Les conventions éducation prioritaire de Sciences Po rattrapées par la méritocratie 

" Le double objectif de contrer les critiques d’élitisme à l’égard de l’institution et d’apporter une réponse à ces différents problèmes donna logiquement naissance à un dispositif hybride du point de vue des finalités. Ce dernier était en outre traversé d’emblée par la tension entre méritocratie et discrimination positive et ce d’autant plus que beaucoup de responsables de grandes écoles comme d’autres acteurs prééminents dans les sphères politiques et culturelles ne manquèrent pas dès l’annonce de sa création de dénoncer dans les médias le caractère démagogique d’un dispositif qui semblait abattre les barrières méritocratiques d’accès à l’enseignement supérieur sélectif. Cette tension a en outre été accentuée par les caractéristiques du dispositif et son évolution dans le temps". La politique des conventions éducation prioritaire de Sciences Po est passée au crible par Germán Fernández-Vavrik, Filippo Pirone et Agnès van Zanten dans la revue « Raisons éducatives » 2018/1 N° 22. Les auteurs montrent comment le mythe méritocratqiue et le refus de renouveler réellement les élites sont en train d'étouffer le dispositif.

 

"Si le message initial du directeur de Sciences Po et des deux responsables successifs du service en charge du suivi du programme penchait nettement en faveur du recrutement d’élèves ayant des origines sociales et nationales, mais aussi des « talents », différents de ceux du public habituel de l’institution, plusieurs facteurs ont contribué à donner depuis 2010 plus de voix aux défenseurs de la méritocratie traditionnelle", expliquent-ils. La recherche étudie aussi la façon dont fonctionnent les ateliers sciences po dans les lycées et montre là aussi le poids du méritocratisme aux dépens de la volonté d'ouverture.

 

Pour les auteurs cette évolution reflète un problème plus large. " Salué pour son audace par une fraction des élites politiques et économiques, le modèle de discrimination positive de Sciences Po n’a pas fait d’émules parmi d’autres établissements d’enseignement supérieur d’élite en France, ce qui lui a permis initialement de se distinguer mais a contribué à terme en partie à l’isoler. Et ce d’autant plus qu’en France, les pouvoirs politiques n’ont pas imposé des dispositifs contraignants de ce type, contrairement à ce que l’on a pu observer dans d’autres pays. L’idée d’un quota de 30 % des boursiers dans chacune des grandes écoles, avancée sous la Présidence de Nicolas Sarkozy a été rapidement abandonnée et son maintien en tant qu’objectif partiellement dévoyé par l’évolution des barèmes pour l’obtention des bourses du supérieur. Cet immobilisme politique contribue à son tour à l’érosion du soutien de la coalition initiale d’acteurs en faveur du dispositif".

 

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Par fjarraud , le vendredi 05 octobre 2018.

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