Avec Terra Nova, le contrôle étatique sur le numérique éducatif ?  

Donner à l'Etat les moyens de controler les outils numériques de l'Ecole, c'est ce que propose une nouvelle note de Terra Nova, un think tank proche de la majorité présidentielle. Le jour même où la ministre annonce "une charte de confiance" protectrice pour les données éducatives et les entreprises françaises, la note invite l'Etat à "reprendre la main" en assurant par la contrainte la main mise étatique sur les contenus éducatifs.

 

Co signée par un ancien conseiller de Vincent Peillon, Daniel Agacinski, un consultant , Serge Pouts Lajus et deux contributeurs anonymes mais peut-être proches de la rue de Grenelle et des entreprises françaises qui lui sont associés, la note de Terra nova dénonce le gouvernement du numérique éducatif par des entreprises privées.

 

" Le recours au privé n’est pas, en lui-même, choquant – de fait, quand un conseil départemental fait construire un collège, les maçons ne sont pas des fonctionnaires de l’Education nationale. Ce qui nous préoccupe ici, c’est que les outils du secteur privé reposent sur des algorithmes auxquels n’ont accès ni les citoyens, ni les politiques, ni même les ingénieurs de l’administration. L’idée est donc que la transformation numérique de l’éducation, qui entraîne l’automatisation de certaines fonctions, concernant aussi bien la relation maître-élève, la pédagogie, que l’organisation du système éducatif à chacun de ses échelons, ne peut pas être vue uniquement comme l’outil d’une plus grande efficacité, mais doit aussi être analysée comme une source potentielle de perte de maîtrise de la part ceux que l’on considère habituellement comme responsables", explique la note.  

 

Il s'agit donc de restaurer le contrôle étatique sur tout ce qui pourrait l'entraver comme l'adaptative learning, les logiciels comme APB ou Affelnet. Comme le dit la note, il faut "reprendre la main".

 

La note invite à " instaurer un environnement juridique permettant à la puissance publique de mieux piloter les usages du numérique dont les conséquences sont systémiques – par exemple par la définition de cahiers des charges contraignants. Cela suppose de soumettre les algorithmes utilisés aujourd’hui à des enquêtes permettant d’évaluer l’ensemble de leurs impacts sur le système éducatif".

 

Ces idées ne sont pas nouvelles. Elles ont déja été portées en 2013 au sein du ministère de l'éducation nationale par un rapport des inspection Education nationale et Finances sur la structuration du marché du numérique éducatif.

 

La Note n'invite pas à un controle citoyen sur le numérique éducatif pour protéger les libertés des citoyens. Elle poursuit deux buts bien différents. Elle veut renforcer le controle bureaucratique sur l'édition numérique éducative. Elle vise aussi à protéger le nouveau marché en édictant une réglementation accessible aux seuls acteurs validés par la  technostructure ministérielle dans une démarche qui vise aussi à protéger des entreprises qui en sont proches. Autrement dit cette Note interroge aussi fortement nos libertés que les risques d'exploitation des données qu'elle dénonce.

 

François Jarraud

 

La note

Le rapport de 2013

 

 

Par fjarraud , le vendredi 11 mars 2016.

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