solution qui présente le moins d'inconvénients et le plus d'avantages.
        Et en tant que professionnels, nous sommes parfaitement capables de gérer les activités de nos élèves, pour leur proposer ce qui leur convient le mieux à chaque moment.
         
        D'ailleurs, pourriez-vous me montrer les études qui démontreraient que la semaine de 4 jours aurait "des effets délétères" (c'est à dire mortels !!!) sur les élèves ?
        Je serais très curieux de lire !
         
        Au fait, juste pour info moi aussi je forme des enseignants...
        • DrHouse2, le 27/05/2018 à 12:59
          Je vous invite à visionner cette très courte vidéo de nos collègues Québécois, qui eux aussi en ont vraiment assez de se voir imposer leurs pratiques par des technocrates, des politiciens et des universitaires, qui n'ont aucune compétence pédagogique ni aucune expérience du métier :
          https://www.youtube.com/watch?v=RqGUhgFSqYo
    • PierreL, le 24/05/2018 à 15:57
      Enseigner dans une classe ne fait pas de nous des "spécialistes" en "fatigue des élèves". Nous sommes des professionnels de l'enseignement (et c'est déjà pas mal) dont on peut, doit même, entendre l'expérience, ça oui. Mais notre avis ne peut prévaloir quand il s'agit d'organiser le temps "scolaire", en fait le temps de l'Enfant. Cela est de la responsabilité de la Nation. Une responsabilité qui réclame, ambition, volonté et courage... Qualités plutôt rares chez nos "dirigeants".
      Tout en partageant votre méfiance, j'ai du mal à me considérer, à nous considérer, comme les seuls habilités à dire la "vérité" sur l'école. Et j'ai aussi du mal avec cette "hauteur" que l'on se permet de prendre en nous opposant, nous acteurs de terrain, aux technocrates... Que nous avons formés.
      Enfin, je rappelle que nous sommes assez seuls au monde à appliquer la coupure du mercredi(en bon enseignant cela devrait modérer nos prétentions)  et que personne ne peut affirmer que la position, empirique, des enseignants sur le temps scolaire ne soit pas dictée par des contingences personnelles. 

      Pour ma part, je remercie Mme Leconte, et les autres spécialistes, qui prennent le temps de l'argumentation en s'appuyant sur des études et des expérimentations. Et ce sans être obligé de partager toutes leur analyse...
      • DrHouse2, le 27/05/2018 à 15:29
        PierreL, comme je l'ai dit plus haut, en tant que professionnels nous sommes qualifiés et expérimentés pour gérer les activités et la fatigue de nos élèves : c'est notre métier, c'est ce qu'on fait tous les jours.
         
        Et si les chercheurs découvrent des informations intéressantes, alors leur rôle est de nous les communiquer, mais certainement pas de nous les imposer brutalement et autoritairement, comme c'est le cas depuis des dizaines d'années, contre notre avis de spécialistes.
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