Des constats
L’ouvrage est organisé en « dix chapitres pensés comme autant de droits fondamentaux » : le droit de se construire au-delà des codes, de jouer librement, d’être entendu·es et valorisé·es, de faire famille autrement, ou encore d’évoluer dans la non-violence, de vieillir dignement, de faire société… L’ensemble permet ainsi de radiographier l’ensemble des inégalités, en particulier de genre, qui « traversent notre vie », de l’enfance au grand âge, de l’école à la rue, de la sphère familiale et privée, à la sphère professionnelle et publique.
Des analyses
Chaque chapitre se décline lui-même en trois ou quatre questions, traitées en quelques pages. Les propos sont éclairants et toujours accessibles, les analyses nourries de nombreux ouvrages et études de référence et illustrées d’exemples et données précises : verbatims extraits du terrain, observations menées lors d’ateliers….
Toutes les questions (une quarantaine au total) sont introduites par la formule « Et si … ? » : « Et si le sexe biologique n’était plus une donnée sociale essentielle ? », « Et si tous les enfants bénéficiaient d’une éducation à la vie affective et sexuelle digne de ce nom ? », « Et si on n’encourageait plus la violence chez les garçons ? »… Comme autant d’invitations à questionner l’égalité F/G, à faire un pas de coté, à penser un autre monde. Car un autre monde est possible.
Le chapitre « Le droit de se construire au delà des codes », invite par exemple à explorer les représentations féminines et masculines dans la culture jeunesse, le rôle des jouets dans la construction d’une socialisation genrée, ou encore le bienfondé des toilettes et vestiaires genré·es. Le chapitre « Le droit au mouvement et à l’épanouissement des corps » est l’occasion d’évoquer comment on nuit au développement de la motricité des filles en réservant « les vêtements fonctionnels et résistants » seulement aux garçons. Le chapitre « Le droit à une (a)sexualité libre et éclairée » plaide pour une représentation « des corps vrais » et pour que chaque enfant ait accès à « une éducation à la vie affective et sexuelle digne de ce nom »…
Des propositions
Chaque question se termine par une « liste de pistes d’actions », introduite cette fois par la question « Mais alors que pouvons-nous faire ? », car « il est essentiel que nous puissions toutes et tous nous emparer de ces enjeux, y répondre à notre mesure, de là où nous sommes » explique Edith Maruéjouls. Ces pistes concernent aussi bien l’échelle individuelle que l’échelle collective et professionnelle. A chacun·e de s’en emparer.
Le monde de l’éducation y est bien sûr sollicité. Quelques exemples d’actions concrètes, parmi d’autres, à mettre en œuvre : « transmettre un regard critique aux enfants sur les œuvres existantes, en commentant les livres qu’on leur lit, en débriefant ensemble sur les films que l’on voit, en réécrivant avec elleux la fin d’une histoire, etc. » et s’appuyer par exemple « pour ces échanges » sur le livre * Croire aux fées mais pas aux clichés. Ou encore : « intégrer la déconstruction des stéréotypes de genre à l’échelle des structures éducatives en partant du jouet comme base de discussion » ; « prioriser les jeux qui favorisent la collaboration et l’entraide » ; « encourager le port de vêtements et accessoires fonctionnels dans l’école pour permettre à chacun·e le mouvement des corps » ; « se poser le bonnes questions sur le paragraphe sur les tenues vestimentaires dans les règlements intérieurs, interroger l’utilité du texte, les buts poursuivis, l’application et la définition des sanctions » …
De nombreuses suggestions, réalistes et pragmatiques, « à picorer » au fil de la lecture, et à explorer pour « améliorer le vivre-ensemble », et rendre plus égalitaire la société.
Claire Berest
