Comment analyser le numérique en contexte scolaire ? 

Plusieurs études parues récemment ou à paraître prochainement, sur le numérique éducatif méritent qu'on s'interroge au moment où le ministre semble "délaisser" la question du numérique éducatif. En premier lieu, l'enquête "Evaluent", du ministère de l'éducation, qui étudie les usages des ENT dans le quotidien des établissements scolaire.  Ensuite l'enquête "eCarto", de la Caisse des Dépôts et Consignation qui se présente comme "l’observatoire des territoires numériques éducatifs". A ces enquêtes s'ajoute celle appelée ETIC (qui est aussi utilisée par eCarto) sur les équipements des établissements. Et enfin l'enquête "Profetic" qui tente de cerner les pratiques numériques des enseignants et dont on attend la publication 2018 (la dernière remonte à 2016)

 

Dans un premier temps on s'étonnera que pour la plupart de ces travaux basés sur des enquêtes larges, on ne dispose pas de l'accès aux sources en open-data. En effet cela permettrait des analyses complémentaires au-delà des rapports de synthèse qui nous sont souvent proposés. Dans un deuxième temps, on s'aperçoit que les enquêtes, quand elles sont basées sur les déclarations des personnes sont limitées tant on observe d'écart entre les propos et les réalités quotidiennes. On peut s'en apercevoir dès lors que nous accédons à ces mêmes données par l'observation directe ou par le recueil des traces ou parfois simplement lorsque nous regardons le même "objet" de plusieurs points de vue. Certaines enquêtes signalent ces limites, essaient d'enrichir leurs résultats par des moyens complémentaires, mais cela reste limité.

 

Commençons par l'enquête Evaluent pour laquelle la synthèse fournie indique qu'il y a de nombreuses informations utiles. En croisant les déclarations de populations différentes (enseignants, élèves, parents, chefs d'établissement), cette enquête apporte des informations éclairantes.

 

Ce sont les chefs d'établissements qui sur la plupart des domaines de questionnement répondent plus positivement que le reste des populations. C'est spectaculaire lorsque l'on parle des ressources et de leur accessibilité (p.28 du rapport). Que ce soit dans les usages, l'accessibilité, l'intérêt, ils ont une appréciation plus positive.

 

Autre élément que cette enquête ne permet pas d'analyser en profondeur c'est le sens donné par chacun des répondants à la notion d'ENT. Si l'on regarde de près les analyses des usages, on s'aperçoit que ce sont les fonctions dites de vie scolaire ou de régulation et évaluation qui sont les plus utilisées et en particulier les notes, le cahier de texte numérique. Au final la majorité de tous les répondants se dit satisfaite des ENT.

 

Pour illustrer ces éléments, voici un premier passage : "le suivi des notes, le cahier de textes et le suivi des absences sont les services les plus cités par les parents (entre 87 % et 96 %). Pour les chefs d’établissement il s’agit du cahier de textes, du courrier électronique et du suivi des notes (entre 78 % et 85 %)." (p.17) On ne peut que s'interroger sur ces écarts, d'autant plus que les logiciels d'ENT enregistrent eux-mêmes ces données statistiques ce qui permettrait d'aller vers une mesure d'écart beaucoup plus riche et surtout fiable, mais il semble que cela ne soit pas fait actuellement (contrairement à ce qui se faisait auparavant et ce qui se fait dans certaines collectivités ou chez certains fournisseurs).

 

Un deuxième passage va conforter notre analyse sur les écarts : "Les chefs d’établissement (82 %), les parents (79 %) et les enseignants (56 %) pensent que l’ENT a un effet positif sur le renforcement du lien entre l’École et les familles. » (p.18)

 

Sur cette première enquête on peut dire que le plus souvent, il y a des avis assez partagés et que si les utilisations qui sont faites donnent satisfaction, ce n'est finalement que partiellement qu'ils sont utilisés ou déclarés comme tels comme le montrent les chiffres suivants (p.25) :

• 78 % des enseignants accèdent quotidiennement à l’ENT (81 % en 2016) ;

• 67 % des chefs d’établissement (75 % en 2016) ;

• 52 % des élèves (37 % en 2016) ;

• 48 % des parents d’élèves (46 % en 2016).

 

Il est nécessaire d'ajouter à ces chiffres une analyse sur un plan pédagogique : sont principalement évoqués la "continuité pédagogique" à hauteur de 50% d'une part, d'autre part la principale activité pédagogique déclarée dans l'enquête concerne principalement le dépôt et le partage de documents. Il faut ici noter, au-delà de l'enquête que l'usage du cahier de texte numérique semble aller beaucoup plus loin pour beaucoup d'enseignants que le seul fonctionnement traditionnel dévolu au cahier de texte papier antérieur.

 

L'enquête eCarto fournie par la Caisse de Dépôts et Consignation (CDC) déclare d'abord s'appuyer sur les données d'autres enquêtes (dont ETIC presque exclusivement). On peut s'étonner de cette publication alors que cette enquête ETIC est disponible en ligne, mais il est vrai, sous un format brut, alors qu'ici la CDC en propose une version plus synthétique. En analysant les équipements et moyens techniques disponible, cette enquête va nous permettre aussi de comprendre les disparités de toutes natures. La première est liée aux niveaux d'enseignement, la seconde aux territoires et à leurs politiques.

 

Le premier constat concerne l'enseignement primaire qui se trouve assez logiquement beaucoup moins connecté à Internet en particulier dans certaines zones géographiques. Alors qu'il y a 16 élèves par ordinateur (appelé terminal, pour inclure les tablettes) en primaire, 5 élèves par terminal en collège et 3 en lycée (sans distinguer LP, LG, LT). La lecture de ce rapport est d'autant plus difficile voir désagréable qu'il y a un agglomérat de données dont parfois on ne comprend pas le sens (cf. rapport pages 11-13) sauf si l'on se penche aussi sur les chiffres ou schémas. Un exemple dans cette phrase : "La part des terminaux de moins de 5 ans représente plus de 30% des équipements dans les écoles et les collèges publics, pour environ 20% dans les lycées publics." Si on renverse la phrase cela signifie que la proportion de matériels plus anciens est très grande (70% puis 80%) .... étonnant quand on connait la question de l'obsolescence programmée dont la plupart des utilisateurs sont victimes au quotidien...

 

Etonnamment l'enquête eCarto va sur le terrain d'Evaluent alors que cette enquête n'est pas citée comme source... Fort heureusement nous ne sommes pas là sur les utilisations mais sur ce qui est disponible... aux établissements. La suite du rapport eCarto semble aller dans plusieurs directions comme les expérimentations en cours etc.… l'impression est celle d'une volonté de tout regarder en attendant qu'une feuille de route qui devrait sortir ce semestre ne précise le périmètre de ce travail dont on peut s'étonner qu'il ne soit pas fait par la DNE en relation avec les collectivités territoriales.

 

Quant aux deux autres enquêtes, il faut attendre pour avoir des éléments complémentaires. Pour ETIC, chacun peut aller piocher dans les données. Pour Profetic, il faut attendre que Médiamétrie qui a remporté le marché public pour 2018 -2021 ait rendu public son travail... on attend...

 

Bruno Devauchelle

 

Enquête EvaluENT

Enquête eCarto

Enquête ETIC

Enquête Profetic

 

 

Par fjarraud , le lundi 08 avril 2019.

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