Sébastien Planchenault : Une année noire pour les maths 

Annoncée par Jean-Michel Blanquer en décembre 2018 dans la suite du plan Villani-Torossian, l’année 2019-2020 devait être « l’année des mathématiques ». Pour Sébastien Planchenault, président de l’Apmep, l’association des professeurs de maths, c’est plutôt « une année noire ». Il s’en explique à travers un tour d’horizon de la place des mathématiques à la fin de cette année scolaire.

 

Dans le dernier numéro du BGV, le bulletin de l’Apmep , vous dites que l’année scolaire qui se termine a été une « année noire » « préparatoire à l’enterrement des maths ». Pourquoi ce bilan ?

 

L’année a d’abord été compliquée et difficile à vivre pour les enseignants. C’est une année noire déjà par le volume des suppressions de postes : avec la réforme des lycées, 450 postes de professeurs de maths sont supprimés à la rentrée soit la moitié de tous les postes supprimés.

 

On constate des éléments choquants avec des options maths disparates. Dans certains établissements on ne leur affecte qu’une heure trente au lieu de 3 heures. Dans d’autres, l’option maths complémentaire n’est pas mise en place et on envoie les élèves dans un établissement proche.

 

C’est une année noire aussi parce qu’on sent que le ministère ne nous écoute plus. Il y a une vraie remise en question du travail des enseignants et c’est mal vécu.

 

Il y aura-t-il davantage ou moins de lycéens faisant des maths à la rentrée 2020 ?

 

Nous n’avons pas  encore de chiffres. Mais au vu des suppressions de postes il y en aura moins. On se soucie aussi de savoir quels élèves feront des maths. On observe que les maths expertes sont proposées plus souvent dans des établissements ayant des CPGE ce qui contrevient au principe d’égalité. On pourrait aussi s’inquiéter pour savoir à quelle catégorie sociale et à quel genre vont appartenir les élèves faisant des maths.

 

Qu’en sera-t-il l’année prochaine avec la montée de la réforme en terminale ?

 

La situation est très disparate selon les établissements. Dans certains beaucoup d’élèves abandonnent les maths après la première. Dans d’autres non. Cela dépend du type d’établissement. Dans les établissements de centre ville, avec des élèves socialement privilégiés, on a un plus fort pourcentage d’élèves qui vont continuer les mathématiques en terminale. On en arrive exactement à ce que nous ne voulions pas : que les maths deviennent une discipline élitiste.

 

La réforme du lycée a-t-elle eu des effets sur le quotidien des professeurs ?

 

Les enseignants souffrent de voir des élèves qu’ils ne peuvent pas accompagner suffisamment du fait des programmes très lourds et de l’absence de dédoublements. Sous la pression du programme il faut apprendre vite des contenus très lourds. On ne peut faire le programme que d’une façon dirigiste et rapide qui ne laisse pas le temps à l’appropriation.

 

La nouvelle organisation des classes avec les spécialités a-t-elle été une bonne chose ?

 

C’est une catastrophe. Des élèves de classes différentes sont regroupés pour la spécialité maths. Cela perturbe beaucoup le travail collaboratif entre élèves. Les élèves se sentent plus seuls. Les professeurs aussi. Ils ne connaissent pas leurs collègues des différentes divisions et donc le travail collaboratif est difficile.

 

Le plan Villani Torossian avait levé des espoirs. Pourquoi en est on arrivé à la situation actuelle ?

 

Sur le papier le plan était alléchant. Mais il n’a pas obtenu de moyens suffisants pour sa mise en œuvre. On le voit dans le plan maths avec ses constellations. En réalité le problème est en amant avec le fait que beaucoup de professeurs des écoles viennent de la série littéraire et ont fait peu de maths. Mais la réponse ministérielle, avec la réforme du lycée c’est de réduire encore le nombre de jeunes qui font des maths au lycée.

 

Les professeurs ont été très attaqués dans les médias. Que va faire l’Apmep ?

 

On ne souhaite pas polémiquer. On va réflechir ensemble à ce qui a été mis en place durant le confinement en collectant des témoignages. On publiera une synthèse pour témoigner de ce que les professeurs ont vécu durant le confinement, des aides qu’ils ont eu ou pas, des pressions qu’ils reçoivent.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

 

Par fjarraud , le mardi 07 juillet 2020.

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