Une deuxième journée de grève enseignante 

La deuxième journée de grève du 10 décembre a lieu la veille de la publication du projet gouvernemental de réforme des retraites. C'est dire qu'elle peut être décisive. Pourtant on  attend un taux de participation moins élevé que le 5 décembre dans l'enseignement. Le gouvernement rode sa communication. La réforme des retraites pourrait être l'occasion d'une personnalisation plus poussée des carrières ?

 

Une mobilisation en retrait le 10 ?

 

"Après deux mois de tergiversations, le gouvernement doit sortir de l'ambiguïté mercredi en annonçant ses intentions... Trois jours nous séparent de ces annonces. Ces trois jours sont de trop", estime Laurent Escure, secrétaire général de l'Unsa le 8 décembre. C'est en effet le 11 qu'Edouard Philippe présentera les choix gouvernementaux pour la réforme des retraites.

 

La date ne doit rien au hasard : le gouvernement observe la mobilisation du 10 décembre dans les différents secteurs pour faire ses propositions. C'est dire que pour les opposants à la réforme, la grève du 10 décembre est importante.

 

L'intersyndicale éducation Cgt, Fsu, FO, Snalc, Sud, Faen, demande "le retrait du projet" de retraites et appelle "à faire du 10 décembre une journée massive de grève et de manifestations interprofessionnelles". Ces syndicats, sans le Snalc et la Faen, ont aussi signé une déclaration avec des mouvements lycéens (Mnl, Unl) et lycéens (Unef) pour refuser le système par points. L'Unsa qui avait participé à la grève du 5 " n’appelle pas à une nouvelle journée nationale de grève" le 10 mais " exige du gouvernement qu’il précise et consolide ses annonces durant toute la semaine... mesures doivent être sécurisées budgétairement et couvrir tous les métiers".

 

Tout donne à penser que la mobilisation du 10 décembre devrait être moins importante dans l'éducation nationale. D'abord parce que celle du 5 décembre avait atteint en un coup un plafond avec 60 à 70% des enseignants en grève. Un taux historique qu'il est difficile de renouveler.

 

Particulièrement dans le premier degré. Par exemple la législation impose aux enseignants du 1er degré de se déclarer grévistes à l'avance. En fait ils devaient décider vendredi et samedi de leur participation à la grève du 10. Ce délai ultra court fait que le Snuipp Fsu attend environ une école sur trois en grève le 10, soit nettement moins que le 5. Pour le Snuipp, "les enseignants savent aussi qu'ils doivent tenir dans la durée".

 

Le retrait de l'Unsa touchera aussi le 2d degré et devrait faire baiser le taux de participation. C'est donc la mobilisation du 2d degré qui sera un signal net envoyé au ministère et au gouvernement. Un taux de grévistes approchant celui du 5 marquerait un mouvement très solide.

 

Des raisons de manifester diverses

 

A quoi doivent s'attendre les enseignants ? On sait qu'ils sont les premiers touchés par la réforme des retraites. Le nouveau mode de calcul entrainerait une baisse importante de leurs pensions.

 

Ils ont d'autres raisons de manifester qui sont apparues clairement. On peut citer les réformes à répétition, décidées sans tenir aucun compte de l'avis des enseignants, des programmes ineptes dans de nombreuses disciplines, la mise en place d'évaluations qui permettent de noter chaque année l'efficacité de chaque enseignant, les injonctions pédagogiques de plus en plus fréquentes et précises avec la déprofessionnalisation qui l'accompagne. Tout cela alimente aussi un ras le bol qui a pris la forme d'un tsunami gréviste le 5 décembre.

 

Les promesses gouvernementales

 

Pourtant le gouvernement affiche de la sérénité. Le premier ministre a donné des assurances dès le 5 au soir. "Nous avons dit dès le début que nous nous engagions à ce que les pensions des enseignants ne baissent pas. Le système universel ce n'est pas la baisse des pensions des enseignants mais la revalorisation progressive de leur traitement de façon à ce que leur pension ne baisse pas".

 

Cette annonce a été déclinée par JM Blanquer et G Attal le 6 décembre. Ils annoncent un budget de 400 millions en 2021 et une hausse des rémunérations répartie entre salaire et primes dans des proportions encore inconnues. G Attal parle d'augmentation progressive "au fur et à mesure que des enseignants seront concernés par la bascule dans le nouveau système.

 

La somme de 400 millions est insuffisante pour permettre une revalorisation globales de tous les enseignants. Mais la mention des primes et l'indication donnée par G Attal indiquent que seule une partie des enseignants pourrait bénéficier de la revalorisation. Et les propos d'E Macron à Rodez en octobre ouvre la porte aux contreparties demandées aux enseignants pour bénéficier de cette hausse de rémunération.

 

Une opportunité pour le gouvernement ?

 

Si le gouvernement allait dans ce sens, la réforme des retraites se transformerait en une formidable opportunité pour accélérer les réformes voulues par JM Blanquer. S'il semble acquis qu'un enseignant pourrait ne pas toucher le même salaire pour le même grade du même corps selon son année de naissance, puisque la réforme pourrait ne s'appliquer qu'aux enseignants nés à partir de 1973, la route de la personnalisation des rémunérations est ouverte. Cette personnalisation est aussi inscrite dans la loi de transformation de la fonction publique qui permet à la hiérarchie locale de jouer sur les rémunérations.

 

Ce principe de personnalisation serait renforcé par la part des primes dans la "revalorisation". On sait que les primes sont versées aujourd'hui de façon très inégalitaire dans l'éducation nationale , au détriment des femmes et des corps les moins bien rémunérés. Demain les primes pourraient être liées à l'acceptation de la redéfinition du métier voulue par JM Blanquer et annoncée à Rodez par E Macron.

 

Pour conserver leurs droits de retraite les enseignants devraient rentrer dans la politique ministérielle dont E Macron a esquissé les grandes lignes : augmentation du temps de travail, réduction de la durée des congés, acceptation de missions nouvelles d'accompagnement des jeunes dans l'établissement et sur le temps périscolaire.

 

C'est ce scénario qui semble se dessiner. Il pourrait apparaitre dès mercredi soir. Le chantier des retraites ouvrirait alors celui de la refonte du métier enseignant. La journée du 10 pourrait donc être décisive à plus d'un titre.

 

F Jarraud

 

Le gouvernement fait des promesses

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 10 décembre 2019.

Commentaires

  • Claracampoamor, le 10/12/2019 à 19:12
    Le problème des enseignants est qu'ils ne se mobilisent que très peu, les uns comptant sur la mobilisation des autres pour obtenir gain de cause. Seulement une forte mobilisation, qui montrerait une détermination inébranlable, ferait reculer le gouvernement. Si la mobilisation est un échec, nous travaillerons pendant les vacances (qui ne sont pas payées, rappelez vous); nous serons obligés de travailler plus longtemps pour gagner de moins en moins et d'être de plus en plus présents dans les établissements ou à faire encore des tâches administratives ou de soutien des élèves… à chacun de décider s'il vaut mieux rester sans bouger ou faire ce qu'il faut pour survivre. Nous sommes, je le crois sincèrement, la profession la plus maltraitée par le gouvernement et nos salaires, à BAC+ 5 parmi les plus misérables de toute l'Europe.
  • fovoir, le 10/12/2019 à 17:36
    L'analyse est tout à fait pertinente, car c'est bien là que se situe la volonté macronienne, ou plutôt la volonté "d'ultra libéraliser", d'individualiser pour mieux manipuler, de jouer sur les ressorts les plus vils et bas de l'Homme : l'intérêt, la jalousie, le pouvoir de nuire, le pouvoir tout court, l'hypocrisie !
    C'est aussi une vision du métier et de l'Institution sous-jacente, ce n'est jamais dit ouvertement ; ce qui justifie le défiance des personnes concernées par l'enseignement.
    On va vers la caporalisation du métier avec son lot d'abus et d'injustices flagrantes !
    Pauvre France !
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