Un rapport critique sur les évaluations nationales dans le second degré  

« Si les enseignants de collège espèrent que ces évaluations leur seront utiles, ceux de lycée semblent dans leur grande majorité convaincus, dès les passations, de l’inutilité du dispositif ». Le rapport de l’Inspection générale sur les évaluations nationales du second degré montre leur inutilité. Celle-ci provient à la fois d’erreurs de conception et d’un décalage total avec les pratiques enseignantes. Le rapport propose d’abandonner les tests de 2de au profit d’une réforme du brevet.

 

Difficultés de passation

 

Voulues par JM Blanquer, qui a également imposé des évaluations nationales très décriées à l’école, des évaluations nationales ont lieu en 6ème et en 2de au début de l’année scolaire en français et en maths.

 

Elles ont pour objectif de « permettre aux équipes pédagogiques de disposer d'informations relatives au niveau de maîtrise des élèves à leur entrée au collège en français et en mathématiques ; mettre à disposition des équipes une aide au pilotage pédagogique des réseaux écoles-collège ; enrichir les outils de pilotage académique grâce aux informations fournies par des évaluations standardisées sur tout le territoire ». Et elles sont présentées comme « objectives » et fondées « sur des méthodes scientifiques ». Or le rapport montre que ces affirmations sont fausses et ces objectifs non atteints.

 

Le rapport souligne des difficultés récurrentes de passation. Difficultés techniques de connexion ou de saisie de leur code par les élèves. Mais erreurs de conception des tests aussi. Ainsi en maths en 6ème seuls 5% des élèves ont pu terminer les évaluations de maths en septembre 2019. Autant dire que cela enlève tout caractère scientifique à ces évaluations nationales.

 

Comme le dit le rapport, « le mauvais calibrage de l’évaluation de mathématiques en sixième, qui a vu beaucoup d’élèves échouer, faute, bien souvent, de pouvoir traiter ne serait-ce que la moitié des items proposés, a pu également jeter une suspicion, cette année, sur les résultats de ces évaluations ».

 

Des évaluations qui ignorent les professeurs…

 

Car le rapport relève également que les évaluations ont été conçues, par les « experts » du conseil scientifique et la Dgesco, sans tenir aucun compte des attentes et des pratiques des enseignants. « Une des difficultés majeures qui obère l’exploitation pédagogique attendue », relève le rapport », « difficulté unanimement relevée par les professeurs rencontrés, tient dans le fait que les enseignants sont dans l’ignorance des items proposés aux élèves, et de la façon dont les élèves y ont répondu. Ils souhaiteraient avoir accès à tous les exercices et aux réponses de leurs élèves afin de pouvoir mieux analyser les échecs et les réussites et organiser des remédiations s’appuyant sur ces analyses ». Toujours selon le rapport, « Cette absence de visibilité, dès la passation des évaluations, éloigne les enseignants du lien à construire avec des modalités ultérieures de remédiation ».

 

C’est peut-être ce qui explique que si les résultats remontent très rapidement vers les établissements, les enseignants ne les reçoivent que plusieurs mois plus tard. Peut-être l’administration a-t-elle encore un peu de décence pédagogique au plan local…

 

Et l’encadrement

 

L’objectif d’exploitation des résultats pour le pilotage par les Dasen et les IPR n’est pas plus atteint. « Les IA-DASEN n’ont pas de vision des évaluations ; ce sont les chefs d’établissement qui sont les destinataires directs des informations dans la première partie des opérations (passations et résultats). Les inspecteurs du second degré ont eux-mêmes des difficultés à entrer dans le dispositif. Contrairement à leurs collègues du premier degré, ils n’ont pas accès à la plate-forme nationale et ils ne peuvent pas obtenir les résultats concernant les établissements qu’ils suivent ».

 

Un désintérêt général

 

Il n’est donc pas surprenant que les enseignants expriment peu d’intérêt (au collège) pour ces évaluations voir aucun (au lycée) selon le rapport. « Il n’y a pas eu de rejet des enseignants quant à la passation de ces évaluations. Respectueux des consignes, ils restent cependant en retrait, une grande partie oscillant entre léger intérêt et indifférence. Le ressenti est meilleur au collège qu’au lycée, où le sujet des évaluations passe au second plan, du fait des réformes en cours qui mobilisent les équipes des lycées généraux et technologiques comme des lycées professionnels », dit le rapport. Au lycée seulement un tiers des professeurs concernés participent aux évaluations.

 

Par quoi remplacer les évaluations ?

 

Les rapporteurs, Brigitte Bruschini, Olivier Hunault et Johan Yebbou, ne proposent pourtant pas la suppression des évaluations de 6ème. Ils demandent qu’au minimum les évaluations soient maintenues mais seulement comme outil de pilotage académique ou alors , si l’on veut que les enseignants les utilisent, le rapport demande des modifications importantes comme la suppression de leur caractère adaptatif qui brouille l’exploitation des résultats.

 

Au collège, le rapport propose l’abandon des évaluations de 2de au profit d’une nouvelle épreuve nuémrique ajoutée au brevet « pour qu’en complément des notes chiffrées en mathématiques et en français puisse être établi un niveau de compétences et de connaissances dans différents domaines en s’appuyant sur le modèle des fiches individuelles produites actuellement à l’issue des tests de positionnement de début de seconde ». Rappelons que le brevet évalue officiellement déjà le niveau de compétences à la fin de la 3ème... Le rapport envisage aussi le maintien pour les seules équipes qui le souhaitent ou alors le maintien pour tous mais avec une refonte complète des tests.

 

On pourrait s’étonner qu’un rapport si critique ait pu être publié sous un ministère aussi frileux. Mais la question de l’évaluation pourrait devenir une nouvelle épine dans le pied ministériel. Les deux années de réformes en CP et CE1 ont déjà donné des résultats très en deça des annonces officielles. Plus le mandat de JM BLanquer dure plus la question des résultats va se poser…

 

François Jarraud

 

Le rapport

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 14 août 2020.

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