À l’heure où les intelligences artificielles produisent des images d’un réalisme saisissant et où les réseaux sociaux diffusent en masse des contenus difficiles à vérifier, comment développer chez les élèves un regard critique leur permettant de distinguer le vrai du faux et de comprendre les mécanismes de construction des images et des récits ?
Dans le cadre d’un enseignement de pratique interdisciplinaire (EPI), les élèves de quatrième se sont glissés dans la peau d’experts en police scientifique. Leur mission ? Dresser le portrait-robot d’un suspect imaginaire.
Ce projet s’inscrit pleinement dans les objectifs des programmes du cycle 4, à la croisée des arts plastiques et du français.
En arts plastiques, les élèves ont exploré le portrait sous l’angle de l’interprétation et de la construction visuelle, en travaillant sur l’expression, la stylisation et la ressemblance. Ils ont notamment comparé les proportions du visage dans des dessins volontairement irréalistes et dans des illustrations issues de la bande dessinée ou du manga. Cette démarche leur a permis d’aiguiser leur regard, de mesurer l’écart entre la réalité et la fiction, et d’amorcer une réflexion sur la manière dont les images se construisent et nous influencent.
En menant cette enquête graphique et en élaborant progressivement le visage d’un suspect imaginaire, les élèves ont commencé à identifier les règles de proportion nécessaires pour donner une illusion de réalisme. Ce travail s’inscrit dans les attendus du programme autour de la représentation et de la narration par l’image, tout en ouvrant sur une éducation critique aux images, y compris celles générées par intelligence artificielle et diffusées sur les réseaux sociaux.
En français, le projet s’est poursuivi par un travail sur la description précise et évocatrice. À partir de leur dessin réalisé en arts plastiques, les élèves ont rédigé un portrait détaillé en mobilisant un vocabulaire riche et varié. Cet exercice a consolidé leurs compétences en expression écrite, notamment dans l’axe « Dire, lire, écrire » du programme, en les amenant à articuler texte et image. Ils ont ensuite élaboré un prompt suffisamment précis pour générer, grâce à une intelligence artificielle, une photographie réaliste de leur faux suspect, ce qui leur a permis de comparer le dessin initial, la description rédigée et l’image produite par l’IA.
Semaine de la presse et des médias à l’école
Dans le cadre de la Semaine de la presse et des médias à l’école, les élèves ont poursuivi ce projet en réalisant, avec leurs professeures de français et d’arts plastiques, des couvertures de revues criminelles où figuraient leurs portraits-robots (graphique et/ou photo par IA). En lien avec le thème de cette année, « Où est l’info ? », ces productions proposaient de fausses informations, interrogeant la construction médiatique des faits et la frontière entre réalité et fiction. Ce volet du projet s’inscrit pleinement dans l’éducation aux médias et à l’information (EMI), en encourageant un regard critique sur les représentations médiatiques.
Entre enquête artistique, exploration du langage et questionnement sur l’information, l’exposition que nous avons présentée à l’issue de la Semaine de la presse et des médias à l’école était une invitation à brouiller les pistes et à démêler le vrai du faux…
Fanelly Mourain-Diop et Ève Capel
