Profs : La crise du recrutement s'approfondit 

Fortement secoués par la crise sanitaire, les concours de recrutement des enseignants du second degré ont publié tardivement, et dans la contestation pour les concours internes, leurs résultats. Si depuis des années l'éducation nationale n'arrive pas à couvrir l'ensemble des postes offerts, la cuvée 2020 montre une particularité inquiétante : la forte chute des inscrits.

 

Une année apparemment meilleure...

 

Avec 331 postes non couverts au capes externe 2020, l'année 2020 est apparemment meilleure que 2019. Cette année là, 532 postes n'avaient pas trouvé preneurs. Moins de la moitié des postes de lettres classiques étaient pourvus et à peine plus de la moitié en allemand.  Et il manquait aussi 228 professeurs de maths et 122 en physique-chimie.

 

En 2020 on ne compte "que" 331 postes non pourvus au capes externe. Sur 145 postes offerts en lettres classiques, seuls 63 sont pourvus, soit autant qu'en 2019. En allemand, 245 postes étaient offerts et 136 candidats sont admis. 109 postes restent vacants contre 100 l'an dernier. En maths 1045 candidats sont admis pour 1185 postes. L'année dernière seulement 972 candidats avaient été admis pour 1200 postes proposés. Tous les postes de physique chimie sont pourvus ce qui n'était pas le cas en 2019. Finalement avec 331 postes non pourvus la situation semble meilleure par rapport aux 532 de 2019.

 

Chez les PLP, 1340 postes étaient offerts et on compte 1239 admis. Les postes non pourvus concernent les enseignements professionnels : génie  industriel, maintenance des véhicules, génie électrique, génie civil par exemple. En 2020 101 postes ne sont pas pourvus. Mais il y en avait 167 en 2019.

 

Qui cache une désaffection brutale

 

Ces relatives "meilleures" nouvelles, cachent une désaffection plus profondes. 2020 voit une chute brutale du nombre de candidats aux concours. Ainsi au capes externe on comptait 33 490 candidats en 2019. Il n'y en a que 30 797 en 2020. En allemand  il y a 136 admis pour seulement 392 candidats. En 2019 ils étaient 475 à se présenter et 150 étaient reçus. En maths on passe de 4519 inscrits en 2019 à seulement 3756 en 2020. Et le nombre de reçus est de 1045 en 2020 contre 972 en 2019.

 

Cette désaffection varie selon les disciplines. Mais elle est générale . On la retrouve aussi chez les PLP où aux 13001 inscrits de 2019 succèdent seulement 10428 inscrits en 2020. Malgré une moindre sélectivité en 2020, l'Education nationale n'a plus le vivier de candidats qui lui permettrait de remplir les postes offerts.

 

Comment l'expliquer ?

 

Comment expliquer cette évolution ? Plusieurs facteurs jouent. A commencer par l'inversion de tendance impulsée depuis 2017 sur le nombre de postes. La réduction du nombre de postes proposés depuis 2017 a cassé la lente et difficile reconquête qui avait été opérée par le gouvernement précédent. On est rentré à nouveau dans un cycle de déclin des candidatures à l'enseignement comme celui qu'on a connu sous Sarkozy. Pour que les étudiants s'orientent vers le métier d'enseignant il faut leur garantir une certaine stabilité de recrutement. Ou alors il faut réduire la formation à une seule année... On peut difficilement faire entrer des étudiants dans une tunnel de formation de 2 ans si chaque année on diminue le nombre de postes. L'année où on en propose u tout petit peu plus (au capes externe 2020) les candidats ne se sont plus là.

 

Une autre raison est bien sur à trouver dans les conditions d'exercice des enseignants. Les salaires enseignants sont inférieurs de 26% à ceux des cadres équivalents de la fonction publique. Et ils le sont encore davantage par rapport à ceux du privé. Les éventuels candidats voient aussi les conditions d'exercice du métier menacées. Il n'est question que de réduction des congés et du temps libre, que d'augmenter la durée du travail, que de diminuer les libertés dans le métier. Les enseignants ne s'y trompent pas qui ne recommandent très majoritairement pas à leurs enfants leur métier. Il faut ajouter que le gouvernement encourage l'embauche sous contrat plutôt que celle de fonctionnaires.

 

La crise au secours de l'Education nationale ?

 

La situation peut-elle s'améliorer ? Le ministre promet une revalorisation des premières années d'enseignement. Plusieurs scénarios avaient été avancés par JM Blanquer en février 2020. Ils prévoyaient d'augmenter les salaires de 157 à 64€ nets par mois des échelons 2 à 5 pour le scénario le plus généreux. Le moins généreux n'offrait que 92€ à l'échelon 2. Dans tous les cas cela met les salaires de début bien en dessous de ceux des autres professions ayant le même niveau de recrutement.

 

Un nouvel allié pourrait être favorable à l'Education nationale. La grave crise économique que connait le pays, qui frappe en premier lieu les jeunes pourrait pousser vers l'enseignement des diplômés ne trouvant plus place en entreprise.

 

François Jarraud

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 01 septembre 2020.

Commentaires

  • Francis_Doven, le 01/09/2020 à 11:04
    Cet article semble poser comme naturelle la revalorisation exclusive des premiers échelons uniquement, or, c'est un scandale !

    Trois remarques à ce sujet :
    - il n'y a qu'aux enseignants que l’on ose proposer ce genre de revalorisation différentielle : demandez donc aux soignants, policiers, pompiers, douaniers ou même aux cadres de l'EN revalorisés ces dernières semaines s'ils accepteraient de ne renforcer que le salaire de leurs entrants, au détriment des autres !
    - l'observatoire des rémunérations des Stylos Rouges a montré qu’un enseignant en fin de carrière (dernier échelon) a perdu entre 438 et 555 euros (nets ! mensuels !) en 20 ans, suivant qu'il soit en classe normale ou en hors-classe, cela ne suffit-il pas ?
    - en corollaire des deux premiers points, je ne crois pas qu'une profession ait subit telle dévalorisation : cette fameuse revalorisation, sciemment repoussée depuis des années par le pouvoir, doit être généralisée à tous les échelons !
    • fovoir, le 01/09/2020 à 20:48
      Colère légitime, Francis, mais ces iniquités sont à replacer dans un contexte de démolition de l'EN, ce "Mammouth" dont les politiques n'ont que faire, dernier bastion de valeurs républicaines pures.
      Diviser pour mieux régner tel est le sens de la revalorisation différentielle, comme la distanciation sociale veut empêcher les manifestations. On veut casser l'humain, tout un programme !
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