Lycée : Le "libre choix" des élèves soumis à la gestion des moyens 

" Vous avez la liberté de choisir en suivant vos goûts et vos centres d'intérêts". C'est ce que JM Blanquer promet aux lycéens dans une vidéo diffusée par le ministère de l'éducation nationale pour justifier la réforme du lycée. Or une note de la Dgesco en date du 6 mars 2019 éclaire "le traitement des choix des enseignements de spécialité de 1ère générale" par les établissements. Le principe du libre choix des élèves est en fait cadré par une règle bien plus forte : la gestion administrative. Les élèves ne sont libres de choisir que dans les spécialités que l'administration veut bien leur offrir et s'ils le méritent par leurs notes.

 

"Dans la limite des contraintes d'organisation"

 

Cette note datée du 6 mars 2019, publiée par le collectif "La chaîne des bahuts contre la réforme", cadre la procédure de traitement des demandes de spécialité par les élèves qui devra être appliquée par les établissements.  

 

Elle établit que "les élèves qui choisissent leurs enseignements de spécialité parmi ceux proposés dans leur établissement sont prioritaires". Ceux qui souhaitent changer de lycée ne sont acceptés que "si des places subsistent". Les élèves sont affectés en fonction de leurs demandes et "des contraintes spécifiques propres à l'établissement". Le proviseur ouvre des groupes "dans la limite des contraintes d'organisation" pour satisfaire ces demandes. Autrement dit en fonction des moyens qui lui sont donnés. Les élèves devront obligatoirement demander au 2d trimestre 4 spécialités , et non seulement les 3 existant en première, pour donner une marge de manoeuvre à l'administration.

 

"Dans toutes les situations où le nombre de demandes excède le nombre de places disponibles pour un enseignement, les élèves sont départagés selon les recommandations du conseil de classe et les notes de l'élève en lien avec les enseignements de spécialité demandés". En cas de refus il faut proposer à l'élève "un autre enseignement de spécialité offert dans l'établissement parmi les 4 souhaits" que les élèves devront avoir formulés.

 

Une gestion facilitée

 

Si cela n'est pas possible, on pourra proposer une spécialité dans un autre lycée (mais l'élève n'est pas prioritaire) ou au Cned ou une spécialité non demandée par l'élève. Les demandes des élèves désirant changer d'établissement pour suivre une spécialité "ne sont traitées qu'après l'affectation des élèves déjà scolarisés dans l'établissement".

 

Concrètement cette note confirme la priorité à la gestion donnée par la réforme. Les élèves seront obligés de remplir les spécialités que leur lycée offrira et cette offre pourra chaque année être ajustée en fonction des moyens accordés. Alors que le ministre parle d'un droit de choisir en fait l'administration trouve avec la réforme une souplesse de gestion nouvelle du fait de la suppression des filières.

 

Le tri social permanent

 

Le choix du lycée à l'issue de la troisième sera déterminant pour l'élève. Car le changement de lycée ou le suivi d'une spécialité en dehors du lycée sera très difficile. L'élève sera en fait attaché à l'offre de son établissement.

 

La note renforce la sélection sociale en établissant une sorte de marché des établissements, chacun étant incité à  se spécialiser. C'est à l'issue du collège  que s'effectue un choix décisif d'établissement. La bataille pour les "bonnes spécialités" qui se dessine (notamment pour l'accès aux maths qui est raréfié) sera arbitrée par les proviseurs en fonction des notes dans une logique méritocratique qui n'est pas sans rapport avec le tri social.

 

F Jarraud

 

Le collectif sur Facebook

Vidéo de JM Blanquer

Analyse du Snes

 

 

Par fjarraud , le lundi 11 mars 2019.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 11/03/2019 à 08:38
    Ce qui est grave est que le tri opéré en fonction des places disponibles et des notes (qui a des biais sociaux et territoriaux connus), influera sur les choix possibles après la terminale sans réelles possibilités de se rattraper. 
    C'est un des effets pervers de l'orientation progressive dans son silo. Il faut une orientation par essai-erreurs avec un droit de changer d'orientation quand on le souhaite. Cela suppose de reconnaître qu'il y a des matières plus structurantes que les autres qui sont "l'expression écrite" et les "maths" et que le principale problème de la France est l'élimination par l'expression écrite. Il y a un déni organisé accepté par les 4 groupes d'intérêts de l'Education nationale. 

  • Viviane Micaud, le 11/03/2019 à 08:40
    Ajouter des moyens ne servirait pratiquement à rien. Les principales contraintes sont les contraintes d'organisation. La construction des emplois du temps consiste à aligner des disponibilités de salles, de groupes d'élèves et de profs. Il s'agit d'un exercice très contraint. Tous celles et ceux qui avaient construit des emplois du temps savaient que le choix de 3 spécialités parmi 11 étaient une utopie surréaliste, et que le choix libre de 3 spécialités parmi 7 serait également impossible. 
    Quand j'ai dénoncé cela. Personne ne prenait en compte ces informations. Il y a quelques mois quand la technostructure de l'EN a diminué le nombre de spécialités disponibles par établissement et j'écrivais que cela ne serait pas suffisant pour permettre le libre choix dans un établissement, j'ai eu, sur tweeter, des réponses de militants du SNES qui disaient qu'il ne fallait pas le dire. Belle stratégie perdante! Le SNPDEN-UNSA (syndicat des chefs d'établissement) ne pouvait pas ne pas savoir. Je vous laisse trouver une raison pour laquelle elles et ils auraient pu choisir de le nier.

    Il est encore temps d'annuler cette réforme tellement nuisible que la France mettra plusieurs années à s'en remettre.

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