Une grève contre le mépris 

Des revendications, les enseignants en ont. Plein. Et pas les mêmes selon que l'on est dans le premier ou le second degré, en collège ou en lycée. Mais ce qui sort en premier du coeur des enseignants que nous avons rencontré, c'est qu'ils ne supportent plus le mépris ministériel. Ils nous parlent des derniers propos du ministre. Mais c'est un trop plein de 5 longues années qui déborde.  Les enseignants ne supportent plus JM Blanquer.

 

"Je ne supporte plus le manque de respect du ministre"

 

"La grève de demain sera l'expression pas seulement d'un ras le bol par rapport au protocole mais par rapport à la figure du ministre". Professeur d'histoire géographie dans une petite ville du sud du pays, Norbert (1) ne supporte plus que le terrain ne soit pas écouté et que le ministre affiche tout savoir mieux que les enseignants. "Cela crée une lassitude extrême". La réforme du lycée a aussi pesé dans sa décision. "Je ne vois pas comment les épreuves de spécialités pourront avoir lieu en mars", nous dit-il. Le 13 janvier il sera gréviste.

 

Louis enseigne le français dans une métropole régionale de l'est du pays. Lui aussi sera gréviste demain et sa femme, enseignante, le sera aussi. "Je ne supporte plus le mépris du ministre, son manque de respect ", nous dit-il. J'en ai assez des déclarations provocantes, comme "on ne fait pas grève contre un virus. Celle là c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase !" Autre goutte d'eau : le colloque contre le woke où le ministre assiste "alors que les professeurs sont dans la panade". Louis proteste aussi contre les conditions de travail du fait de la gestion de la crise sanitaire. "on ne peut plus travailler sérieusement en raison des absences des élèves. La situation est plus dégradée sur le plan pédagogique que pendant les deux confinements".

 

"On veut fêter le départ de Blanquer"

 

Noémie enseigne les sciences dans l'ouest du pays. Elle assumera son heure de cours jeudi car elle a besoin d'argent. Mais elle manifestera. "On veut fêter le départ de Blanquer", nous dit-elle. Ce qui motive sa participation à la manifestation c'est "le mépris tout au long de ces dernières années pour le corps enseignant. On n'a pas de ministre pour nous défendre. Il parle aux parents, jamais aux enseignants". Et puis il y a la réforme du lycée avec la destruction des groupes classe qui fait qu'en spécialité il n'y a plus d'esprit de groupe et que tout le travail quotidien est rendu plus compliqué.

 

Magali est professeure des écoles à Paris et elle fait grève comme 12 des 15 collègues de son école. "Ce qui ne va pas c'est le mépris que le ministre nous porte, avec par exemple un protocole qui change 3 fois en une semaine ou encore la formule "on ne fait pas grève contre un virus". Pour Magali, "le ministre ne s'intéresse pas aux professeurs".

 

Jean-Michel enseigne l'histoire géographie dans un lycée du nord de la France. Il est gréviste. "C'est  la cristallisation de choses qui ne vont pas. Comme les conditions de travail qui se sont dégradées, les effectifs pléthoriques, la course à l'évaluation en lycée, les épreuves intenables en spécialités". Un coup de pouce a été donné par l'arrivée de la dotation horaire globale pour l'année prochaine. "On perd encore des heures. Ras le bol !".

 

"Ce n'est pas la grève qui va les obliger à recruter des remplaçants"

 

Charlotte enseigne l'anglais dans un collège francilien. Elle ne fait pas grève parce qu'elle veut d'abord terminer son programme. "Il est plus important d'assumer mes cours", dit-elle. Autre professeur d'anglais, Georges n'est pas gréviste. "Je soutiens la grève", nous dit-il. "Mais sur le protocole je n'attends pas du ministre qu'il ait une solution à la crise. C'est à nous d'être flexibles. Ce qui est intolérable c'est la diminution des moyens. On a des collègues absents non remplacés. L'Etat dépense de moins en moins pour les services publics qu'il s'agisse de l'Ecole ou des hopitaux. Ce n'est pas la grève qui va changer cela et les obliger à recruter des remplaçants".

 

Que retenir de ces quelques cas ? La grève du 13 janvier devrait être majoritaire mais pourrait ne pas être un raz de marée. Ce qui la soutient ce n'est pas en priorité la gestion à la rentrée de la crise sanitaire. C'est le profond ressentiment des enseignants envers la façon dont le ministre dirige le ministère. Les enseignants ne se sentent ni écoutés, ni soutenus. Ils ont le sentiment de ne pas avoir de ministre pour les défendre dans l'opinion mais au contraire d'être confié à un politicien populiste courant après les voix.

 

François Jarraud

 

Les raisons d'une grève

 

(1) : Les noms et les lieux ont été changés à la demande des enseignants. C'est un des aspects du problème...

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 13 janvier 2022.

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