Publié par l’Académie des sciences, le petit ouvrage Les femmes (et les filles) en sciences rédigé par Marina Bellot, interroge les freins qui empêchent encore aujourd’hui les filles d’accéder pleinement aux carrières scientifiques. Entre « syndrome de l’imposteur » qui les illégitime, et « effet Matilda » qui invisibilise leur travail, les filles se découragent, freinées par les discriminations, rappelle Françoise Combes, présidente de l’Académie des sciences dans la préface de ce petit livre, efficace et simple à la fois, qui donne des clés à « toutes celles et ceux qui veulent agir pour l’égalité dans les sciences ».
Faire un état des lieux, identifier les freins et les obstacles
Dressons d’abord « l’état des lieux », propose l’ouvrage, qui rappelle que si des progrès ont été faits – aujourd’hui en France, comme dans de nombreux pays occidentaux, « les femmes représentent près de la moitié des étudiants dans les filières scientifiques et techniques » – on est encore loin du compte. La répartition genrée, en particulier, reste très inégale selon les disciplines scientifiques. Ainsi les femmes ne sont-elles que 30% « dans les domaines des sciences des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques ». Elles accèdent aussi à moins de postes de direction, sont moins bien payées, manquent de « reconnaissance dans leur domaine », et sont limitées dans leurs opportunités professionnelles.
« Pourtant, la science a besoin des femmes pour avancer », et leur contribution est essentielle, ne serait-ce que pour éviter le risque des biais de genre. Ainsi, menées par des équipes masculines, les études sur les maladies cardiaques par exemple ont-elles négligé les symptômes spécifiques aux femmes, sous-représentées de plus dans les essais cliniques. De tels biais conduisent à des « diagnostics erronés et à des traitements moins efficaces pour les femmes ». L’ouvrage rappelle « qu’aujourd’hui nous sommes sensibilisés à reconnaitre les symptômes d’une crise cardiaque masculine, au point de retarder le diagnostic et la prise en charge des femmes. »
Identifions ensuite les obstacles et les freins. Alors que leurs niveaux sont similaires à l’entrée en cours préparatoire, très vite les écarts se creusent entre filles et garçons. En cause, les stéréotypes de genre qui vont, « dès le plus jeunes âge, (…) influencer la perception des capacités » des unes et des autres. Considérés souvent comme plus « logiques », « plus adaptés aux rôles de meneurs », « incités à la compétition et valorisés comme forts en maths », et de surcroit, davantage accompagnés dans leur réussite – des études montrent en effet « qu’ils bénéficient d’un enseignement plus personnalisé et d’une plus grande part d’attention que les filles » – les garçons sont aidés à ne pas se censurer. Alors qu’à « niveau égal une fille se considérera comme moins douée qu’un garçon et elle renoncera à choisir une orientation scientifique même si elle est très bonne ».
Des pistes « pour construire une science plus inclusive »
Renouons tout d’abord avec l’Histoire des femmes. Sans modèles, sans figures féminines emblématiques, il est difficile de se projeter et de se sentir légitime. Or les contributions des femmes à la science sont « nombreuses », « et leur apport riche et varié », même s’il a souvent été minimisé, invisibilisé, et donc oublié. Il est par conséquent essentiel d’en reconnaitre l’importance, et de mettre à l’honneur des figures historiques scientifiques féminines. L’ouvrage propose plusieurs exemples de ces « scientifiques victimes de l’effet Matilda », de ces « pionnières inspirantes » que l’on pourra faire découvrir aux élèves, et dont l’on pourra afficher les portraits dans la classe, ou donner les noms à des salles.
Des actions sont aujourd’hui en cours, elles commencent à porter leurs fruits. Des politiques de parité, des programmes spécifiques se développent ; des réseaux et des associations encouragent les femmes à se lancer dans des carrières scientifiques, à percer le plafond de verre, à ne rien s’interdire. Mais il faut continuer à « poursuivre la sensibilisation à grande échelle », et à se battre pour faire évoluer les représentations, conclut l’ouvrage. Par exemple en accompagnant le projet « Les 40 sœurs d’Hypatie », du nom de la philosophe et mathématicienne d’Alexandrie, porté par l’association Femmes & Sciences qui « propose d’inscrire au deuxième étage de la tour Eiffel les noms de 40 femmes scientifiques éclipsées de la mémoire collective afin que soit rétabli un esprit des Lumières plus juste ».
Un ouvrage accessible et documenté, qui aidera chacun·e (élève, parent, enseignant·e…) à débusquer les mécanismes discriminants, dans la société comme à l’école, pour se saisir de la question de l’inclusion dans les sciences. On se prend à rêver d’un ouvrage qui viendrait compléter cette réflexion en s’intéressant, cette fois, à la place des hommes (et des garçons) dans des orientations traditionnellement genrées au féminin. Car en termes d’égalité, on ne sera vraiment efficace que si l’on travaille à améliorer, de conserve, les deux versants de la mixité.
Claire Berest
Femmes er sciences : Les 40 sœurs d’Hypathie.
« Filles et maths : l’équation impossible ? ». Article à retrouver sur le site du Café pédagogique.
