Maths : L'Apmep et la SMF veulent une autre réforme du lycée 

"La communauté scientifique et mathématique, les enseignants et enseignantes du secondaire comme du supérieur, s’inquiètent de la place laissée aux mathématiques dans les nouveaux programmes du lycée, qui tendent à les réserver aux élèves motivés, et ne semblent pas encore à la hauteur des enjeux identifiés", écrivent l'Apmep, association des professeurs de maths, et la Société mathématique de France dans un "manifeste pour des mathématiques dans le socle commun au lycée", avec le soutien de plusieurs associations de spécialistes (astronomie, statistiques, biologie du développement, maths appliquées etc.). Le Manifeste demande deux heures de maths dans le tronc commun et une spécialité maths accessible aux élèves de profil moyen.

 

Avec la réforme du lycée, " Le tronc commun de la voie générale exclut les mathématiques en tant que discipline autonome... Les élèves de première générale n’ont qu’une possibilité pour apprendre des mathématiques: celui d’une spécialité qui sera la même pour toutes et tous", rappellent les associations. "Or le programme de cet enseignement est conçu pour des élèves désirant une formation scientifique approfondie. En effet, il est enrichi par rapport à l’actuelle première S... Pour les élèves souhaitant continuer à se former en mathématiques sans pour autant en faire le cœur de leurs études, par exemple celles et ceux qui s’orientent préférentiellement vers les sciences économiques et sociales et les sciences humaines, il n’y a pas d’alternative. C’est donc du tout ou rien : soit on s’engage dans une spécialisation en mathématiques, soit on n’en fait plus du tout".

 

Pour le Manifeste, cette situation rend difficile l'orientation des élèves de seconde mais aussi l'enseignement des maths. " Une majorité des élèves de classe de seconde semblent aujourd’hui vouloir choisir la spécialité Mathématiques. Nous craignons que les contraintes structurelles (horaires, effectifs, programme) et une grande hétérogénéité des projets et aspirations des élèves, ne freinent l’efficacité de cet enseignement puisqu’il devra à la fois remplir le rôle de spécialisation et de formation plus générale de toutes et tous".

 

Le Manifeste regrette aussi que la réforme enferme les maths dans les sciences "dures". Elle risque ainsi " de cantonner les mathématiques à leur rôle de calcul et de techniques répétitives, alors qu’il s’agit de les rendre opérantes et appréciables. Les mathématiques ne  sont pas réductibles à un langage formel, auxiliaire de la pratique scientifique et réservé à une élite ! Au contraire, elles entretiennent des liens profonds avec bien d’autres disciplines : les sciences économiques, les sciences humaines, la philosophie et toutes les formes d’arts : littérature, architecture, beaux-arts… De plus, elles possèdent un intérêt indéniable pour la formation d’un esprit rationnel".

 

 

Pour toutes ces raisons, le Manifeste demande " un enseignement de mathématiques, conçu suivant les modalités évoquées ci-dessus, et obligatoire pour tous, soit ajouté, à raison de 2h par semaine" ainsi que " la spécialité «Mathématique» de première soit scindée en deux spécialités de nature différente : l’une concernerait les élèves souhaitant un enseignement approfondi des mathématiques, tandis que l’autre permettrait à celles et ceux qui le souhaitent de poursuivre l’acquisition d’outils et de méthodes utiles dans d’autres disciplines".

 

Le ministre a voulu faire des maths une vitrine de ses réformes avec notamment la mission Villani Torossian et la création de laboratoires de maths. Mais ce Manifeste regroupe les associations professionnelles les plus influentes dans la profession. Elle alarme sur le découragement des professeurs de maths de lycée. L'Apmep avait déjà manifesté sa crainte de voir les maths redevenir une matière réservée à une élite. A quelques mois de l'application de la réforme, la demande du Manifeste vient perturber l'économie de la réforme qui se satisfait de cette baisse de l'offre mathématique en lien avec les difficultés de recrutement dans cette discipline.

 

F Jarraud

 

Le manifeste

 

 

Par fjarraud , le mardi 26 mars 2019.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 26/03/2019 à 10:54
    Absolument d'accord avec ce manifeste. Le besoin fonctionnel des maths pour les études supérieures et pour le pays n'avait pas été pris en compte.
    Contrairement aux éléments de langage imposés, ce qui structure le lycée professionnel, technologique et général est :
    - une élimination progressive par les compétences en "expression écrite", 
    - un déni du rôle fonctionnel et intrinsèque totalement parallèle et complémentaire des compétence "expression écrite" et "mathématiques". 
    La hiérarchie des filières au lycée s'établit sur ces deux compétences. Il suffit que le domaine exploré (dominante, Majeure, ou autre) puisse être choisi indépendamment de ces deux compétences pour que la hiérarchie des filières disparaissent.
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