Revalorisation : Le mirage des 10 milliards 

Les 10 milliards sont-ils un mirage ? Apparus quelques temps dans la parole ministérielle dans les médias, ils étaient déjà absents des rencontres du 13 janvier. A l'issue de la première journée de discussions sur la revalorisation, ils ont disparu. C'est que la perspective 2037 se ratatine maintenant à 2026 et on voit mal le gouvernement augmenter de 10 milliards la masse salariale de l'éducation nationale d'ici cette date. Alors que la réforme des retraites est lancée depuis 4 mois, le gouvernement semble ne pas avoir de solution pour trouver les montants importants nécessaires à la revalorisation des enseignants. En attendant de trouver une solution, ou faute de volonté d'en trouver, on promène les syndicalistes...

 

Ne surtout pas parler revalorisation

 

La première journée de discussions sur la revalorisation des enseignants aurait pu être l'occasion de poser des montants et un calendrier. Il n'en a rien été. Cinq thèmes ont été abordés, tous concernant seulement le premier degré : le temps devant élèves, l'accompagnement des élèves, la relation avec les familles , la continuité du service public et les nouvelles missions des enseignants.

 

Tous ces sujets sont très intéressants. Mais ils sont très éloignés de l'urgence de la revalorisation et d'apporter des garanties aux enseignants sur le montant de leur retraite. Le ministère, qui était représenté par trois directions: la Dgesco, la direction des relations humaines et la direction des affaires financières, ne semble pas voir ces urgences.

 

Comment 10 milliards ont disparu

 

La principale information de cette journée c'est le fait que la loi de programmation sur la revalorisation des enseignants, qui est mentionnée dans l'article 1 de la loi sur les retraites, ne couvrira que les années 2022 à 2026. On discute donc d'une revalorisation de 500 millions au budget 2021, puis d'une loi de programmation qui fixera des montants jusqu'à 2026.

 

L'objectif de 10 milliards atteint par accumulation en 2037 , qui semblait peu plausible, est donc abandonné. Et on ne voit pas le gouvernement augmenter les salaires des enseignants de  10 milliards d'ici 2026. Pour la période de 2027 à 2037, l'engagement public ne serait mentionné que dans un rapport annexé à la loi de programmation, un document qui n'a pas  la valeur d'une loi.

 

Un chèque en blanc signé par les profs

 

Au ministère on précise que ce point reste ouvert car la loi de programmation ne serait préparée que postérieurement à la concertation sociale, c'est à dire pas avant le second semestre. Ce qui veut dire que le ministère ne veut s'engager sur rien , excepté les 500 millions de 2021, avant le vote définitif de la loi retraite. Au lieu de leur faire un chèque de revalorisation, le ministère demande un chèque en blanc aux enseignants !

 

"On alerte sur le fait que tout semble remis en cause", nous a dit Régis Metzger, co secrétaire général du Snuipp Fsu. "On a l'impression que le ministère n'a pas grand chose à nous dire. On n'a même pas réussi à leur faire dire ce qui se cache derrière leurs questions. C'est comme si le gouvernement ne pense pas arriver à la revalorisation nécessaire. Le déclassement salarial des enseignants est maintenant révélé. Mais le gouvernement appuie sur le frein car il ne sait pas s'il a les moyens de répondre aux engagements donnés".

 

Promenades...

 

Alors le ministère écoute les syndicats. Ils se retrouvent pour parler du climat de défiance, des conditions de travail dégradées, des injonctions pédagogiques, du besoin de revalorisation. Le Snuipp a demandé une prime d'équipement pour les enseignants, le triplement de la prime ISAE.

 

Cette première réunion ressemble beaucoup aux précédentes : le ministère écoute les organisations syndicales mais ne dit pas grand chose. Le 24 janvier une réunion similaire porte sur le second degré. Puis il y aura des bilatérales. Puis les 28 et 29 janvier il sera question des carrières avec probablement des éléments concrets sur le versement des 500 millions.

 

Pour R Metzger, "les collègues ont raison de rester inquiets et dubitatifs et de continuer à montrer leur opposition à la réforme des retraites". Faute d'engagements réels du ministère, le retrait de la réforme va bientot apparaitre comme la seule porte de sortie pour les enseignants.

 

François Jarraud

 

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Par fjarraud , le vendredi 24 janvier 2020.

Commentaires

  • Ricos71, le 24/01/2020 à 10:22
    Problème de CM2.
    Je donne 3,4 milliards à 240 000 cadres supérieurs.  Je donne 500 millions à 900 000 enseignants . 
    Qui a gagné le plus d'argent ?

  • caroudel, le 24/01/2020 à 09:42

    L'objectif de la modification des retraites (toutes) est de les diminuer pour engager les sommes épargnées dans le tourbillon de l'argent "productif". Voilà des années qu'on nous serine que les retraitées ont un niveau de vie plus grand que les actifs. Il s'agit donc de remettre les pendules à l'heure en allant chercher l'argent dans le bas de laine des retraités.

    Pour les enseignants, sous couvert d'égalité de traitement, on calcule la retraite sur les 25 dernières années au lieu des 6 mois. Et le gouvernement perdrait donc 10 milliards pour assurer la même retraite qu'avant la réforme ? On comprend qu'il hésite, au vu de l'objectif final. D'ailleurs même les plus aisés, qui vont moins payer de cotisation, sont ainsi directement invités à cotiser individuellement dans un fonds de pension, leur retraite par répartition étant fortement impactée par la réforme.

     

    Pourquoi ne pas tout simplement conserver le régime actuel des enseignants ? Cela éviterait de les revaloriser et de "perdre" 10 milliards, non ? Et les grèves en moins !

     

    • Ann14, le 24/01/2020 à 12:22
      Pour les enseignants, sous couvert d'égalité de traitement, on calcule la retraite sur les 25 dernières années au lieu des 6 mois
      C'est bien, pire que ça :
      La retraite avec la réforme Macron sera calculée sur l'ensemble de la carrière, soit 43 annuités voire plus si l'âge pivot est instauré (pour l'instant il est provisoirement suspendu)
      d'où la chute drastique des pensions pour nos carrières qui sont ascendantes....et sous-rémunérées !
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