Voile : Les propos ambigus du ministre et le Front national 

Après l'agression dont a été victime une maman accompagnatrice par un élu Rassemblement national lors d'une réunion du conseil régional de Bourgogne Franche Comté le 11 octobre, on attendait la réaction de JM Blanquer. L'événement s'est déroulé durant une sortie scolaire relative à l'éducation civique et la victime était en mission scolaire. JM Blanquer s'est exprimé le 13 octobre sur BFM en des termes ambigus qui rappellent ses prises de position sur ce sujet.

 

" C'est bien évidemment à condamner et c'est idiot d'en arriver à ce type de situations", a déclaré JM BLanquer. " Le voile n'est pas souhaitable dans notre société", ajoute-il. "On est de plus en plus dans une situation de confusion alors que ce qu’il faut ce sont des règles de droit à respecter. Là en l’occurrence, ce n'était pas interdit de porter le voile... Vous avez d’une part ce que dit la loi - elle n’interdit pas aux femmes voilées d’accompagner les enfants - mais c’est certain nous n'avons pas envie d'encourager ce phénomène".

 

Cette condamnation à la fois de l'agresseur et de sa victime alors que la loi est claire et que l'événement survient lors d'un temps scolaire rappelle l'évolution de JM BLanquer sur ce sujet. En 2012, il avait signé comme Dgesco une circulaire interdisant les accompagnatrices  voilées, mesure écartée par un avis du Conseil d'Etat de 2013. En décembre 2017, le jeune ministre déclare sur RTL que les accompagnatrices voilées ne doivent pas être acceptées par les directeurs d'école. Une déclaration non suivie d'effets. La question revient dans le débat sur la loi Blanquer. Au Sénat les Républicains font adopter un amendement interdisant les signes religieux pour les accompagnateurs. Le ministre ne soutient pas. L'article sera retiré de la loi définitive. Mais cette loi a pour principal effet de faire financer les écoles maternelles privées, c'est à dire très majoritairement catholiques, par l'Etat à travers les communes. Et l'article 10 de la loi, adopté avec le soutien du ministre, interdit tout prosélytisme aux abords des établissements scolaires, une rédaction dont on appréciera le flou.

 

Plus récemment le ministre s'en est pris violemment à la FCPE à propos d'une affiche représentant une maman voilée, accusant l'association de parents d'élèves de "flatter le communautarisme", d'être "antirépublicaine" et "de trahir la laïcité". Puis le 8 octobre, D Schnapper, présidente du "comité des sages" créé par JM BLanquer sur la laïcité publie dans Le Monde une tribune où elle prend position contre les accompagnatrices voilées.

 

On comprend que la position ambigüe du ministre, qui est en accord avec l'interdiction du voile, est bloquée par les déclarations présidentielles sur ce point. Mais ces propos ambigus finalement soutiennent les prises de position du Rassemblement national. La mère accompagnatrice visée par l'élu RN méritait sans doute mieux que d'être présentée comme  "non souhaitable" à l'école. Une enquête du CNAL publiée en juin 2018 estime que "les contestations de la laïcité sont un phénomène mineur mais préoccupant". Selon elle 9% des enseignants signalent des tensions sur la laïcité et 1% de fortes tensions.

 

F Jarraud

 

Sur BFM

L'incident du conseil régional

La laïcité selon BLanquer

En 2017

La tribune de D Schnapper

L'avis du Cnal

 

 

Par fjarraud , le lundi 14 octobre 2019.

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