Thierry Noiriel : La réalité augmentée au service des SVT 

Tenir dans sa main une dorsale océanique ou un canal transmembranaire est désormais possible. Le Merge cube facilite de nombreuses visualisations avec les élèves et fait fureur chez les profs de SVT. Thierry Noiriel, enseignant de SVT au lycée Camille Claudel de Fourmies (59) ne lâche plus son cube et explore les nouvelles possibilités pédagogiques offertes par la réalité augmentée. « La comparaison de crânes de la lignée humaine dont certains sont introuvables dans le commerce comme Homo naledi et Toumaï » convainc l’enseignant des opportunités de l’objet. « D’autres applications pédagogiques pourront se développer par la coopération », souligne Thierry Noiriel. Quels sont ses conseils pour utiliser le cube en séance ? Avec quels avantages ?

 

Quels usages sont faits en classe du Merge cube ?

 

Le premier usage développé a été la comparaison de crânes de la lignée humaine dont certains sont introuvables dans le commerce (Homo naledi, Toumaï). Le cube permet de filmer les modèles puis après transfert sur PC et arrêt sur image, on peut extraire des images à partir desquelles faire des mesures (position du trou occipital, angle facial) sur le logiciel Mesurim. L’avantage par rapport à des clichés tout prêts des mêmes crânes est que l’élève doit réfléchir lors de la manipulation du cube afin de disposer des bons angles de vue. Toutefois, la difficulté est parfois la définition du modèle dont on est obligé de baisser les détails afin qu’il ne soit pas trop gros tout en préservant ses qualités (limites des différents os pour faire les mesures). Ainsi, le rapport hauteur sur longueur est délicat à réaliser car la suture frontale, nasale ou frontale, pariétale à tendance à s’effacer.

 

Quelles parties du programme se prêtent à la réalité augmentée en SVT ?

 

La réalité augmentée peut intervenir partout et être un plus formidable. J’y vois une aide à la visualisation. La réalité augmentée peut permettre d’accéder à des visuels inédits, ceci de manière tout à fait libre et autonome par et pour les élèves. Aurasma, en son temps, a été une très belle avancée dans ce domaine en permettant de déclencher des interactions visuelles, auditives, vidéo. Le Merge cube est une autre innovation majeure. Voir en 3D une dorsale océanique ou un canal transmembranaire est normalement impossible.

 

Avez-vous des retours d’élèves sur l’usage du cube ?

 

Un effet « whaou » car ils sont étonnés de découvrir qu’un jouet a pu être détourné de son but initial pour le transformer en outil pédagogique. Pour un élève dont la mémorisation est très visuelle, observer les différents crânes dans sa main, lui permet, de mieux fixer des notions telles que la position du trou occipital, le prognathisme, la taille de l’encéphale, … Par ailleurs, cela peut développer leur goût pour des applications innovantes, numériques qu’ils croient maîtriser.

 

Avez-vous d’autres projets en tête avec cet outil ?

 

D’autres usages sont en test : coupes de lithosphère, modèles de molécules, de cellules et plein d’autres surprises à venir que l’équipe de S.V.T. de l’académie de Lille est en train de cogiter et d’essayer de mettre au point. Ce travail est réalisé en collaboration avec Grégory Michnik et avec la participation de Christophe Foveau ; sans oublier la participation inestimable de Philippe Cosentino qui m’a suivi et a reprogrammé son application profil crustal afin d’intégrer les données du modèle litho 1.0 et de créer des profils lithosphériques.

 

Parfois nous sommes limités par les accès aux fichiers 3D, parfois par les logiciels de traitement de ces fichiers (très nombreux formats parfois très complexes à manipuler) puis, par les traitements de l’objet 3D lui-même (ajout de textures, ajout de légendes, …).

 

Parfois nous sommes limités par les outils à notre disposition eux-mêmes : par exemple, nous avons à notre disposition les moulages endocrâniens de différents individus de la lignée humaine mais aucun outil qui nous permette d’accéder à une mesure de leur volume. C’est rageant même si on peut toujours imprimer les modèles avant de procéder à leur mesure de volume par immersion.

 

Des échanges avec les concepteurs des applications devraient nous permettre de déboucher rapidement sur des solutions nouvelles et innovantes facilitant la vie des utilisateurs du Merge cube tout en facilitant la mise en place d’utilisations pédagogiques.

 

Quels conseils donneriez-vous à un enseignant qui souhaiterait se lancer dans l’utilisation de la réalité augmentée ?

 

Il ne faut pas se décourager et être prêt à y consacrer du temps, ne pas hésiter à demander de l’aide. Plus que jamais, ces applications pédagogiques pourront se développer par la coopération. La principale difficulté est de se procurer des fichiers 3D utilisables avec le cube.

 

Des sites (Sketchfab, Thingiverse,…) proposent de nombreux fichiers gratuits. D’autres sont récupérables après prise de contact avec des particuliers, des musées sous diverses conditions. Certaines applications telles que Libmol, Chimera, Profil Crustal permettent aussi de récupérer de précieux fichiers 3D.

 

Une fois ces fichiers en votre possession, il faut alors jongler avec leur format, leur taille… afin de les faire entrer sous Miniverse et les visualiser sur le cube. Certains vous permettent de voir les textures, d’autres pas. C’est essai erreur jusqu’à obtenir un objet qui vous convienne mais là, c’est la satisfaction surtout s’il est possible de l’intégrer dans vos pratiques.

 

Propos recueillis par Julien Cabioch

 

Réalité augmentée avec le Merge Cube

 

Dans le café

Grégory Michnik : Une nouvelle ère pour les SVT  

SVT : Le cœur en réalité augmentée

Laurence Gilmant : De la réalité augmentée pour le cours de langue

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 13 novembre 2018.

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