Brigitte Macron et la lutte contre le harcèlement 

Il fallait bien cela : l'épouse du président de la République, accompagnée de dizaines de photographes, JM Blanquer et Marlène Schiappa. Autant d'images pour chasser l'inoubliable de Créteil et tous les tweets de #pasdevagues. Autant de communication pour occulter une réalité : le ministère n'a plus de délégué ministériel à la lutte contre le harcèlement et la violence scolaire. Il ne sait toujours pas quelles décisions prendre suite à l'incident de Créteil et n'a toujours pas décidé de l'avenir de la délégation... C'est la panne ?

 

Un collège modèle

 

Le collège des Petits Ponts de Clamart est à 50 mètres d'une mosquée, au milieu d'une cité populaire. Pour une fois Brigitte Macron, qui a enseigné dans un lycée chic et privé d'Amiens, est en Rep. Elle est accueillie par JM Blanquer, Marlène Schiappa et la nouvelle rectrice de Versailles, Charline Avenel.

 

Le collège des petits ponts c'est le bon élève en terme de lutte contre le harcèlement. Plusieurs classes participent au concours Non au harcèlement. Des élèves de 4ème travaillent en inter-cycles avec des écoliers de Cm1 pour les sensibiliser à la lutte contre le harcèlement. Les ministres assistent à un échange entre élèves où on pratique la technique du baton de parole. La visite des ministres est aussi l'occasion de mettre en avant une mallette pédagogique 1er degré, distribuée dans les écoles de la ville. Les officiels participent à un jeu de l'oie mis au point par la MAE. Ils  rencontrent des élèves du lycée Bascan de Rambouillet qui ont créé une "Team Harcèlement". Cette équipe de lycéens ambassadeurs du harcèlement intervient dans le collège des Petits ponts.  Les jeunes s'expriment bien et entrainent les écoliers et collégiens. Les enseignants sont fiers de leurs élèves qui ont décroché des prix.

 

La méthode Pikass

 

La rectrice Charline Avenel mise sur la méthode Pikass pour aller plus loin dans la lute contre le harcèlement. Cette méthode de dialogue psychologique avec le harceleur devrait être généralisée dans l'académie. Selon un expert, elle a une certaine efficacité mais ne peut pas être la méthode unique. La question de fond de la lutte contre le harcèlement est celle du climat scolaire. Et Eric Debarbieux, longtemps délégué ministériel à la lutte contre le harcèlement,  a montré dans ses ouvrages que c'est aussi une question pédagogique.

 

Les souvenirs de B. Macron

 

Sous les flashs, Brigitte Macron raconte à la presse ses souvenirs d'enseignante où elle traitait du harcèlement en séparant filles et garçons lors des heures de vie de classe. "J'essayais de prendre le harceleur entre 4 yeux et de gérer directement", dit-elle. Pour elle, lutter contre le harcèlement est devenu plus facile car l'omerta est levée. "On sait quels élèves sont concernés". Et les jeunes ont envie d'être dans les normes. "Ils n'ont pas envie d'être out of the box", explique Mme Macron.

 

Des progrès

 

JM Blanquer juge la "situation meilleure aujourd'hui qu'il y a 7 ans". C'est effectivement ce que dit l’enquête HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée tous les quatre ans dans 42 pays auprès de collégiens, le harcèlement aurait diminué en France de 15 % au collège entre 2010 et 2014. La baisse atteindrait 33% en sixième. Et c'est confirmé par Pisa 2015 qui montre que la France est plutôt bien placée dans la lutte contre le harcèlement. Le ministre rattache la lutte contre le harcèlement aux valeurs de la République et à son "lire écrire compter respecter autrui".

 

Et une politique qui se cherche

 

Tout va bien ? En réalité la politique ministérielle de lutte contre le harcèlement et la violence scolaire se cherche. Le délégué ministériel, Dominique Berthelot, nommé en mars 2018, est parti et il n'est pas remplacé. La délégation est gérée par la Dgesco, une institution puissante qui ne rend pas toujours ce qu'on lui a prêté...

 

Après l'incident de Créteil, le gouvernement hésite. Une première déclaration a mis 40 millions sur la table mais pour créer 240 places en centre fermé. C'était à cote de la plaque. Le ministre a fait des déclarations à forte portée symbolique durant les vacances de la Toussaint. Mais cela n'a fait oublier ni les suppressions de postes d'enseignants ni les 400 emplois administratifs en moins à la rentrée. Sur ce terrain en deux ans on est revenu au niveau de 2012. Et lutter contre le harcèlement c'est aussi avoir des CPE, des psychologues, des Rased, des assistantes sociales etc.

 

Selon certaines sources, une mission de l'Inspection réfléchit en ce moment à l'avenir de cette politique et de la délégation. C'est qu'il faudra faire des choix. Selon le Canard enchaîné, c'est JM Blanquer qui pousse à prendre des mesures de "responsabilisation" des familles et à créer des centres de mise à l'écart des perturbateurs. Mais ces centres coutent tellement cher qu'ils ne peuvent accueillir que de petits effectifs et pour des périodes courtes. On en revient donc aux questions de système (encadrement d'adultes spécialisés) et pédagogiques. Là dessus le ministre et le gouvernement semblent secs. Et le gouvernement devra rendre des décisions le 15 décembre.

 

D'ici là, il fallait une image forte pour faire oublier l'événement qui a enterré les discours sur "l'école de la confiance". Brigitte Macron s'y est prêtée.

 

François Jarraud

 

Violence scolaire :le dossier

 

 

Par fjarraud , le vendredi 16 novembre 2018.

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