De nouveaux algorithmes pour affecter élèves et enseignants ? 

Peut-on améliorer l'affectation des collégiens, des lycéens et des professeurs ? Terra Nova publie une nouvelle note sur les algorithmes d'affectation en éducation. Ce travail théorique, réalisé par Olivier Tiercieux (PSE), Camille Terrier (MIT), Julien Combe (University College London) et Victor Hiller (Paris II) fait une analyse critique d'Affelnet, Parcoursup et du mouvement des enseignants. Il reprend des travaux présentés en 2015 et 2016. Mais c'est au moment où le gouvernement envisage l'abandon des commissions paritaires qui ont en charge de veiller aux affectations des enseignants, que Terra Nova propose la création d'une agence chargée d'améliorer l'affectation...

 

Des recherches suivies depuis des années

 

"Faut-il sauver les algorithmes d'affectation et si oui comment ?" Après la mise à mort d'Apb et les critiques actuelles sur Parcoursup, le grand public doit se poser la question. L'algorithme d'affectation des enseignants est moins connu. Mais des milliers d'enseignants souffrent aussi d'un algorithme et n'obtiennent pas la mutation espérée.

 

Olivier Tiercieux, Camille Terrier, Vincent Hiller et Julien Combe travaillent depuis longtemps sur les algorithmes. En 2015, nous avions rendu compte d'une étude d'O Tercieux et V Hiller sur l'algorithme d'affectation des enseignants. Un an plus Olivier Tiercieux, Camille Terrier et Julien Combe proposaient un nouvel algorithme susceptible d'améliorer le mouvement des enseignants.

 

La Note publiée par Terra Nova montre l'importance des algorithmes pour le fonctionnement de l'Education nationale. Ce sont des algorithmes qui commandent l'affectation des nouveaux lycéens avec Affelnet, des étudiants avec Parcoursup et des enseignants. Mais, pour les auteurs, tous ces algorithmes doivent être améliorés. Tous ont leur point faible.

 

Les écueils d'Affelnet et Parcoursup

 

Ainsi les auteurs montrent, exemple à l'appui, comment Affelnet ne parvient pas à améliorer la mixité sociale dans les lycées. " L'algorithme adopté par l'administration pour affecter les élèves au lycée général et technologique et professionnel est loin de remplir au mieux les objectifs qui ont sous-tendu l’assouplissement de la carte scolaire". Il peut être contre productif et même réduire les chances des boursiers. Pire, le système de points utilisé peut être manipulé par des parents bien informés pour faire passer leurs enfants avant les autres.

 

" Les travaux académiques sur le sujet ont mis en évidence l’existence d’un algorithme alternatif améliorant Affelnet de manière non ambiguë", en échangeant les rôles actuels des établissements et des lycéens.

 

Les chercheurs se sont intéressés aussi à Parcoursup. Pour eux le principal risque de ce nouvel algorithme c'est sa lenteur qui peut décourager une partie des élèves et encourager d'autres à faire des voeux en dessous de leurs espoirs. Pour eux le choix d'une procédure décentralisée n'est pas adaptée à un système aussi complexe. Enfin là aussi les mieux informés pourront définir des stratégies gagnantes.

 

Les rigidités du système d'affectation des enseignants

 

Reste le système d'affectation des enseignants qui a déjà fait l'objet de deux publications par les auteurs. Le Mouvement national à gestion déconcentrée (MNGD) n'obtient pas de très bons résultats : en gros seule la moitié des demandes obtiennent satisfaction.

 

Pour les auteurs cela tient au strict respect des barèmes dans l'algorithme. Ils démontrent qu'en acceptant plus de souplesse avec le barème on augmente fortement le taux d'enseignants satisfaits. Par exemple il suffirait de laisser les enseignants échanger leurs postes comme le propose, là aussi, un algorithme alternatif.



 

 

 

Introduire les algorithmes dans le débat politique...

 

De tous ces exemples, les chercheurs tirent des conclusions. " Les choix politiques implicites ou explicites sous-jacents aux choix d'algorithmes et de critères de priorités doivent être présentés plus clairement par l'administration pour assurer une transparence sur la politique menée et, par là même, assurer plus de clarté sur les résultats escomptés", écrivent-ils. " Il nous semble primordial que les acteurs du monde éducatif comprennent que différents choix d’algorithmes s’offrent à eux, chacun présentant avantages et inconvénients. Le choix final de l’algorithme d’affectation devrait résulter d’une discussion éclairée des différentes options entre les différents acteurs que sont le ministère, les représentants enseignant et les académies". Or souvent ce choix est considéré comme technique et jamais mis en débat, voir dévolu à des "techniciens".

 

C'est cela qui amène les auteurs à demander la création d'une agence chargée d'éclairer le débat et de se livrer à des travaux pour améliorer les algorithmes existants. Les exemples donnés dans la note, par exemple cette étude qui montre qu'on peut augmenter d'un tiers le taux d'affectation des enseignants, plaide en ce sens.

 

Au moment où la dérégulation avance....

 

Nous avons suivi de près les travaux des chercheurs en 2015 et 2016 avec beaucoup d'intérêt. Leur présentation dans une note de Terra Nova les fait passer du statut de travaux scientifiques au débat politique. Cela au moment où les commissions paritaires qui veillent sur le respect des barèmes d'affectation des enseignants sont menacées de suppression par le gouvernement. Certes, la Note ne plaide pas pour la suppression de ces commissions. Et même elle recommande la discussion des algorithmes avec les représentants des personnels. Mais on voit bien que le respect du barème, qui est la base du pouvoir des commissions paritaires, n'en sort pas renforcé.

 

François Jarraud

 

La Note de Terra Nova

 

L'étude de 2015

Et celle de 2016

 

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 08 juin 2018.

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