Revalorisation : 12 € 50 et c'est tout ?  

12 € 50. A peine plus qu'une heure de smic. C'est  la revalorisation mensuelle annoncée par JM Blanquer pour 69% des professeurs. Dans une lettre envoyée aux enseignants le 16 novembre, JM Blanquer communique ses choix sur la revalorisation. Les enseignants et les psychologues percevront une prime d'équipement informatique de 150€ en janvier 2021. Une prime d'attractivité sera versée en mai 2021 mais seulement jusqu'à l'échelon 7 inclus. Elle sera identique à tous les corps et représentera 100€ net par mois pour l'échelon 2 mais seulement 35€ aux échelons 6 et 7. Le ministre ne dit rien sur une éventuelle loi de programmation. Les syndicats se demandent si la revalorisation va s'arrêter là.

 

Une prime d'équipement (mais pas pour tous)

 

"En 2021, le ministère dispose d’une enveloppe de 400 M€ pour revaloriser la rémunération des personnels de l’éducation nationale et accompagner ainsi la transformation des métiers de l’éducation" annonce JM Blanquer dans sa lettre aux enseignants. Dès le début il est apparu que cette somme n'est pas négociable. En fait de revalorisation, JM Blanquer ne dégèle pas les salaires mais annonce deux primes.

 

Une prime d'équipement informatique sera versée à tous les enseignants et aux psychologues de l'éducation nationale. Elle sera de 150€ net, soit 12.50€ par mois, et sera délivrée en janvier 2021. "Équiper les personnels enseignants en ordinateurs et logiciels adaptés est une nécessité qui a été renforcée pendant la crise sanitaire, avec le développement de l’enseignement à distance."

 

Visiblement cette logique ne fonctionne pas avec tous les personnels. Les CPE et les professeurs documentalistes, qui pourtant utilisent souvent eux aussi leur matériel personnel, ne bénéficieront pas de cette prime. D'après les syndicats, le ministère demandera aux collectivités territoriales de leur donner du matériel...

 

Une prime de 35 à 100€ jusqu'à l'échelon 7

 

Une "prime d'attractivité" sera versée en mai 2021. Elle sera donnée aux enseignants jusqu'à l'échelon 7 inclus. Elle sera de 100€ net par mois (1197€ annuel) à l'échelon 1, de 89€ à l'échelon 3 et sera dégressive jusqu'à 35.58€ par mois aux échelons 6 et 7. Au delà cette prime ne sera pas versée. Concrètement un professeur sur trois (31%) en bénéficiera. Le ministre a abandonné l'idée d'un versement plus important aux professeurs des écoles et moins important pour les corps du second degré. Il s'aligne sur le 3ème scénario présenté en octobre dernier. La prime sera moins importante pour les contractuels : 53.83€ à l'échelon 1, seulement 26.91 € aux échelons 5 à 7.

 

Une autre mesure concerne les enseignants plus âgés. Le taux d'accès à la hors classe des enseignants passera de 17 à 18€ en 2021 soit 1700 promotions supplémentaires. Cela fait quand même peu pour les enseignants expérimentés... La FSU avait demandé l'accès de tous à la classe exceptionnelle mais cela a été refusé.



 

 

 

Indemnité réévaluée pour les directeurs

 

Des mesures catégorielles sont aussi annoncées pour 45 millions. Mais ces sommes sont prélevées sur les 400 millions. Le ministère précise que cela concernera les directeurs d'école à hauteur de 21 millions. Cette somme de 21M sera utilisée pour revaloriser l'indemnité des directeurs soit environ 420€ par directeur en moyenne.

 

Le ministère annonce aussi que les décharges pour les écoles de 1 à 3 classes "seront mieux mobilisées". Cela représenterait théoriquement 900 postes. Aujourd'hui elles ne sont données que quand l'administration le peut c'est à dire trop rarement faute de remplaçants. 600 équivalents temps plein, prélevés sur les créations de postes annoncées dans le premier degré, seront accordés pour améliorer les décharges des 50 000 directeurs.

 

Quel dialogue social ?

 

Dans cette "revalorisation", le ministre ne manque pas de parler de la concertation avec les organisations syndicales. Pourtant la lettre ministérielle a été envoyée par JM Blanquer au milieu de la réunion avec les syndicats le 16 après-midi. "Il se moque du dialogue social", nous a dit Benoît Teste, secrétaire général de la Fsu. "C'est désagréable" commente Stéphane Crochet, secrétaire général du Se-Unsa. Clairement cela veut dire qu'il n'est pas possible de faire évoluer les décisions ministérielles.

 

Et la loi de programmation ?

 

Bien qu'elle soit loin de compenser le gel des salaires, cette "revalorisation" est toujours bonne à prendre. "On est satisfait que la situation économique ne l'ait pas remis en question", nous a dit S. Crochet.

 

Mais la revalorisation va t-elle s'arrêter là ? Avant mars 2020, JM BLanquer a souvent évoqué une loi de programmation qui permettrait sur plusieurs années de hisser les salaires des enseignants français à la hauteur des salaires européens. Le Grenelle de l'éducation a même été organisé pour dessiner le "nouveau métier enseignant", c'est à dire les contreparties exigées en échange de la revalorisation.

 

Mais depuis la rentrée, JM Blanquer n'utilise plus les mots "loi de programmation" en public. Il faut des périphrases de plus en plus floues. Dans la lettre aux enseignants comme dans le communiqué officiel, il n'en est plus question.

 

Devant les syndicats la formule serait revenue avec l'idée "qu'il faudra trouver une fenêtre parlementaire" pour cette loi. Le ministre "pousse le dossier au niveau du gouvernement" et considère que les syndicats "sont ses alliés" pour pousser.

 

"Si le ministre confirme l'objectif d'une loi de programmation on est pressé d'en connaitre le montant et la durée", nous dit S Crochet. "Nous n'avons pas la garantie d'une loi de programmation", nous dit B Teste.

 

Les profs payés au SMIC

 

Mais alors à quoi sert le Grenelle ? Est-il nécessaire de faire toute cette communication , réunir tous ces ateliers en ratissant extra large, pour l'aumône smicarde faite ce 16 novembre ? Parce que pour 69% des enseignants la revalorisation s'arrête à la prime d'équipement, c'est à dire 12.50€ par mois. Et 12.50€ c'est à peine plus que le SMIC.

 

Il y a fort à parier que le ministre n'en sait rien. S'il avait le feu vert gouvernemental pour une loi de programmation , il n'aurait pas manqué de l'annoncer. Dans le cas où il l'obtiendrait le rapport issu du Grenelle pourrait appuyer ses demandes de contrepartie, déjà présentées en 2019. Pour le moment la grande majorité des enseignants viennent de gagner l'équivalent d'une heure de ménage.

 

F Jarraud

 

Les scénarios d'octobre

 

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 17 novembre 2020.

Commentaires

  • profdoc63, le 17/11/2020 à 10:20
    Pourquoi les professeurs-documentalistes ont-ils donc été destinataires de la "lettre d'information spéciale revalorisation" envoyée à tous les enseignants si, contrairement aux autres professeurs, ils ne sont même pas concernés par la prime informatique (sans que cela ne soit précisé nulle part dans le document reçu) ?

    Naïvement je pensais que cet envoi, ainsi que son contenu, signifiaient que nous étions concernés comme tous nos collègues des autres disciplines ...

    C'est une décision fort étonnante. D'autant que nous travaillons beaucoup depuis chez nous grâce à notre propre équipement informatique afin d'assurer un vrai C.D.I. numérique sur l'ENT ...

    Cela dit, j'imagine que cela ne devrait plus nous surprendre sachant que les professeurs-documentalistes sont les seuls enseignants et assimilés à ne pas avoir une prime de sujétion particulière alignée sur l'ISOE. Les CPE et les professeurs des écoles ont obtenu cet alignement il y a peu mais pas nous. Les professeurs-documentaliste, pourtant enseignants certifiés, sont souvent les grands oubliés des mesures financières ... Quelle sera donc notre retraite à nous qui sommes professeurs certifiés mais ne pouvons pas bénéficier d'heures supplémentaires payées et n'avons pas les mêmes primes que les autres professeurs et associés ? 
    • repsy, le 17/11/2020 à 17:03
      Ce que vous décrivez est aussi la situation des psy-EN EDO : pas d'heures sup payées, pas de primes, une indemnité de fonction qui correspond à une demi ISO et qui est enlevée en cas de remplacement (donc systématiquement en cas de congé maternité)...et d'autres points tout aussi aberrants. Ce n'est pas cette prime de 150€ (s'ils y ont bien droit) qui changera la donne. Une vrai revalorisation devrait commencer par corriger des inégalités de traitement et non pas en créer d'autres.
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