De quels droits et devoirs parle-t-on ?
En 1989, le 20 novembre, journée mondiale des droits de l’enfant, l’ONU adoptait le premier traité international concernant les droits des enfants : la « Convention internationale des droits de l’Enfant » (CIDE). Déclinée en 56 articles, et juridiquement contraignante pour les 196 états qui l’ont ratifiée (dont les Etats Unis, pourtant signataires, ne font toujours pas partie), cette convention s’appuie sur quatre « Principes fondamentaux » : la non-discrimination ; l’intérêt supérieur de l’enfant ; le droit de vivre, survivre, se développer ; le respect des opinions de l’enfant. Principes déclinés à leur tour en « Droits fondamentaux » ayant vocation à protéger les enfants.
Aux yeux de cette convention, explique Edouard Durand à ses jeunes lecteurices, leurs droits et leurs besoins comptent, parce que chaque enfant, aussi petit soit-il, non seulement compte, mais compte autant qu’une grande personne, même si cela ne semble pas toujours aller de soi pour tout le monde. Alors, quels sont-ils, ces droits et ces besoins si souvent négligés par les adultes, eux qui semblent oublier, rappelle le juge Durand dans la présentation du livre, « cette expérience universelle d’avoir été des enfants » ?
Parce que « chacun est le visage de l’humanité », les enfants ont le droit à l’égalité, à l’identité, à vivre comme les autres, y compris s’ils sont en situation de handicap ; parce que ce sont des enfants, ils ont besoin de vivre en famille, d’aller à l’école et de s’amuser, d’être soignés quand ils sont malades, d’être protégés contre la violence, la guerre, l’exploitation et les atteintes à leur vie privée. Et quand bien même ce sont des enfants, ils ont le droit de s’exprimer et d’être entendus, y compris par la justice, parce que « le plus important de tout c’est qu’un enfant puisse vivre avec des adultes qui le rassurent et sur qui il peut s’appuyer pour grandir ».
Parler à hauteur d’enfant… c’est parler sérieusement
Ces droits, Edouard Durand les reprend, un par un, dans ce livre destiné en première intention aux enfants, pour les leur expliquer. Parce que connaitre ses droits est aussi un droit. Mais que pour les connaitre, il faut les comprendre. Or les mots des adultes ne sont pas toujours simples, il faut parfois les décrypter, comprendre à quelle situation ils renvoient, ce qu’ils impliquent, autorisent, interdisent. C’est là tout l’enjeu du dialogue que le juge entame avec les enfants à travers ce livre, aidé par les dessins de Mai Lan Chapiron, aussi là pour guider la compréhension, assurer des pauses souriantes, et inviter à la prise de parole, y compris contradictoire, les jeunes lecteurices.
Car c’est d’abord aux enfants que Tes droits et tes besoins comptent s’adresse. C’est à eux que le juge Durand parle, c’est avec eux qu’il dialogue. Mais parler vraiment à l’autre, cela demande d’établir de la confiance, il faut aussi dire qui l’on est, d’où l’on parle. Il faut accepter de se dévoiler. Alors le juge pour enfants se souvient qu’il a été un enfant, qui lui aussi faisait famille. Il n’hésite pas à évoquer son métier et à expliquer ce qu’est la justice. Et il n’hésite pas non plus à évoquer ses doutes et ses craintes : s’excusant d’être peut-être trop compliqué, craignant de ne pas « être capable », reformulant, cherchant le mot juste, à hauteur d’enfant.
Mais parler juste, à hauteur d’enfant, c’est parler avec sérieux. Car « les enfants sont des gens sérieux » rappelle le juge Durand ; ils savent bien plus de choses qu’on ne le croit, et « font comprendre beaucoup de choses », si on les écoute vraiment. Il ne s’agit pas de les tromper. Le monde tel qu’il est, ils le connaissent. Oui, « il y a des enfants qui n’ont pas une Maman ou un Papa qui le rassurent » ; oui, « il y a des enfants qui sont victimes de formes d’exploitation » ; oui ; « parfois parler de la violence, de la santé et des maladies, ça provoque de la tristesse ou de peur ». Mais de tout cela il est important de parler, ensemble. Alors « si un jour tes droits et tes besoins ne sont pas respectés, sache que tu n’es pas seul·e, que tu as le droit d’être aidé·e et protégé·e. Parles-en à un adulte en qui tu as confiance », conclut le livre.
Un livre d’engagement, qui nous oblige aussi, nous, adultes en nous rappelant avec force qu’avant d’être « les adultes de demain », « les enfants sont les enfants d’aujourd’hui ». Et que pour qu’ils deviennent ces adultes de demain, c’est aujourd’hui que nous devons les protéger…
Claire Berest
