Lycées : Que sait-on des dotations horaires de 2019 ? 

Alors que les lycées amorcent une première mobilisation le 17 janvier à l'appel d'une assez large intersyndicale (Fsu, Fo, Cgt, Sud), que sait-on de certain sur l'impact des réformes du lycée général et technologique et de la voie professionnelle ? S'il semble encore un peu tôt pour définir dans chaque établissement le nombre de postes supprimés, il est déjà certain qu'aux 2650 postes supprimés par le ministère pourrait s'ajouter un volume variable d'heures supplémentaires aboutissant aussi à des suppressions. Et que les suppressions porteront davantage sur certaines académies et certaines disciplines.

 

Que sait-on des DHG des lycées ?

 

"Globalement c'est trop tôt". Secrétaire général du principal syndicat de personnels de direction, le Snpden Unsa, Philippe Vincent précise que les dotations horaires globales (DHG) arriveront dans les établissements entre le 24 janvier, jour de la grève nationale du 2d degré, et début février, selon les académies. Seuls les lycées parisiens sauraient déjà à quoi s'en tenir. En février tous les lycées connaitront le nombre de postes pour chaque établissement et aussi le volume d'heures supplémentaires (HSA) attribué. On entrera alors dans les discussions entre enseignants, établissements et rectorat pour finaliser les arbitrages.

 

Faut-il s'inquiéter ? "On attend pour voir, ce qui ne veut pas dire qu'on n'est pas inquiet", nous dit P Vincent. "On verra dans 15 jours". Proviseur d'un lycée de Marseille il affirme ne pas avoir encore évalué les éventuelles pertes de postes dans son lycée.

 

Du coté du principal syndicat concurrent, ID FO, on redoute davantage l'avenir. D'ailleurs Philippe Donatien, son secrétaire général, qui dirige un très important lycée du Sud-Ouest, a déjà fait les calculs pour son lycée et s'attend par exemple à 4 ou 5 postes en moins dans la filière professionnelle.

 

L'impact des nouvelles grilles horaires

 

Sur quoi peuvent bien reposer ces calculs ? On connait déjà les grilles horaires des lycées général, technologique et professionnel. Dans les trois cas, la réforme appliquée à la rentrée 2019 diminue les heures d'enseignement. Pour le lycée général on passe de 28 heures minimum en seconde à 26, soit 10% de moins. La proportion est identique en première, l'autre année d'application de la réforme dès 2019. Supprimer 10% des postes en 2de et ère équivaudrait à environ 6 000 postes.  En lycée professionnel , la baisse est plus importante surtout en enseignement général. Les syndicats, comme le Snuep Fsu, annoncent 5000 suppressions de postes.

 

Mais pour les deux secrétaires généraux, les avis divergent. Philippe Donatien estime qu'en lycée général il perdra 2 enseignants sur les 300 de son lycée polyvalent qui s'ajouteront aux 4 ou 5 de la voie professionnelle. Philippe Vincent pense "qu'à structure et nombre d'élèves équivalents il n'y a aura pas de grande différence entre la DHG ancienne et la nouvelle".

 

L'optimisation des moyens

 

En fait le nombre d'heures d'enseignement ne fixe pas à lui seul les moyens nécessaires. D'autres éléments entrent en jeu mais ne sont pas forcément calculables dès maintenant.

 

Il y a d'abord la structure même du nouveau lycée. Dans le lycée actuel les élèves sont répartis dans des classes de S, ES ou L. Les classes mélangées sont rares. Par conséquent on peut avoir des classes avec peu d'élèves qui consomment les mêmes moyens d'enseignement que les classes chargées.

 

L'effet principal du nouveau lycée c'est de rentabiliser les moyens. Il n'y a plus de filières et plus vraiment de classes. Les élèves sont répartis entre des enseignements de tronc commun et des spécialités. Dans les deux cas, les rectorats vont définir des seuils d'ouverture de classe, souvent les plus hauts possible pour "rentabiliser" leurs moyens.

 

Des seuils sérieusement relevés

 

En fait ces seuils sont déjà publiés par certaines académies. "On voit des choses différentes selon les académies et c'est un problème", estime P Donatien. "On en sait pas non plus comment se feront les pondérations sociales entre les établissements". Pour P Vincent, "on tend vers une harmonisation nationale avec 35 élèves en enseignement général et 30 pour la voie technologique". Les spécialités qui n'atteindront pas ces niveaux ne seront peut-être pas ouvertes. Or actuellement on compte seulement 32 élèves par classe en seconde en moyenne, 29 en 1ère générale et 28 en terminale générale. On mesure que la réforme devrait dégager par cette simple optimisation des moyens un certain nombre de postes.

 

Pour le lycée général, une grande inconnue demeure sur les spécialités ouvertes ou pas. Les ouvertures vont dépendre des demandes des élèves aux propositions des établissements. C'est seulement au printemps que les lycées sauront combien de spécialités seront réellement ouvertes.

 

Quel impact du nouveau volume d'heures supplémentaires ?

 

Enfin il y a l'inconnu des heures supplémentaires. Le ministère a annoncé un volume d'heures supplémentaires correspondant aux 2650 postes supprimés dans le second degré. Il semble que les comités techniques académiques (CTA) aient reçu des informations sur les volumes. Mais c'est seulement en février que les établissements recevront la DHG avec le nombre de postes et celui des HSA. Il faudra alors qu'il trouve les enseignants pour ces HSA. Or à chaque fois que 18 HSA est donné, un poste disparait... La Cour des comptes a calculé que la décision de rendre obligatoires deux heures supplémentaires pour tous les enseignants rapporterait 6000 postes. Cette mesure, annoncée par le ministre, va arriver en comité technique ministériel le 30 janvier.

 

Au moment où les enseignants du second degré entament une journée de mobilisation, on voit qu'il reste bien des inconnues sur l'impact de la réforme des lycées.

 

Le choix politique de baisser le coût du lycée

 

Alors revenons sur les certitudes. La première c'est que JM Blanquer ne fait pas mystère d'aligner le "coût" du lycée sur la moyenne de l'OCDE. Aujourd'hui le lycée français consomme nettement plus de moyens que celui des autre spays. Il a donc la volonté affichée de supprimer des postes à ce niveau.

 

La seconde certitude c'est que 2650 postes sont supprimés à la rentrée 2019. Et ils ne le seront pas au collège où on attend plus de 30 000 élèves supplémentaires. Au contraire, le ministre va devoir trouver au moins 2000 postes pour le collège à cette rentrée. Il sne pourront venir que du lycée.

 

Des suppressions de postes plus fortes dans la moitié nord

 

Troisième certitude, les suppressions de postes seront plus ou moins importantes selon les académies. Le nord et l'est du pays sont particulièrement touchés. Le ministère a tout fait pour cacher cette réalité. Mais les syndicats ont obtenu les chiffres en CTA. On sait que Lille perd 276 postes, Amiens 158, Dijon 135, Paris 101, Rouen 178 et Caen 119. Même Versailles et Créteil perdent des postes (36 et 21). Les lycées du nord et de l'est seront davantage touchés.

 

Certaines disciplines seront davantage touchées

 

Quatrième certitude : toutes les disciplines ne seront pas touchés à égalité. Pour baisser le cout du lycée, le ministre a choisi de diminuer l'offre éducative. Ainsi les enseignements optionnels ne sont plus financés. Chaque établissement devra prendre sur ses propres moyens et cela va les fragiliser énormément. La volonté ministérielle se voit aussi dans le fait que ces options ne rapporteront plus de points au bac (sauf LCA).

 

Alors que les enseignants participent à des heures d'information syndicale le 17 janvier, bien d'autres questions vont être soulevées , comme la pertinence pédagogique de la réforme (particulièrement en LP) ou la montée des inégalités territoriales et sociales (en lycée général par exemple). Mais tous les enseignants des lycées doivent s'attendre à une réduction sensible du nombre de postes. P Donatien résume la situation : "Ca na va pas être neutre".

 

François Jarraud

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 17 janvier 2019.

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