Réfléchir au processus de la construction mémorielle par ses acteurs
Le premier sujet de dissertation proposait aux candidats de s’interroger sur « Les acteurs de la construction des mémoires ». Le pluriel du sujet amenait déjà à plusieurs remarques : la mémoire historique n’est pas un fait singulier ; elle est nécessairement partagée socialement, ce qui amenait sur le plan notionnel à distinguer la mémoire individuelle de la mémoire collective. De là, les candidats devaient aborder la place des connaissances historiques dans le processus mémoriel et en évoquer les principaux acteurs : historiennes et historiens, États, sociétés civiles.
Le pluriel de « mémoires » invitait ensuite à s’interroger sur les concurrences générées par cette diversité d’acteurs, aux objectifs tantôt communs, tantôt divergents, ce qui peut susciter débats, tensions voire conflits mémoriels. Dans le développement, la notion de devoir de mémoire, mais aussi de révisionnisme devaient être mobilisées par les candidats afin de souligner les implications concrètes induites par les liens entretenus par les acteurs.
Pour Mathieu Gidrol, professeur d’HGGSP, « le piège aurait été de partir dans un long développement des faits (effet « catalogue »), au point d’en oublier les acteurs, leurs intérêts propres et la manière dont ils construisent ou aspirent à construire la mémoire ». Impossible en effet de traiter le sujet sans l’aborder, au-delà des faits, sous l’angle des histoires personnelles, du poids des représentations, ou encore des enjeux politiques. À ce titre, le jalon « Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie » devait évidemment être mobilisé avec toute la richesse que les enseignants avaient su lui conférer tout au long de l’année scolaire.
Des évolutions des formes de la guerre depuis le XVIIIe siècle… mais aussi des permanences
Le second sujet, plus simple peut-être en apparence, contenait aussi une part de subtilité qui pouvait se révéler piégeuse si l’on se contentait uniquement de l’analyser au prisme des changements. Certes, ces derniers furent nombreux et la « guerre réelle » du XVIIIe siècle se distingue largement de la notion de « guerre totale » que la Première Guerre mondiale a résolument introduite et, plus tard encore, des « guerres irrégulières » qui caractérisent le terrorisme islamiste au tournant du XXIe siècle. Néanmoins, comme le souligne Mathieu Gidrol, « les candidats les plus attentifs auront veillé à nuancer cette vision téléologique d’une guerre en évolution continue en soulevant les permanences observables tout au long de la période abordée ».
Un plan chrono-thématique était ici envisageable, reprenant dans un premier temps le concept de « guerre réelle » théorisé par Clausewitz, dont la guerre de Sept Ans (1756-1763) offre une illustration précoce. Conflit interétatique, il est cependant original de par son ampleur mondiale et invitait à souligner, comme le rappelle Mathieu Gidrol, que des formes de guerre atypique, comme la guérilla, ont coexisté avec les batailles rangées, notamment par les Français en Amérique.
Un deuxième temps pouvait permettre au candidat d’aborder la période charnière de la Révolution française et de l’Empire avec l’émergence de la notion de « Nation en armes », constitutive du régime républicain de l’an II. La dimension idéologique introduite par la Révolution est reprise à son compte par Napoléon Bonaparte, qui la réoriente au service d’une ambition expansionniste portée par sa « Grande Armée ». Les guerres napoléoniennes recèlent de nouveau de nombreuses similarités avec des situations plutôt perçues comme récentes, comme la guérilla ou les crimes de guerre, en Espagne notamment.
Un dernier temps pouvait donner au candidat l’occasion d’ouvrir sur les conflits mondiaux du XXe siècle, leur dimension « totale » (Ludendorff) et « globale » (Jay Winter), doublée d’une dimension idéologique et raciale dans le cas de la Seconde Guerre mondiale. Cette nouvelle dimension de la guerre permettait d’ouvrir sur la guerre froide et l’irruption du facteur nucléaire dans les relations interétatiques, en même temps que l’émergence au Moyen-Orient de l’islamisme renouvelait le problème de la guerre irrégulière.
Les candidats les plus adroits auront su, dans cette dernière partie ou en ouverture de leur conclusion, au-delà des guerres contre le terrorisme, évoquer les conflits les plus récents qui mobilisent pleinement cette logique asymétrique, en Ukraine ou au Liban.
L’environnement à l’aune des ambitions étasuniennes
L’ECD proposée aux candidats revenait sur la question climatique abordée sous l’angle de la « protection » et de l’« exploitation » de l’environnement. Le document 1, un extrait de la préface du président Lyndon B. Johnson à un rapport d’experts au sujet de la pollution, mettait clairement en évidence le rôle du politique dans la promotion du combat en faveur de l’environnement. Le document 2, un graphique en courbe, montrait quant à lui l’évolution des émissions de dioxyde de carbone en tonnes par habitant depuis 1800 jusqu’à 2023. Un rappel explicatif précisait aux candidats les principaux processus industriels impliqués dans ces émissions.
Le sujet invitait à mettre en tension les échelles que les candidats avaient abordées durant l’année au travers de l’objet de travail conclusif sur « Les États-Unis et la question environnementale ». D’une part, à l’échelle nationale, en rappelant l’intérêt précoce de l’État fédéral pour la protection de l’environnement. Un intérêt évidemment en contradiction avec le modèle de développement capitaliste du pays, largement fondé sur l’exploitation massive des ressources fossiles. D’autre part, à l’échelle mondiale, lorsque l’augmentation des émissions de CO2 aux XIXe et XXe siècles a commencé à entraîner des conséquences néfastes à l’échelle du globe. La mise en relation des deux documents n’était pas forcément complexe, bien que la lecture du graphique exigeât des candidats une certaine maîtrise méthodologique.
Les candidats les plus adroits seront parvenus à dépasser la seule approche étatique en évoquant notamment les rôles de plus en plus prégnants, à partir des années 1950, des ONG, de la société civile et des organisations supranationales dans le débat public, en soutien ou en contrepoint du gouvernement. Ils auront aussi pu souligner les nombreux obstacles à l’accomplissement des objectifs fixés depuis la fin du XXe siècle, notamment les liens toujours étroits entre le secteur privé (firmes transnationales en tête) et les décideurs politiques, ainsi que l’affirmation du climatoscepticisme.
Corentin Huneau, avec la collaboration de Mathieu Gidrol, professeur d’histoire-géographie et d’HGGSP au lycée Léonard de Vinci de Melun
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