Quelles finalités pour les pédagogies alternatives ? 

Peut-on parler d'essor des pédagogies alternatives ? Si le nombre de jeunes concernés reste faible, on assiste bien à une forte croissance des écoles privées hors contrat et aussi au développement de ces pédagogies dans l'école publique. Mais ces pédagogies sont loin de constituer un mouvement uni ou uniforme. Sous la houlette de Marie-Charlotte Allam et Sylvain Wagnon, la revue Tréma en présente une intéressante cartographie qui met aussi en évidence des finalités différentes et le rôle central joué par les Editions Actes Sud, celles de F Nyssen dans leur diffusion.

 

 "Depuis plusieurs années, les articles sur les pédagogies « alternatives » se multiplient dans la presse grand public et les magazines de vulgarisation scientifique. Cette thématique semble faire recette et rencontrer un écho grandissant dans la société. Il nous a donc semblé nécessaire, par ce numéro de Tréma, d’entreprendre une analyse scientifique critique d’ensemble de cette galaxie des pédagogies alternatives". Marie-Charlotte Allam et Sylvain Wagnon (université de Grenoble et  Université de Montpellier) consacrent un numéro de la revue Trames à la galaxie des pédagogies alternatives.

 

" Dans ce numéro de Tréma, notre premier souci était de montrer que derrière la référence commune à une « alternative » se cache des réalités différentes et parfois antagonistes". Dans un article, Sylvain Wagnon dessine une vraie cartographie des pédagogies alternatives qu'il regroupe en 3 courants.

 

Il définit trois archipels. " Le premier archipel est celui des courants historiques de l’éducation nouvelle. Cet archipel se structure par des pédagogies identifiables (Decroly, Montessori, Steiner ou Freinet). Forts des expériences pédagogiques d’écoles depuis le début du XXe siècle, ces courants sont bien présents aujourd’hui dans le paysage éducatif tout en étant marginaux numériquement. Néanmoins, si les valeurs de l’éducation nouvelle fédèrent ces mouvements, de nombreuses différences existent. Il ne s’agit aucunement d’un « front » commun. Les idéaux de mixité sociale et de transformation de l’éducation restent des points d’ancrage forts dans la mouvance Freinet et Decroly alors que les courants Steiner et Montessori mobilisent avant tout le développement de la personnalité. Ces deux derniers courants sont donc en phase avec les nouvelles écoles alternatives du début du XXIe siècle", écrit-il. "Le second archipel, idéologiquement opposé aux idées de l’éducation nouvelle, propose un projet pédagogique centré sur la « tradition », sur la transmission des savoirs avant toute socialisation. Cet ensemble est principalement catholique traditionnaliste. Ces écoles, tout en souhaitant apparaitre comme alternatives, ne possèdent aucun lien avec les réseaux d’éducation nouvelle et restent idéologiquement en opposition avec la plupart des écoles alternatives prônant une transformation sociétale. Néanmoins, cette mouvance perçoit dans certaines écoles alternatives, une convergence dans ce contournement de l’enseignement public et dans cette libéralisation de l’éducation. L’archipel central qui personnifie ce que l’on nomme aujourd’hui les pédagogies alternatives est une nébuleuse regroupant sous cette terminologie tout un ensemble d’expériences pédagogiques, d’associations et d’acteurs qui utilisent le triptyque des familles, des neurosciences et du développement personnel. Son essor reste quantitativement négligeable mais médiatiquement et politiquement très offensif".

 

On le voit ces courants visent des finalités différentes pour l'éducation. Politiquement "les mouvements Freinet et Decroly revendiquent une finalité émancipatrice et de transformation politique" qui faut fuir les autres. Les écoles privées hors contrat d ela Fondation pour l'école ont pourtant un projet politique clair tout comme le réseau Espérance banlieue.

 

Les fondements idéologiques ne sont pas non plus les mêmes. L'article rappelle que certaines de ces écoles sont considérées comme des sectes par la Miviludes, à l'image de certaines dont le site du Printemps de l'éducation fait la promotion.  Selon l'article, " les éditions Actes Sud sont l’un des principaux éditeurs des publications de ces expériences. On retrouve ainsi les écrits d'André Stern, militant de l’instruction à domicile ou de Ramïn Farhangi, cofondateur de l’école dynamique de Paris, mais aussi les écrits en français des penseurs des écoles « démocratiques » comme Peter Gray (Sterne, 2011 & 2017 ; Farhangi, 2018 ; Gray, 2016). Françoise Nyssen, codirectrice des éditions Actes sud est elle-même cofondatrice de l’école à pédagogie alternative proche du courant Steiner en 2015, l’école du domaine du possible".

 

Ces pédagogies alternatives correspondent aussi à des mouvements sociaux profonds : développement  personnel, psychologie positive, revanche des parents sur l'école, offensive contre l'école publique et les "communs" se mêlent dans des dosages différents selon les courants.

 

Ce numéro très riche propose aussi une interview de Philippe Meirieu par Sylvain Wagnon. " Quand on nous vend aujourd’hui l’idée qu’il y aurait des bonnes pratiques qui seraient élaborées une bonne fois pour toutes dans les officines privées de l’éducation positive ou chez les neuroscientifiques… et que l’on se revendique, en même temps, d’un certain nombre d’auteurs de l’éducation nouvelle, il me semble qu’on les trahit", explique P Meirieu.

 

François Jarraud

 

Tréma n°50

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 15 novembre 2018.

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