Ceci est évidemment une infox et une boutade : une anticipation ? L’annonce par Emmanuel Macron le 25 novembre d’une possible interdiction des smartphones dans les lycées à la rentrée 2026 a reçu le soutien d’une partie de l’opinion et des médias : par adultisme ? par passéisme ? Elle a surtout provoqué l’ire des élèves, potentiellement privé·es d’un outil qui leur permet d’élargir leur champ de relation, de savoir, de création. Elle a agacé les directions d’établissement, qui rappellent que le plan « portable en pause » lancé au collège à la rentrée 2025 est déjà fort peu appliqué car fort peu applicable. Elle a exaspéré bien des spécialistes, qui comme Anne Cordier considèrent qu’en matière numérique l’interdiction est un « contresens éducatif et un projet politique dangereux ».
Invitons précisément le Président de la République à lire attentivement la lettre ouverte que vient de lui adresser la professeure d’université en Sciences de l’Information et de la Communication sur la question de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle y appelle Emmanuel Macron (et ses soutiens) à prendre en considération la complexité du problème, à ne pas « commander des études chargées, à l’instar de la commission écrans, d’exposer les risques » au lieu de les « interroger », à lire les études sur la jeunesse qui témoignent d’expériences de « territoires informationnels d’une incroyable richesse » (« 7 jeunes sur 10 s’informent sur l’actualité et 53% privilégient les réseaux sociaux pour le faire. Ils suivent Hugo Décrypte (2,6 millions d’abonnés sur YouTube, 5,7 millions sur TikTok), les fils d’actualité de la presse quotidienne régionale, découvrent des créateurs de contenus spécialisés dans la sexualité, la santé, la géopolitique ou la physique. »), à favoriser l’accompagnement par le monde adulte (« Eduquer, educere, c’est « conduire hors de »…. l’ignorance, la dépendance, l’isolement. »), à réguler plutôt que soutenir les entreprises fondées sur la captation de l’attention…
Pour que les choses soient claires, pour nous aider tous et toutes à dépasser la panique morale, voici les derniers mots, essentiels, d’Anne Cordier à Emmanuel Macron :
« Monsieur le président, nous sommes à la croisée des chemins : voulons-nous éduquer ou interdire ? Emanciper ou contraindre ? Faire confiance ou soupçonner ? (…) J’espère que vous entendrez derrière mes mots la voix de celles et ceux que j’écoute sur le terrain depuis vingt ans. : éducateurs, parents, médiateurs. Tous ces artisans de la République qui, jour après jour, accompagnent les enfants et les adolescents à devenir des sujets pensants, responsables et libres. (…) Monsieur le président, il faut que je vous dise, ma décision est prise. Je m’en vais non pas déserter, mais résister. Résister avec les plus belles et prometteuses armes qui soient : l’éducation, la confiance, la science sociale. »
Jean-Michel Le Baut
Faut-il interdire les réseaux sociaux aux jeunes ? Grégoire Borst, Anne Cordier, Nadia Daam (sous la direction de Serge Tisseron), Ubsek & Rika, Robert Laffont, octobre 2025
Sur le site de la maison d’édition
Anne Cordier dans le Café pédagogique
Dans le Café pédagogique : un projet pédagogique sur les smartphones et les jeunes
Dans Le Monde : l’annonce d’Emmanuel Macron

Ceci est évidemment une infox et une boutade : une anticipation ? L’annonce par Emmanuel Macron le 25 novembre d’une possible interdiction des smartphones dans les lycées à la rentrée 2026 a reçu le soutien d’une partie de l’opinion et des médias : par adultisme ? par passéisme ? Elle a surtout provoqué l’ire des élèves, potentiellement privé·es d’un outil qui leur permet d’élargir leur champ de relation, de savoir, de création. Elle a agacé les directions d’établissement, qui rappellent que le plan « portable en pause » lancé au collège à la rentrée 2025 est déjà fort peu appliqué car fort peu applicable. Elle a exaspéré bien des spécialistes, qui comme Anne Cordier considèrent qu’en matière numérique l’interdiction est un « contresens éducatif et un projet politique dangereux ».