Bien-être : Sylvain Wagnon : L'école dans la nature, une utopie ?  

Dans son ouvrage, "Les pédagogies alternatives, mieux les comprendre pour en tirer le meilleur", publié aux éditions Hatier, Sylvain Wagnon, professeur à l’université de Montpellier, propose une réflexion sur les différents courants de la galaxie des pédagogies alternatives. Un des chapitres de cet ouvrage étudie une forme pédagogique alternative très attractive actuellement, celle de l’école dans la nature.

 

Comment définissez-vous cette forme éducative alternative de l’école dans la nature ?

 

Il s’agit d’un courant pédagogique pluriel. Les mouvements internationaux des Forest Schools et d’éducation à l’extérieur font de la nature la raison même de leur existence. L’ambition de relier l’enfant et la nature dans les apprentissages, de créer une harmonie entre l’humain et son environnement végétal et animal, aboutit à la création d’écoles au sein même de la nature : en forêts principalement, mais aussi dans des abris de montagne et même sur les plages.

 

Au courant international et structuré des forest schools, il convient de rattacher les écoles et groupements qui prônent non la construction d’écoles dans la nature, mais des activités pédagogiques quotidiennes ou multi-hebdomadaires de sorties et d’excursions en nature.

 

Pratiquer quotidiennement ce mode d’apprentissage offre aux enfants des moyens d’acquérir l’ensemble des compétences cognitives, personnelles et sociales et techniques, mais aussi de développer une plus grande confiance en soi et une meilleure santé.

 

Les « écoles en nature » ne sont pas un courant de pensée structuré, mais bien un idéal et une ambition, partagée d’ailleurs par toutes les pédagogies nouvelles et alternatives.

 

Cette forme éducative n’est donc pas réellement nouvelle ?

 

Effectivement, ce courant de pensée a une histoire ancienne. L’idée d’un contact avec la nature en éducation est très présente chez les réformateurs de l’éducation, qu’il s’agisse de Jean-Jacques Rousseau, Johann Heinrich Pestalozzi ou de tous les pédagogues d’éducation nouvelle du début du XXe siècle.

 

Ce qui, aujourd’hui, prend une forme nouvelle, c’est la volonté de repenser les rapports entre l’être humain et la nature. La prise de conscience des changements environnementaux, des transformations climatiques et de leurs conséquences n’est pas étrangère à cette ambition et la période du confinement a bien établi un lien entre l’extérieur et la liberté d’agir.

 

 Cette préoccupation d’un nouveau rapport entre l’être l’humain et son environnement se retrouve dans les autres courants alternatifs, mais aussi dans ce que l’on appelle les écoles éco-citoyennes, très sensibles aux questions écologiques. Néanmoins, la force de l’école dans la nature est d’appréhender l’éducation d’une façon profondément différente par le rapprochement des enfants de la nature et de l’environnement. Les principes de bien-être, de besoins des enfants et de motivation sont au cœur des pratiques d’une école en dehors.

 

Pourquoi ce regain d’intérêt aujourd’hui ?

 

Les Forest Schools et toutes les écoles éco-citoyennes posent la question des relations entre l’éducation et la nature. Le regain actuel est dû à une prise de conscience de ce besoin de nature. Dès l’annonce du déconfinement et de la mise en place des différents protocoles sanitaires, l’idée d’une école en dehors s’est développée. Fin avril, plusieurs tribunes ont appelé à ouvrir l’école vers l’extérieur.

 

Depuis une dizaine d’années, les programmes publics ont pris en compte l’environnement, le développement durable, la nécessité de connaître cet environnement. Mais ce n’est pas de cela que l’on parle ici. Le regain d’intérêt pour l'école dans la nature, c’est celui d’un enseignement et d’un apprentissage qui doivent « physiquement » être hors de la classe, une autre forme scolaire, comme cela se pratique dans de très nombreuses écoles finlandaises, danoises, néerlandaises et, depuis quelques années, britanniques.

 

Même si les études scientifiques à grande échelle ne sont pas encore très nombreuses, il apparait bien que les bienfaits d’une relation entre les enfants et la nature sont multiples sur le plan humain et psychologique. Les apprentissages réguliers au sein même de la nature permettent une autre façon d’enseigner, des rapports plus confiants entre enseignants et élèves. Les bienfaits ne sont pas seulement, même si c’est déjà beaucoup, sur les plans émotionnel et social mais aussi sur le plan cognitif, grâce à une plus grande motivation, une confiance en soi et dans les autres.

 

Voyez-vous un avenir à cette forme éducative spécifique ?

 

Il y a un risque qu’il ne s’agisse que d’une mode. Lorsque le ministre de l’éducation nationale estime que l’école en plein air n’est pas une mauvaise idée, il conviendrait de savoir s’il compte modifier les modalités de sorties et les formes pédagogiques dans les programmes. Mais déjà des municipalités, en choisissant la débitumisation et la revégétalisation notamment des cours de récréation, participent à ce renouveau sur le long terme.

 

La nature en elle même n’est pas émancipatrice mais elle est un levier majeur pour définir des repères et donner du sens à des apprentissages. Il existe une pédagogie en nature. Il convient de la préciser, de la structurer, de lui donner des assises théoriques et pratiques mais il y a un chemin. Indéniablement, la période du confinement, comme aussi la nécessité d’agir pour la transition écologique, offrent un contexte favorable et des perspectives pour l’école dehors.

 

Propos recueillis par Line Numa bocage

Directrice adjointe du laboratoire BONHEURS

CY Cergy Paris Université (CYU)

 

Lien vers l’ouvrage

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 27 août 2020.

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