Violence scolaire : Des moyens pour des centres fermés pas pour les établissements 

26 octobre - Après l'incident de Créteil, Nicole Belloubet, Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et Laurent Nunez ont présenté le 26 octobre les mesures qui seront prises pour répondre à la violence scolaire. Ils annoncent l'ouverture de 20 centres éducatifs fermés et "d'accueils de jour" avec un encadrement militaire ou policier pour des élèves posant problème. Des mesures qui couteraient cher et qui ne changeront rien dans les établissements.

 

20 centres éducatifs fermés

 

 C'est de nouveau l'image de l'école sanctuaire et de la question des abords des établissements qui ont été mis en avant lors de l'intervention des 4 ministres, Nicole Belloubet, Jean-Michel Blanquer, Christophe Castaner et Laurent Nunez, le 26 octobre place Beauvau. "Que le berceau de la République qu'est l'Ecole soit sanctuarisée, que les enseignants soient protégés et les élèves aussi", a déclaré C. Castaner.

 

Les mesures devraient être détaillées pour le Conseil des ministres du mardi 30 octobre. Mais C Castaner, JM BLanquer et N Belloubet en ont présenté les grandes lignes.

 

La principale mesure a été annoncée par N Belloubet : l'ouverture de 20 nouveaux centres éducatifs fermés. On compte aujourd'hui 52 centres qui abritent environ 1500 jeunes une partie de l'année (en moyenne 4 mois). Ces centres, qui comptent chacun environ 12 jeunes et 26 adultes, sont fermés au sens où ils sont la résidence obligatoire de ces jeunes. Ils abritent obligatoirement des multirécidivistes. Problème : ces centres coutent très cher puisque chaque jeune coute en moyenne 16 300 euros par mois. Ouvrir 20 centres représente environ 40 millions, soit 1150 emplois d'enseignants ou presque le double en surveillants.

 

L'autre mesure c'est l'annonce de "centres d'accueil de jour" avec un encadrement "qui peut devenir éducatif mais aussi de militaires ou de policiers". A moins d'inventer de nouvelles structures ce pourrait être les classes relais ou les accueils en associations comme cela se pratique déjà.

 

Dans les deux cas la question reste celle du retour dans l'établissement au bout d'un délai court. La mise à l'écart est temporaire et c'est une bonne chose pour des jeunes qui sont en obligation scolaire. Mais seul le travail pédagogique peut permettre que le retour à l'Ecole soit profitable. Or là dessus rien n'est annoncé à ce jour, bien au contraire.

 

"Simplifier" les conseils de discipline

 

JM Blanquer est intervenu pour annoncer la "simplification" du conseil de discipline. On en sait pas encore ce qu'il entend par là. Le conseil de discipline pour rester efficace a besoin d'être exceptionnel et surement pas banalisé. Il invite au  "signalement systématique" des faits et promet de renforcer les Equipes mobiles de sécurité (EMS), un dispositif souvent utilisé de façon sécuritaire en négligeant les compétences pédagogiques des équipes.

 

JM Blanquer a aussi annoncé des "mesures permettant d'impliquer les familles" sans en préciser le contenu. La mesure de suppression des allocations familiales soutenue avec obstination par Les Républicains depuis des années n'a pourtant fait ses preuves ni en France, où elle a été appliquée sous Sarkozy, ni en Angleterre où elle existe depuis des années (elle va même jusqu'à la prison pour les parents). Dans un nuémro récent de la revue Administration et éducation (n°159), Xavier Pons en fait l'exemple même du "populisme éducatif" : une mesure soutenue par l'opinion mais à efficacité nulle.

 

A coté de la plaque ?

 

Christophe Castaner a évoqué la présence de policiers dans les établissements scolaires à la demande du chef d'établissement. Bien évidemment il ne s'agit pas de présence permanente mais ponctuelle. Or quel établissement n'a pas déjà un contact régulier avec la police locale ?

 

La mobilisation interministérielle répond peut-être aux peurs de l'opinion publique. On annonce qu'on va "enfermer" les élèves violents, mettre de la police dans les  établissements. Pour les acteurs de l'Ecole on est loin du nécessaire qui serait de la formation, des classes moins chargées, de l'espoir pour les jeunes des quartiers et des moyens humains supplémentaires. C'est dans la prévention et les établissements qu'il faut investir. Pas dans des "centres éducatifs fermés".

 

François Jarraud

 

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Par fjarraud , le mardi 23 octobre 2018.

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