C2i2e, gageure ou galère ? 

 

 

Par Françoise Solliec

 

Que la maîtrise des TICE dans l’enseignement avec les élèves fasse partie des compétences professionnelles des nouveaux enseignants est incontestablement une bonne chose. Le développement des usages du numérique en classe est sans doute à ce prix. Mais la validation des items attestant de ces compétences ne s’apparente-t-elle pas pour certains plus à un parcours d’obstacles qu’à un parcours de formation ?

 

En instituant en 2005, le C2i2e, certificat informatique et internet de l’enseignement supérieur de niveau 2 « enseignant », partie intégrante du bagage professionnel des nouveaux enseignants, le ministère de l’éducation nationale entendait bien assurer que les futurs professeurs disposeraient des compétences professionnelles leur permettant d’utiliser sans problèmes les TICE en classe, avec leurs élèves. Mais, comme pour le B2i, le processus de certification s’est avéré long à mettre en place et sans doute bien plus complexe que prévu. Il est vrai que le contexte de dégradation de la formation initiale et continue et la disparition des IUFM ont fait peser sur les universités responsables de cette certification une lourde charge qu’elles assument en général assez difficilement.

A la rentrée 2012, les lauréats tant aux concours externes qu’internes d’enseignement doivent être titulaires du C2i2e (sauf dispense) pour être nommés professeurs titulaires.

 

Avec 28 items répartis sur 2 grands domaines, les compétences liées à l’exercice général du métier et les compétences nécessaires à l’intégration des TICE dans son enseignement, le certificat atteste que celui qui le détient sait par exemple « Utiliser des ressources en ligne ou des dispositifs de formation à distance pour sa formation » ou encore « Gérer des temps et des modalités de travail différenciés, en présentiel et/ou à distance pour prendre en compte la diversité des élèves ». Les compétences relatives aux items portant sur la responsabilité professionnelle comme « Prendre en compte les enjeux et respecter les règles concernant notamment : la recherche et les critères de contrôle de validité des informations ; la sécurité informatique ; le filtrage internet » paraissent souvent les plus difficiles à maîtriser.

 

Si les candidats en master 2 sont assez naturellement guidés dans leur université, tant dans la préparation de la certification que dans la validation proprement dite, leur simple nombre (plusieurs centaines ou plusieurs milliers) rend le processus difficile, d’autant que les items à valider sont souvent loin des problématiques ordinaires des enseignants du supérieur. La formation reste limitée ainsi que l’accompagnement offert. Que dire alors pour les candidats aux concours internes, dont le passé universitaire peut être déjà ancien ? Les rectorats mettent en place des mini formations et passent des conventions avec les universités pour la certification elle-même, mais les capacités d’accueil sont loin d’être toujours suffisantes et les candidats ont bien du mal à s’inscrire même à la certification.

 

Dans l’académie de Créteil, Michèle Monteil assure la « formation » (sur 6 heures) des presque 200 candidats aux concours internes du second degré. Sur ce temps très restreint, elle présente les items à valider et donne des repères et une méthodologie pour que les candidats puissent prendre en mains leur démarche. Il s’agit en effet pour eux, comme pour les élèves pour le B2i, de demander sur la plate-forme d’évaluation utilisée par l’université certificatrice Paris 12 (ici Emaeval) la validation des différents items composant le certificat, en joignant un fichier justificatif. Mais, si l’on s’en tient aux énoncés des items, cette validation suppose un degré de réflexion et de maturité de la pratique professionnelle qui ne sont souvent pas atteints dans ce public.

 

« Je leur présente les différents outils, TNI, baladeurs, ENT, tablettes, smartphones, en situation dans des séquences pédagogiques » explique Michèle Monteil. « Je leur indique, item par item, les ressources disponibles, telles les sites disciplinaires, et les endroits où trouver des réponses aux questions. Les compétences TICE ne suffisent pas, il faut montrer qu’on les inscrit dans une progression pédagogique, qu’elles confèrent une plus-value dans la situation décrite. Pour les CPE, il y a peu d’exemples ; je choisis celui de la formation des délégués élèves. ».

 

L’objectif de Michèle Monteil est celui de tout formateur : donner envie de continuer aux stagiaires et leur fournir des repères pour bâtir leur propre plan de formation, y compris après leur titularisation. « Les candidats sont loin d’avoir tous eu une expérience de TICE en classe et se sentent un peu perdus par rapport à ce qu’on leur demande. Je leur conseille de choisir un dispositif ou un outil qui leur plaît et de construire leur dossier à partir de ce choix. Je leur explique aussi combien l’entrée disciplinaire est importante et qu’il faut bien connaître les ressources : le Guide TICE pour le professeur de français est par exemple un outil très complet ». Outre ces compétences, les candidats doivent aussi montrer qu’ils maîtrisent l’organisation générale des TICE dans une académie. A cet égard, le site Eduscol donne beaucoup d’informations dans la rubrique entrée dans le métier. Mais il y aura encore beaucoup à faire avant que chaque enseignant puisse effectivement répondre au défi du C2i2e.

 

« Il faudrait pouvoir disposer de moyens pour un plan de formation cohérent » estime Michèle Monteil. « L’an dernier, une trentaine de formateurs de l’académie ont été engagés dans un processus de certification, mais c’est loin d’être suffisant. Et l’auto-formation et la formation à distance ne peuvent être efficaces que si les stagiaires ont déjà acquis une certaine autonomie, ce qui suppose un temps suffisant de formation présentielle en amont ». En attendant, les candidats confrontés à la nécessité de la certification trouvent leurs solutions personnelles pour répondre à ce qui est un peu mission impossible : se faire coacher par un collègue expérimenté, retrouver les questionnaires d’accompagnement fabriqués par les IUFM et broder sur les réponses, commenter des situations pédagogiques relevées sur Internet, etc. Espérons que la refonte attendue de la formation des nouveaux enseignants leur permettra d’aborder cette problématique avec une meilleure préparation.

 

 

Sur le site du Café
Par fsolliec , le mardi 19 juin 2012.

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