A qui profite le prof bashing ? 

"Comment des milliers de profs n'ont pas assuré leur propre cours pendant le confinement". France 2 a pris sa part dans ce qui devient une vraie campagne médiatique contre les enseignants. Bien sûr elle arrive au moment où le gouvernement  va "alléger" le protocole sanitaire pour faire taire les enseignants. Mais elle clôt aussi d'une certaine façon l'épisode exceptionnel qu'a connu l'école, jetée sans aucune préparation dans l'enseignement à distance. Pendant deux mois, l’École a été lancée dans l'enseignement à distance dans une impréparation totale. Elle va en sortir éclatée, émiettée comme jamais. C'est cet épisode que vient clore la campagne contre les enseignants. Ils vont porter le chapeau.

 

Une véritable campagne

 

Lancé par les médias les plus populistes comme RMC, LCI ou BFM, le mythe des milliers "d'enseignants décrocheurs" a glissé vers des médias plus inattendus. C'est Pujadas sur LCI qui parle d'un enseignant sur deux qui n'est pas retourné en classe" alors que "les raisons de santé sont loin d'expliquer ce chiffre". "La moitié d’entre eux, encore aujourd’hui, n’a pas repris le chemin de l’école et dont une part non négligeable serait à ranger dans la catégorie des tire-au-flanc" affirme L'Opinion. "Un ministre en première ligne dit en privé "si les salariés de la grande distribution avaient été aussi courageux que l'éducation nationale, les Français n'auraient rien eu à manger", dit D. Seux sur France Inter. "Il n'y a  pas eu un enthousiasme débordant des enseignants. Je ne crois pas qu'on les applaudira tous à la fin du mois", écrit R Cohen dans Les Échos. Enfin le dernier clou est frappé par France 2 et ses "milliers de profs (qui) n'ont pas assuré leur propre cours pendant le confinement". Quand tant de médias chantent le même air on peut dire qu'il y a campagne.

 

Pourquoi tous les profs ne sont pas rentrés ?

 

On ne va pas redire les vraies raisons du retour partiel en présentiel. Le protocole sanitaire par la règle du mètre de distance entre les élèves conduit à limiter fortement les capacités d'accueil. Le ministre n'en parle plus, ce qui est significatif, mais il y a aussi les contraintes de nettoyage. Si l'on doit nettoyer chaque salle de classe deux fois par jour il faut 4 salles pour un classe de collégiens et parfois 6 au lycée. Forcément ça divise la capacité d'accueil dans une grande mesure. Et ça ne peut pas changer sans modification du protocole.

 

JM Blanquer lui-même estime le 10 juin sur RTL que seulement la moitié des écoliers sont rentrés (et par roulement donc pas tous en même temps) , environ 30% des collégiens (avec la même restriction) et beaucoup moins de lycéens. Il en déduit "qu'on proportionne le nombre de professeurs (en présentiel) au nombre d'élèves". Si la moitié des professeurs sont revenus en présentiel c'est largement suffisant pour le nombre d'élèves admis dans les locaux. Les autres ne sont pas en "vacances", pour reprendre un mot de JM Blanquer, mais en enseignement à distance. Beaucoup d'enseignants, une majorité même dans le premier degré, cumulent d'ailleurs les deux, alors qu'ils ne sont pas obligés de le faire. Mais c'est difficile d'oublier la moitié de ses élèves quand on est prof.

 

Une campagne alimentée par JM Blanquer

 

Cette campagne médiatique peut s'appuyer sur les propos de JM Blanquer. Dès le 28 mai, le ministre a menti aux Français en disant que "toutes les familles qui le souhaitent doivent pouvoir scolariser leur enfant au moins une partie de la semaine" alors qu'il savait très bien que c'était impossible du fait d'un protocole qu'en même temps il affirmait vouloirs garder strictement.

 

Deux semaines plus tard, le double langage continue. Sur RTL le 10 juin, quand le journaliste lui dit que les professeurs reviennent sur la base du volontariat et lui demande s'il compte passer à l'obligation, JM Blanquer ne dément pas mais au contraire dit que "oui ça faisait partie des étapes du déconfinement". Bien évidemment, depuis le 11 mai les enseignants doivent revenir dans leur école ou établissement ou sont affectés en enseignement à distance ou encore ont une autorisation d'absence pour raison médicale ou familiale dans le cadre des textes officiels en vigueur. Le ministre refuse de donner un chiffre mais promet des sanctions aux professeurs qui ne font pas leur travail.

 

Peut-on savoir combien de profs n'ont pas travaillé ?

 

Alors combien de professeurs ont vraiment décroché ? L'entourage du ministre n'a jamais dit qu'il y a 5 ou 6% de professeurs décrocheurs mais l’Éducation nationale estime que dans les 5 à 6% "il y a aussi des professeurs qui ne travaillent pas pour motif de santé ou raison personnelle". Ce qui change pas mal les choses. Sur RTL le 10 juin, le ministre  dit enquêter pour savoir combien d'enseignants "ne font pas leur travail" et annonce que les chefs d'établissement "savent à quoi s'en tenir" et que les chiffres vont remonter.

 

Du coup il pose la question intéressante du travail enseignant. En temps normal il est facile de quantifier le temps de présence devant les élèves des enseignants et le nombre de notes inscrites dans le livret trimestriel. On sait que ce n'est qu'une partie (en fait moins de la moitié  dans le 2d degré) du travail enseignant. Tout le reste (préparations, corrections, programmations, information etc.) échappe à la quantification autre que déclarative. On sait aussi si le programme est terminé ou pas.

 

En temps ordinaire, on a du mal à savoir parmi ses collègues ceux qui travaillent ou pas. On a encore plus de mal à savoir si ce travail est efficace et à l'évaluer. Mais avec la crise sanitaire, tous les repères ont sauté. Il y a eu deux mois sans classe. Plus de notes à la demande du ministre. Quant au programme, presque partout il a été clair qu'il ne serait pas terminé.

 

Certes certains enseignants ont multiplié les sessions de classe virtuelle, tenté des modes d'évaluation et de cours innovants, inventé mille et une nouvelle façons de faire cours. Et on leur tire notre chapeau. D'autres se sont limités à inscrire des devoirs à faire dans Pronote. Ont corrigé ou pas, par mail ou pas. Apparemment ceux ci sont ceux à qui on va reprocher de n'avoir pas fait leur travail de "continuité pédagogique".

 

Mais c'était quoi travailler ?

 

Parce que derrière cette exigence du travail enseignant durant la période de fermeture il y a ce gros mensonge de la "continuité pédagogique". De continuité il n'y eut point. La vérité c'est que rien n'a été anticipé avant la fermeture des écoles. Même la dernière semaine de classe de mars , alors qu'il était certain que l’École allait fermer, le ministre affirmait que la fermeture était exclue. C'est à ce moment qu'il aurait fallu envoyer des consignes de préparation de la fermeture : prendre connaissance des outils numériques, les faire manipuler par les élèves et les professeurs (comme le Café pédagogique l'écrivait avant le 12 mars).

 

La vérité c'est que les enseignants se sont retrouvés sans préparation, sans formation, sans consignes pédagogiques, sans outils fonctionnels, avec des élèves pas plus préparés. Avec tout ça ils ont du tous seuls ressusciter une école qui avait disparu.

 

Et ils se sont débrouillés, toujours avec l'aide des élèves, puis des parents, pour assurer un lien éducatif et certainement pas une "continuité éducative". Certains ont bien réussi parce qu'ils sont mieux préparés ou plus talentueux ou encore parce qu'ils ont des élèves mieux préparés. D'autres ont fait moins bien et certains se sont plantés.

 

Tous ont travaillé avec leurs outils personnels, l'institution n'ayant rien prévu là aussi (et elle ne prévoit d'ailleurs toujours rien). Certains n'ont pas d'outils numériques personnels d'ailleurs. Au bout de plusieurs semaines, le ministère s'est réveillé et a produit des circulaires et des fiches repères dont il n'est pas certain qu'elles aient été utiles et utilisées.

 

Jeter la pierre aux enseignants sur leur travail c'est entériner un mythe, celui de la continuité pédagogique et du "tout est prêt" ministériel. Un vrai mythe politique imaginé dès le 12 mars quand le ministre s'est trouvé contredit par les faits. Et perpétué depuis dans différentes formes, la dernière étant le 2S2C "voulu depuis toujours" par JM Blanquer alors qu'il s'agit de refiler des élèves aux autres parce que l'institution scolaire est incapable de les accueillir.

 

Ne plus dire que le roi était nu

 

Des "profs décrocheurs" il y en a peut-être eu. Mais on ne saura jamais combien parce qu'on ne pourra jamais évaluer réellement le travail fait durant ces deux mois de fermeture. Et on ne pourra pas reprocher un manque de travail quand soi même comme employeur on n'a rien été capable de faire durant deux mois (comme par exemple fournir des outils de travail).

 

La campagne médiatique qui s'acharne sur les enseignants en ce moment vise probablement à faciliter la levée du protocole sanitaire dans les écoles pour relancer l'économie. Notamment il s'agit de lever les règles de distanciation et de nettoyage qui sont pourtant vitales.

 

Mais elle sert aussi une carrière politique. Il faut faire oublier l'impréparation, le moment de bascule où l’École a continué sans le ministre par une renaissance spontanée et foisonneuse sur le terrain. Deux mois où le roi était nu. Impardonnable.

 

François Jarraud

 

Qui veut la peau des enseignants ?

Sur RTL le 10 juin

Sur France 2

A lire : la chronique de D Schneidermann

 

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 11 juin 2020.

Commentaires

  • amelia2, le 11/10/2020 à 12:35

    ce prof-bashing des médias s’ajoute aux risques psychologiques qui sont fréquents et parfois sérieux pour les enseignants : https://www.officiel-prevention.com/dossier/formation/fiches-metier/la-prevention-des-risques-professionnels-des-enseignants


  • Fanie, le 12/06/2020 à 07:43
    Je trouve très complaisante cette façon de trouver mille excuses à ceux qui n'ont pas essayé de tout mettre en oeuvre pour garder au travail leurs élèves. Prof de français dans les Landes où le numérique est depuis longtemps largement développé, les collégiens dotés de pc portables et formée aux TICE depuis 20 ans régulièrement, je n'ai pas vécu la continuité pédagogique comme vous la décrivez. Pronote offre de plus des fonctionnalités suffisantes. Les classes virtuelles ont très bien marché, peu d'élèves ne se sont pas connectés, j'ai pu avancer dans le programme et évaluer régulièrement mes élèves (de façon formative bien sûr). En revanche, mon fils en 4eme n'a reçu depuis le 16 mars de la part de son prof de lettres qu'une fois par semaine des messages comme celui-ci " questions 1 à 12 du manuel, surtout ne m'envoyez rien, et bon courage". Aucune correction, aucune leçon, aucune lecture, aucun travail d'écriture, aucune évaluation, aucune classe virtuelle, aucune notion littéraire, pas même une dictée en ligne à proposer, aucun padlet, aucun contenu vidéo, rien." Mon collègue aura passé de bonnes vacances... Quand une mère dans une discussion lui a demandé si on pouvait avoir des corrigés, arrivés aux vacances de Pâques, il a envoyé des photocopies du livre du prof... Ce genre de comportement me fait honte et je m'estime entachée injustement. Pour quelques fumistes, nous passons tous pour des fainéants. Merci à eux. Depuis le 2 juin, dans le collège de mon fils toujours, 3 profs de maths sur les 6 n'ont pas repris en présentiel. Résultat : pas de maths prévues dans les edt des 4emes qui ont repris en présentiel. Et le distanciel s'est résumé à 1 fiche d'exercices reçue lundi... Et faite en 1h. Je n'ai jamais été corporatiste, je ne défendrai jamais les quelques collègues qui ne font pas leur travail quand la grande majorité à cause d'eux en prend plein la figure. La loi du silence, ça suffit. Et le pire c'est que je n'ose rien dire au principal du collège de mon fils par peur de représailles. Ça c'est aussi une réalité de parents d'élèves. 
    • Prof56, le 20/06/2020 à 23:44
      Il faut arrêter de se mentir. On a tous choisi ce métier pour les vacances et la sécurité de l’emploi. Certains ont juste poussé nos principes jusque dans leur limite. Je ferais un autre métier si je devait travailler comme tout le monde. Notre métier est un îlot de bonheur dans un monde soumis aux patrons et au chômage.
  • Steffanu, le 11/06/2020 à 19:50
    Bonjour.
    Voici donc le monde d'après, où est passée la solidarité envers les enseignants exprimée par M. Blanquer et M. Le Président lui même ? Enfouie profondément par le retour de cette récurrente haine, voir jalousie.
    Nous, les enseignants, sommes, depuis bien trop d'année, en manque de disposition acceptable pour former nos enfants et leur offrir à terme un parcours professionnel qui les épanouirait.
    Former pleinement la génération d'après est signe de bonne santé d'une société, or la notre est malade et ce encore plus dans le monde d'après.
    Personnellement j'ai dormi en moyenne 1 heure par nuit depuis le 16 mars, les 23 autres consacrées à mes élèves de 2de, de 1ère et de Terminale. J'ai laissé ma santé et j'ai mis ma vie de côté jusqu'au 10 juillet. Ce sacrifice, que nous sommes très majoritaire à avoir consenti, 99,9% probablement.
    Ces insultes que l'on envoie en réponse à notre exemplarité, nous nous en fichons car nous savons que nous avons très bien oeuvré et que nos enfants en sortent grandis et formé pour affronter une réforme drastique pour le lycée ou affronter la jungle de l'université
    Nous l'avons fait pour eux, pour ces générations qui prendront notre place et ferons mieux que mépriser à tout va.
    Stéphane Casanova, ztephane.casanova@gmail.com
    Professeur de Mathématiques au lycée de Foix (09)
  • Jadran, le 11/06/2020 à 14:52
    Belle analyse. Tout ceci est inscrit dans la logique du gouvernement et participe à la construction du monde de demain.



  • IdentRemo, le 11/06/2020 à 13:47
    La ficelle est un peu grosse : 
    Invité de Thomas Sotto, M. Blanquer n'ignorait pas que ce qui serait retenu de son intervention serait surtout "certains profs n'ont pas été à la hauteur…. les profs décrocheurs seront sanctionnables !" C'est d'ailleurs le titre de la page de RTL correspondant à son interview de mercredi 10/06. 
    En ces temps de pressions pour accueillir un plus grand nombre d'élèves malgré un protocole sanitaire strict que le gouvernement a imposé.  C'est faire porter le chapeau à une catégorie de personnes que l'on va franchement exposer à la vindicte du plus grand nombre. Qui plus est, c'est aussi rendre tout un chacun suspect (et ces temps de pandémie, ce n'est pas très bon !) aux yeux des usagers de l'école. 
    C'est déplacer des manques vers les personnels chargés de mettre en place : l'impréparation au travail à distance qui était forte (qui a essayé le CNED ou Ma classe à la maison la semaine qui a suivi le 16 mars ?) et, entre autres,  nous avons aussi eu droit à des prises de positions démenties par le 1er Ministre lui même. 
    En ces temps d'hypothétiques changement de gouvernement, c'est un choix de posture : 1ere solution, un maintien pour une continuité, 2ème solution, un départ avec un sous entendu d'être la victime d'un règlement de comptes. 
    Plus la ficelle est grosse, plus ça passe ? 


    • Cite Oyen, le 11/06/2020 à 13:46
      Pourquoi passer en mode défense de la profession, elle n'est pas remise en cause...il s'agit de quelques enseignants (...) qui n'ont pas fait le job, qu'ils assument leur posture comme ce serait le cas dans toutes les professions, c'est tout.

      • IdentRemo, le 11/06/2020 à 14:05
        D'accord,  mais dans ce cas pourquoi porter cela sur la place publique ? Ce serait plutôt le rôle de chef d'établissement que de faire ce relevé, ce contrôle; (dans une entreprise, c'est le mode normal)  mais de voir cela mis en avant par un ministre, j'en suis gêné. Donc je me dis : à qui cela profite t - il ? Et pourquoi ? 
        J'entendais ce matin parler des vertus du dialogue social qui existe outre Rhin et là je constate des arguments pour installer suspicion et défiance. 
        • Cite Oyen, le 11/06/2020 à 14:08
          Affaire de culture...l'auraient ils fait (les chefs d'établissement ) isolément ? ce ne sont pas vraiment des chefs d'entreprises.
          Je ne suis pas enseignant mais ça ne provoque pas du tout de sentiment de suspicion quelconque envers la profession ...ni vis à vis de quelques-uns de mes amis enseignants.
          • IdentRemo, le 11/06/2020 à 14:17
            Et bien merci à vous, vous avez une appréhension des choses qui vous donne une analyse qui n'est pas celle de médias populistes qui sont, par ailleurs,  le reflet de d'opinions très tranchées. 
  • uneprof, le 11/06/2020 à 13:42
    Mettre des devoirs sur pronote peut prendre des heures selon ce qu'on y met. Merci de ne pas suggérer l'idée à nos gouvernants que ce serait être décrocheur que de se "contenter" de mettre du travail sur pronote. L'instit de ma fille n'a jamais fait de classe virtuelle, s'est "contentée" de donner des devoirs sur un blog, mais ma fille croulait sous le travail à faire et c'était très bien. J'ai fait la même chose de mon côté en étant au lycée, j'ai passé des heures à préparer mes fiches de travail pour les élèves et je ne me considère pas comme décrocheuse. Ce que je vois c'est que l'on va sanctionner majoritairement des femmes qui avaient la double peine de devoir s'occuper de leurs propres enfants et devoir travailler à distance.


    • Yann G, le 13/06/2020 à 01:30
      Bonsoir,
      je me retrouve complètement dans ce que vous dites. Enseignant en maths en lycée j'ai fait de mon mieux pour proposer du contenu à distance. Mais pas de classe virtuelle.

      Entre l'impréparation faute de formation et la saturation des outils mis en avant, je me suis lancé dans le confinement avec ce que je maîtrisait déjà. Les logiciels sur lesquels je me suis formé depuis de nombreuses années, des vidéos d'écran mises en ligne et des exercices corrigés et commentés autant que possible. Et pourtant je passe bien plus d'heures à faire ça que préparer et assurer mes cours d'avant. Même en ayant beaucoup moins de correction. Ca ne se fait pas tout seul.

      S'il n'y a eu que 5% de collègues décrocheurs c'est un joli score. Car mis bout à bout : la casse du métier à tous les niveaux depuis des années et encore jusqu'au confinement avec la réforme des retraites, le manque d'outils, les discours contradictoires, les annonces de dernière minute faisant croire que ce sont les enseignants qui sont réfractaires alors que rien n'était prêt. J'en passe car la liste des inexactitudes et mensonges par omission est longue.

      Tout n'a reposé que sur les enseignants et la bonne volonté des directions suspendues aux annonces, souvent télévisées. On ne peut pas dire que le reste de la chaîne de décision ait servi à quoi que ce soit de concret. Ni même que jusqu'au ministre on nous ait facilité la tâche. Où étaient les outils la veille de l'annonce du confinement ? Où étaient les protocoles sanitaires en cas de pandémie ? Où était le matériel nécessaire à la continuité pédagogique ? Où était l'enveloppe pour financer le matériel que j'utilise chez moi ? Dans quelle circulaire étaient les notions de "continuité pédagogique", "nation apprenante" et "vacances apprenantes" ?

      Il a fallu une pandémie pour découvrir que la télévision abrutie ?

      Et malgré tout ça n'a pas implosé.

      Précision amusante. J'ai une maladie qui me classe dans la catégorie des personnes à risque. L’hôpital me conseille de continuer le télétravail. Ma direction, pensant bien faire, m'a proposé directement une ASA (rester chez moi à ne rien faire en étant payé) et j'ai choisi évidemment de poursuivre comme je le fais depuis des semaines. Je ne parle pas de mes collègues qui sont allés coudre des masques en mars dans la section métier de la mode de notre lycée. Ni des personnels non-enseignants qui étaient sur le pont sans savoir la veille pour le lendemain comment serait organisé le retour.

      On apprend dans notre métier à ne pas généraliser à une classe entière le comportement de quelques uns. A ne pas punir une classe pour la bêtise d'un seul qu'on aurait pas identifié.

      Alors le discours d'un ministre qui met le doute sur notre profession, c'est insupportable. On ne peut pas reprocher aux éditorialistes de faire passer leurs opinions pour des informations. Mais on peut attendre mieux d'un ministre.

      Mon ministre est là pour me faciliter le travail, pas pour douter de mon engagement. Et encore moins me gêner dans mon exercice.
    • SatNam, le 11/06/2020 à 15:03
      J'ignore si votre commentaire répond au mien (effacé depuis et je me demande bien pourquoi!) mais je voudrais réagir à ce que vous écrivez en insistant sur le fait que je ne parle que pour mon établissement et ce que j'ai pu y observer pendant le confinement et ensuite:
      -  Il me semble qu'en langue, l'interaction est cruciale et qu'en l'absence de cours virtuel, prise de parole en continu et en interaction est impossible. On me parlera de MP3 et je dirai que j'en ai reçu et corrigé pendant toute la période mais que la plupart des élèves lisaient des notes trop rédigées. 
      - Je ne dis pas qu'il s'agit de décrochage quand on ne fait pas de cours virtuels et qu'on donne du travail via Pronote. Mais beaucoup d'élèves ont eu du mal à s'y retrouver dans les fiches et demandes d'exercices complètement décontextualisées. 
      - Un délégué, lors d'un conseil de classe, était au bord des larmes en disant à l'ensemble des enseignants : "Vous ne vous êtes pas contentés de balancer des trucs, vous nous avez vraiment soutenus, vous étiez là, même en virtuel". Donc j'en déduis que faire cours virtuellement répond à un besoin des élèves dont ceux-ci sont parfaitement conscients. 
      - Notre travail ne consiste pas qu'à faire des leçons, exercices, fiches, mais aussi (surtout?) à transmettre un savoir, à articuler des notions, etc., ce qui me semble difficile à faire hors du contexte d'un cours, fut-il virtuel.
      - Vous parlez de double peine pour les enseignantes. Je réponds que notre profession est ultra-féminisée et que c'est un problème de fond (question des salaires notamment). Et j'ajoute que j'ai entendu tellement de collègues dire à propos des élèves qu'ils ne méritaient pas tel passage en classe supérieure ou tel diplôme parce qu'il n'avait rien foutu pendant le confinement que je suis plus soucieuse de ce qui attend les enfants dont les parents sont désormais au chômage et qui ont été confronté à la maladie, au stress, à la précarité, etc, qu'aux profs et à leurs enfants (je suis fille de prof, je sais ce que ça veut dire en terme de privilèges.)
      • uneprof, le 11/06/2020 à 18:10
        Je parlais à l'auteur de l'article qui laisse sous-entendre que mettre des devoirs sur pronote n'est pas suffisant. Je n'ai jamais dit que c'était mieux de ne pas faire de classe virtuelle. D'ailleurs, je ne me permets pas de juger qui que ce soit. J'ai dit que ce n'est pas parce qu'on ne fait pas de classe virtuelle qu'on ne travaille pas et que les élèves ne travaillent pas. Je l'ai vu avec l'exemple de ma grande à qui sa maîtresse n'a jamais fait de classe virtuelle et sa maîtresse est une grande bosseuse qui fait beaucoup travailler les élèves. Ma fille n'a en rien manqué de travail. Quid des élèves qui n'ont pas le matériel pour se connecter à heure fixe aux classes virtuelles, qui doivent partager leur PC avec d'autres, ou s'occuper de leurs petits frères et soeurs? J'ai tenté les classes virtuelles, et c'était très compliqué entre ceux qui avaient un mauvais réseau, ceux qui faisaient semblant d'avoir un mauvais réseau et ceux qui n'avaient pas le matériel ou les frères et soeur à gérer. Au moins mes cours étaient accessibles à tous. De toutes façons, je n'aurais pas pu assurer des heures de classes virtuelles avec un matériel qu'on ne m'a pas fourni, et surtout avec mes enfants faisant du bruit et des bêtises en parallèle. J'ajoute que si ma grande et moi-même avaient dû assurer ou suivre des classes virtuelles, on aurait dû partager le même PC. J'ai donc fait au mieux en travaillant pendant la sieste, le soir, le weekend, parfois en les laissant partir en vrille à côté. Et je ne souhaite pas qu'on vienne me faire la leçon car je pense avoir fait de mon mieux et avoir énormément travaillé, même si je n'étais pas en "live". De même que je pense que les instits de mes enfants ont fait de leur mieux sans classe virtuelle.
        A côté de ça, on a des parents qui eux voulaient avoir leur weekend tranquille et qui du coup ne se souciaient pas de faire rattraper les devoirs aux gosses le weekend (vu en primaire) sous prétexte qu'ils télétravaillaient en semaine. Les mêmes pas contents que la maîtresse ne fasse pas de babysitting en classe virtuelle (alors qu'elle n'est pas à côté pour regarder le cahier de l'enfant et vérifier qu'il fait le travail ou l'envoyer en photo - cela seul le parent peut le faire).

      • SatNam, le 11/06/2020 à 15:00
        Et j'ajoute que ce site pseudo subversif de "vrais profs" censure certains enseignants qui s'y expriment ! 
        • uneprof, le 11/06/2020 à 18:43
          J'ajoute que les élèves m'ont remerciée et que j'étais là pour répondre à leurs questions par mail et adapter si besoin ce que j'envoyais, envoyer sous un autre format lorsqu'un élève n'avait pas accès à tel ou tel support. Il n'y a pas que la classe virtuelle dans la vie, privilège réservé à ceux qui peuvent se connecter quand ils le souhaitent.
  • fjarraud, le 11/06/2020 à 12:03
    "y'en a qui en foutent pas lourd" : un commentaire trollesque effacé...
    • Sahyves, le 11/06/2020 à 13:09
      Pour info, à quoi reconnaît-on un commentaire trollesque ?
      Il y a des grilles de lecture, des grilles d'évaluation du commentaire ?
      • EricPLP, le 11/06/2020 à 18:40
        Il y a généralement des similarités, comme des propos manifestement provocateurs et surtout sans aucune argumentation ... par exemple. Le troll n'est pas là pour discuter.

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