Des chiffres de plus en plus inquiétants
Le manque de professeurs continue de s’aggraver dans les collèges et lycées français. Selon l’enquête annuelle du SNPDEN-UNSA, présentée lors d’une conférence de presse le 26 mai 2026, 41 % des établissements signalent l’absence d’au moins un enseignant non remplacé. Dans 58 % des cas, les chefs d’établissement déclarent manquer entre deux et cinq enseignants. Et dans 2 % des établissements, entre cinq et neuf professeurs sont absents ou non remplacés.
12% des établissements déclarent avoir un poste non pourvu
Le syndicat soulignent qu’en mai 2026, 12 % des établissements déclarent avoir au moins un poste vacant non pourvu.
« Ce n’est pas rassurant du tout », reconnait Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN-UNSA. Les absences concernent principalement des remplacements de longue durée, au-delà des 15 jours : congés maladie, départs à la retraite non anticipés, arrêts prolongés ou postes restés vacants plusieurs semaines. « Il faut qu’on soit à la hauteur sur les remplacements longs », insiste le syndicat, qui estime que la situation s’est dégradée de manière continue depuis deux ans.
« Tout s’est dégradé, sauf pour les personnels administratifs », résume le syndicat. Le constat dressé par le SNPDEN-UNSA est sévère. Par rapport à l’enquête menée l’an dernier, les difficultés de remplacement augmentent dans presque toutes les catégories de personnels, enseignants, vie scolaire, AESH, agents techniques.
Cette dégradation intervient pourtant après plusieurs années de pression politique autour de la continuité pédagogique et malgré les dispositifs comme le pacte enseignant, censés améliorer les remplacements. D’ailleurs, le syndicat relève que le ministère concentre désormais moins son attention sur les absences de courte durée.
« Le ministère nous titille moins sur les remplacements de courte durée », expliquent les représentants syndicaux, notamment parce que les moyens financiers consacrés au pacte sont plus limités. Le cœur du problème étant les absences longues, beaucoup plus difficiles à couvrir faute de vivier suffisant.
Dans près d’un établissement sur deux, les personnels de direction disent faire face à des difficultés importantes liées aux remplacements. Et les conséquences dépassent largement les seuls cours non assurés. Selon l’enquête, 76 % des chefs d’établissement déclarent avoir dû compenser eux-mêmes, partiellement ou totalement, l’absence d’un personnel non remplacé. Un personnel de direction peut remplacer un CPE à la grille, réorganiser les emplois du temps, gérer des tâches administratives supplémentaires ou redistribuer les missions entre équipes déjà fragilisées. Le SNPDEN estime que, dans une majorité d’établissements, « le fonctionnement est dégradé », au-delà même de l’absence des enseignants.
Les difficultés de remplacement concernent également les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Le syndicat considère que l’école inclusive est aujourd’hui « au bout d’un système ». Un constat partagé. Les expérimentations des pôles d’appui à la scolarité (PAS) « ne donnent pas forcément satisfaction », « il reste beaucoup à faire » sur ces questions.
Côté agents relevant des collectivités territoriales, c’est le même constat avec près d’un établissement sur deux qui signale des problèmes de remplacement. Le syndicat pointe une incapacité croissante, à la fois de l’État et des collectivités, à assurer la continuité du service public. « L’État n’est pas capable d’assurer les remplacements dans beaucoup de cas. Les collectivités non plus », résument les représentants des chefs d’établissement.
Peu d’établissements au complet
Le SNPDEN souligne enfin que le vivier de remplaçants du ministère est de plus en plus mobilisé pour couvrir les temps partiels thérapeutiques, ce qui réduit encore les capacités de remplacement. Le syndicat anticipe également une augmentation des besoins avec la hausse des congés longs, notamment après naissance.
Selon cette enquête, peu d’établissements fonctionneraient aujourd’hui avec des équipes réellement complètes.
Le SNPDEN reconnaît le risque d’alimenter une image dégradée du service public d’éducation, mais assume cette alerte : « Nous sommes obligés de dire la vérité des prix », expliquent les représentants syndicaux, qui souhaitent « dire concrètement ce qu’il se passe dans la réalité ».
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique :
La crise du remplacement des enseignant.es s’accentue depuis 2018 (rapport du Sénat)
Absences non remplacées : près d’une heure de cours sur dix manque à l’appel
Explosion des mi-temps thérapeutiques : un symptôme de plus de la crise de l’Éducation nationale
