Primes, avancements de carrières et autres heures supplémentaires sont passé.es au peigne fin dans une étude de la DEPP. Au-delà des salaires moyens évoqués qui paraissent très élevés, on retiendra qu’un tiers des enseignant.es a perdu de l’argent en un an. Avec le gel du point d’indice généralisé et les maigres heures supplémentaires du 1er degré, les salaires n’augmentent pas sauf à opter pour le combo gagnant : pacte et HSA. « Les nouveaux enseignants ont un salaire moyen inférieur de 24.7% à celui que percevaient les enseignants partis ».
Il est important de rappeler que l’inflation des années 2022 a été de 5,2% et 2023 de 5,9%, les deux derniers dégels du point d’indice ont été de 3.5% en 2022 et de 1.5% en 2023 (INSEE).
De nombreux enseignant.es dénoncent « une publication facile et malhonnête »
En mêlant les différents statuts enseignants et intégrant diverses primes et indemnités, au demeurant inégalitaires, l’étude de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) aboutit à un salaire moyen qui en étonne plus d’un sur la toile. « Un enseignant titulaire qu’il soit à temps complet, partiel ou incomplet perçoit en moyenne 2920 euros nets par mois » affirme la DEPP en août 2025. La note porte sur les enseignants titulaires du public et assimilés titulaires du privé sous contrat, en France hors Mayotte, rémunérés en 2022 ou en 2023 par le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.
Christine s’en étonne « J’ai été 24 ans enseignante en lycée professionnel et 5 ans chef d’établissement. Je ne sais pas où ils ont trouvé ces chiffres largement surévalués ». De même pour Véronique qui dénonce une publication « facile et malhonnête… quand on travaille avec des moyennes, il faut le faire correctement et l’expliquer ! La profession vieillit sans renouvellement ça permet de faire croire qu’on est bien payé mais c’est plutôt très proche de la fin de carrière ».
La note met en lumière des écarts importants entre catégories d’enseignant.es. « Les 10% les mieux rémunérés gagnent plus de 5090 euros par mois, soit 1,5 fois plus que les 10% de professeurs des écoles les mieux rémunérés ».
Des écarts et inégalités entre PE, certifié.s et agrégé.es
Les experts de la DEPP expliquent une partie de l’écart par « la moins grande longévité du corps des professeurs des écoles en 1990 ». Ces ex-instituteurs sont proportionnellement moins nombreux en hors classe et classe exceptionnelle.
Un autre enseignant normalement concerné par ces bons salaires écrit : « Ce sont des moyennes mais effectivement c’est louche. Agrégée et maître de conférences à la fac depuis 20 ans, je suis loin de toucher les 3900 du professeur de chaire supérieure ou alors les heures supp des colles sont incluses dans cette somme qui désormais n’est plus représentative du salaire ».
« Le niveau de salaire des enseignants est majoritairement déterminé par le corps et le grade d’enseignement qui le positionne sur une grille de rémunération », rappelle la DEPP. Les professeurs des écoles qui représentent 47,6 % des effectifs ont un salaire net moyen de 2770 euros quand ils sont à temps complet et 1960 euros quand ils sont à temps partiel ou incomplet.
La publication stipule que le salaire net moyen des enseignants augmente de 5,3% en euros constants. Compte tenu de l’inflation, cette évolution devient positive à + 0,4% mais ne compense pas la perte de pouvoir d’achat de 1,4% en 2022. La note s’attarde aussi sur les enseignant.es qui ont quitté le métier soit temporairement soit définitivement comme un départ en retraite, ceux-ci gagnaient en moyenne 3020 euros par mois en 2022.
Davantage de primes pour le 2nd degré
Il est vrai que cette note qui a fait le tour des médias nationaux en ces jours de rentrée mêle prime, heures supplémentaires et autres rémunérations accessoires. La différence est très nette entre le 1er et 2nd degré. « Les primes et indemnités qui représentent en moyenne, en 2023, 13% du salaire brut d’un enseignant du 1er degré et 18% de celui d’un enseignant du second degré », indique la DEPP.
Les professeurs des écoles ont aussi moins d’heures supplémentaires, les femmes sont davantage en temps partiel et ont moins d’heures supplémentaires. D’ailleurs, la moitié de l’écart de salaire avec les certifiés, professeurs d’éducation physique et sportive ou les professeurs de lycée professionnel est dû aux primes et aux heures supplémentaires. Le nombre d’enseignant.es effectuant des HSA a bondi en 2023 depuis que les enseignants à temps partiels peuvent en réaliser. « 35% des enseignants à temps partiel ont des HSA en 2023 contre 22% en 2022 ». Un bon filon pour gonfler un petit peu le salaire ?
Dans le 1er degré, l’ISAE (indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves) versée en part fixe est passée de 1200 euros à 2550 euros bruts annuels il y a deux ans. Au 2nd degré, l’ISOE atteint aussi 2550 euros.
« Le dégel du point d’indice et les revalorisations indemnitaires ont soutenu la dynamique du salaire net ». Le dernier relèvement du point d’indice date du 1er juillet 2023 avec une hausse de 1,5 %. Ce dégel augmente de facto la rémunération des heures supplémentaires, des ISOE (indemnités de suivi et d’orientation des élèves), de l’indemnité de résidence et du SFT (supplément familial de traitement).
Le salaire des professeurs fait verser beaucoup d’encre et de larmes à défaut de faire sonner des espèces trébuchantes dans le portefeuille. Le salaire moyen reste inférieur de 1100 euros à celui des autres cadres de catégorie A et inférieur à celui des professeur.es dans l’OCDE. Et les conditions de travail sont également inférieures : effectifs d’élèves plus importants, manque de formation. La crise d’attractivité est-elle vraiment un mystère ?
Djéhanne Gani
Mélanie Drégoir, 2025, « L’évolution du salaire des enseignants titulaires et assimilés titulaires entre 2022 et 2023 », Note d’Information, n° 25-48, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-25-48
