La loi Blanquer adoptée par l'Assemblée en 1ère lecture 

Quel bilan tirent les députés du débat sur la loi Blanquer ? Lors d'une séance solennelle, le 19 février, 555 députés ont participé au vote en première lecture de la loi "sur l'école de la confiance". Adoptée à une très large majorité grâce aux voix LREM et Modem, la loi a été sévèrement critiquée aussi bien à droite par les Républicains qu'à gauche par les socialistes, LFI ou les communistes. Autant de critiques que le ministre va retrouver au Sénat où LREM n'a pas la majorité. Mais ce ne sera pas avant avril.


Un texte adopté par le centre contre la gauche et la droite

Avec l'élection de 2017 on se retrouve devant une configuration inconnue jusque là sous la Ve République. La majorité En Marche est au centre et suffisamment puissante pour décider. Le 19 février, 353 députés ont voté en faveur de la loi Blanquer. C'est-à-dire 289 députés En marche sur 306, un seul député du groupe s'abstenant. Ce vote aurait suffi à faire passer largement le texte. Mais la loi a aussi eu le soutien du Modem où 44 députés sur 46 ont validé le texte. En dehors de ces deux groupes, un député LR (David Lorion), 16 députés UDI (y compris B Descamps dont les amendements ont été systématiquement rejetés), 2 députés Liberté et territoires et un non inscrit (Matthieu Orphelin ex LREM) ont voté pour la loi Blanquer. Du côté des opposants au texte on trouve 96 députés LR sur 104, 29 socialistes sur 29, 1 UDI, 17 LFI sur 17, 14 communistes sur 16, 5 Liberté et territoires sur 16 et 9 non inscrits (essentiellement RN).

 

Faire de la France une puissance éducative

Le ministre a introduit le thème de la "France puissance éducative" qui est retenu en conclusion par Alexandre Freschi, chargé d'expliquer le vote LREM. Que veut dire cette expression ? L'autre formule gouvernementale est plus facile à saisir. La loi permettra de relever les défis "de l'élévation du niveau général et de la justice sociale". Pour A Freschi, "les enfants les plus fragiles pourront bénéficier de l'instruction obligatoire à 3 ans" (mais 98% en profitent déjà). "Ceux qui sortent du système éducatif sans maitrise suffisante seront pris en mains pour recevoir une formation adéquate", allusion à l'inscription dans la loi d'une garantie de formation que des mesures antérieures avaient déjà instituées. Tout cela "garantit à tous les élèves davantage de justice sociale". Le second objectif d'élévation du niveau résultera de la création des Inspe "qui dans un souci d'égalité formeront mieux nos professeurs à travers une formation homogène".

 

La suppression du Cnesco passe mal à droite et à gauche

 "Tous les pays de l'OCDE évaluent leur système éducatif avec des agences indépendantes", a rappelé F Reiss pour le groupe LR. "Le conseil d'évaluation de l'école sera sous la tutelle du ministre avec 6 membre qu'il désigne et 4 représentants du ministère.. Le Cnesco aurait-il appuyé là où ça fait mal ?". Le groupe LR avait défendu dans le passé la création du HCE, un organe d'évaluation qui échappait totalement au ministre. "La Cour des comptes a proposé que l'évaluation de l'école soit extérieure à l’Éducation nationale et la logique est inverse, le ministère affermissant son contrôle sur cette structure", remarque G Pau Langevin pour le PS. Elsa Faucillon (PCF) voit dans cette suppression du Cnesco une marque d'autoritarisme.

 

Autoritarisme et article 1

La question de l'autoritarisme est mise en avant par Sabine Rubin (LFI). "Vous complétez le système de contrôle et répression en exigeant des enseignants  une exemplarité qui tend à museler toute velléité critique contre l'institution ou votre politique. Vous centralisez tout jusqu'au découpage académique et à vous évaluer vous même". La réforme territoriale est aussi critiquée par F Reiss qui estime que "les marges de manoeuvre des 30 recteurs vont dépendre des 13 recteurs des grandes régions".

 

Un système éducatif à deux vitesses

"Avec l'établissement des savoirs fondamentaux et l'établissement international dès le plus jeune âge les enfants à haut capital économique seront dans une école d'excellence quand les autres seront dans l'école des savoirs fondamentaux ", explique S Rubin. "Votre loi accompagne la tendance de notre société, une société à deux vitesses". L'expression est reprise par E Faucillon qui pense que ces réformes "renforcent les parcours d'initié".

 

Et les profs ?

"Nombreux sont les personnels qui attendaient une loi de reconnaissance avec des moyens humains et de pouvoir d'achat pour améliorer les conditions de travail", explique G Pau Langevin. "Dès l'article 1 le lien de confiance est mis en rapport avec l'exemplarité des professeurs. Cela a heurté les enseignants qui doivent pouvoir rapporter leurs expériences même négatives sans être inquiétés. On n'attend pas des proclamations symboliques comme la Marseillaise dans l'école mais des mesures sonnantes et trébuchantes pour améliorer l'école". Elsa Faucillon soulignera aussi qu'il n'y a dans la loi "rien sur la revalorisation salariale des professeurs".

 

F Jarraud

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 20 février 2019.

Commentaires

  • Mwana976, le 20/02/2019 à 18:18
    Comme la presse généraliste, vous dites que la loi est vivement critiquée à gauche et à droite. Sur quoi vous basez-vous pour dire cela ? 
  • Viviane Micaud, le 20/02/2019 à 13:54
    La transformation du CNESCO en un conseil d'évaluation aux ordres du ministère est la partie de la loi qui aura le plus de conséquences nuisibles. 
    Il s'agit de ni plus, ni moins, de la transformation de l'école en un moyen de communication du ministre. Rappelons nous la réforme de la STI2D qui n'avait plus de sens pour celles et ceux qui y enseignaient et les drames que cela a causé. Qui était le DGESCO qui a mené cela ?
    Non, il faut que le Sénat et la société civile responsable se réveille. Blanquer a fait suffisamment de dégâts avec sa réforme du lycée pour qu'il soit encore possible de fermer les yeux.
Vous devez être authentifié pour publier un commentaire.

Partenaires

Nos annonces