Philippe Vincent: La réforme du lycée n'est pas vraiment mise en cause 

Les lycéens ont-ils des revendications claires ? La question est posée par Philippe Vincent, secrétaire général du Snpden Unsa, un syndicat qui représente la majorité des personnels de direction. Aux premières loges pour observer les mouvements lycéens, il estime que les lycéens n'ont pas vraiment de revendications et que cela rend difficile une issue au mouvement.

 

Vous êtes proviseur à Marseille. Comment cela se passe-t-il dans votre établissement ?

 

On a eu des blocages assez légers depuis lundi. Le lycée lui - même est peu touché et la  situation est assez classique. Mais autour du lycée, il y a des affrontements entre les lycéens et la police de façon répétitive. Le niveau de violence est assez étonnant.

 

C'est ce que vous disent aussi vos collègues ?

 

Oui c'est cela. D'habitude le mouvement se construit autour de mots d'ordre. Là c'est le contraire. Les lycéens se greffent sur un mouvement social et non le contraire. On a des difficultés à avoir des interlocuteurs et ceux que l'on a habituellement on du mal à assurer le leadership du mouvement. J'observe une volonté systématique d'en découdre avec la police. Des lycéens font tout pour que la police vienne et les affronter.

 

Les organisations lycéennes ont publié des mots d'ordre clairs...

 

Mais le mouvement a démarré avant ces mots d'ordre. On se doutait que dans le contexte social actuel les lycéens allaient bouger. On voit quand on discute avec les élèves que les mots d'ordre ne passent pas.

 

Pourtant dans les cortèges on voit les lycéens avec des pancartes contre la sélection, la réforme du lycée etc...

 

C'est vrai là où il y a des cortèges structurés. Mais l'essentiel du mouvement ce sont des rassemblements désorganisés qui mettent le feu aux poubelles. Et là pas de mots d'ordre.

 

La réforme du lycée n'est pas menacée ?

 

A ce stade c'est un mot d'ordre comme les autres , avec la fin de parcoursup et du SNU. Mais on voit mal comment la réforme est réellement mise en cause. Et donc comment le ministère va pouvoir apporter une réponse.

 

Mais le mouvement est apparu au moment où la réforme du lycée a commencé à se concrétiser dans les établissements.

 

On aurait pu imaginer qu'il apparaisse au moment des annonces et non de la mise en oeuvre effective. Il y a du retard à l'allumage. Si vraiment c'est le motif alors pourquoi avait-on le sentiment que la réforme allait passer sans problème ?

 

Comment voyez vous l'avenir ?

 

On voit mal quelles réponses pourraient dégonfler le mouvement. Nouer le dialogue va être difficile. La situation n'est pas classique.

 

Quelles consignes donnez vous aux personnels de direction ?

 

De ne pas se mettre en danger. D'assurer al sécurité des personnes et des biens et si cela devient impossible de suspendre les cours ou de fermer le lycée. Certaines préfectures, comme l'Oise, ont pris les devants.

 

En 2005, les chefs d'établissement avaient peur que le mouvement des banlieues s'attaque aux lycées. Cela n'a pas été le cas. Actuellement cette peur existe ?

 

Il y a eu quelques manifestations mal controlées avec des incendies involontaires mais pas d'action délibérée. Les appels à s'introduire dans les lycées sur les réseaux sociaux ne sont pas suivis à une exception près. Il n'y a pas de volonté de d'en prendre aux lycées.

 

Vous allez être reçu par le ministre ?

 

On est en relation étroite avec son cabinet. Ils nous soutiennent. Ils semblent dubitatifs sur la sortie de crise.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 07 décembre 2018.

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