La mixité sociale, une urgence pour l'Ecole 

"Introduire une plus grande mixité scolaire au sein d’un établissement et d’une série donnés pourrait avoir un effet bénéfique pour la majorité des élèves". L'affirmation lancée par Béatrice Boutchenik et Sophie Maillard (Insee), dans la revue ministérielle Education &formations (n°100), est solidement étayée. Basée sur le suivi de 7 cohortes présentées au bac entre 2010 et 2016 (près de 3 millions d'élèves), elle interroge fortement l'institution. En effet, la majorité des lycées organise encore des classes de niveau. Et le ministère semble avoir abandonné les projets de mixité sociale dans l'éducation lancés par le précédent gouvernement.

 

Une étude portant sur 3 millions d'élèves de terminale

 

 "Dans quelle mesure la réussite d’un élève dépend-elle des camarades côtoyés durant sa scolarité ? Peut-on améliorer le niveau général des élèves en composant les classes différemment ? Et si oui, quelle composition d’élèves dans la classe bénéficie aux élèves de différents niveaux initiaux ?" Béatrice Boutchenik et Sophie Maillard partent de ces questions pour une étude tout à fait neuve sur l'effet des pairs au lycée.

 

Elle étudient l'effet du niveau scolaire des pairs cotoyés en classe de terminale sur les résultats au bac. Et pour cela elles s'appuient sur les données relatives à 7 cohortes d'élèves des séries générales et technologiques qui se sont présentés au bac entre 2010 et 2016 soit 2 784 409 jeunes. De cette masse elles extraient ceux qui ne se trouvent pas dans des classes de niveau. Il n'en reste que 1 200 000, la majorité des lycées, surtout les plus favorisés, ayant encore recours à des classes de niveau. L'échantillon retenu compte moins d'élèves favorisés et de série S (respectivement 29 et 26% contre 33 et 36% au départ) et davantage de séries technologiques que l'échantillon de départ.

 

Les classes de niveau ont des effets négatifs

 

Un des résultats les plus intéressants c'est de montrer que les classes de niveau ont un effet négatif et particulièrement pour les élèves qui y sont le plus souvent affectés, c'est à dire les plus forts scolairement. " L’effet sur la réussite d’appartenir à une classe comptant une proportion importante d’élèves de niveau élevé (types 6, 7 et 8) dépend du niveau scolaire initial de l’élève. Si l’appartenance à une classe de ce type est bénéfique pour les élèves des trois premiers quartiles, elle est en revanche défavorable aux meilleurs élèves, relativement à une classe équi-répartie. L’effet pour les élèves du dernier quartile est d’autant plus négatif que la proportion d’élèves de leur propre type augmente, et que les pairs les plus faibles deviennent rares", écrivent-elles.

 

La mixité sociale bénéficie à tous y compris aux plus favorisés

 

A l'inverse, "l’impact de l’équi-répartition des élèves est en moyenne positif pour les élèves des deux premiers quartiles (+ 0,056 percentile pour le Q1 et + 0,018 pour le Q2), et pour ceux du dernier quartile des notes au DNB (+ 0,155). L’effet positif pour les élèves des deux premiers quartiles traduit le fait que, pour une majorité d’entre eux, cette réallocation les conduirait à se trouver plus souvent dans des classes à plus forte proportion de bons élèves, ce qui leur est bénéfique. Pour les élèves du dernier quartile, au contraire, l’harmonisation de la composition des classes conduit à s’éloigner des types de classes à forte concentration de bons élèves pour aller vers plus de mixité scolaire, ce qui leur est également bénéfique". Seuls les élèves du troisième quartile (assez bons) sont pénalisés.

 

" Appartenir à une classe contenant une forte proportion de bons élèves n’apparaît pas avoir d’effets bénéfiques pour tous les élèves, et l’effet en serait même pénalisant pour les élèves les plus performants initialement. Ce résultat, qui peut traduire un effet négatif de l’exposition à la compétition, est important en ce qui concerne les choix scolaires effectués par les familles", notent Béatrice Boutchenik et Sophie Maillard.

 

" Le fait que les très bons élèves puissent être pénalisés par une trop grande exposition à des pairs performants remet également en cause le bien-fondé des classes de niveau. Il semble qu’en moyenne, introduire une plus grande mixité scolaire au sein d’un établissement et d’une série donnés pourrait avoir un effet bénéfique pour la majorité des élèves".

 

Un effet maximum au collège

 

Elles notent cependant qu'une politique de mixité sociale a des effets limités une fois arrivé en lycée général ou technologique. Le tri social a déjà été largement fait par l'orientation en lycée professionnel ou par élimination des élèves les plus défavorisés et les plus faibles scolairement.

 

" Il serait ainsi difficile, à ce niveau, d’envisager des politiques de mixité scolaire de grande ampleur. Cette observation plaide pour des politiques de mixité scolaire en amont du lycée", concluent-elles. Autrement dit au collège.

 

C'est justement à ce niveau que des projets ont été lancés avant  2017 par N. Vallaud-Belkacem. Les 22 projets, lancés avec les collectivités territoriales, utilisent différentes méthodes pour renforcer la mixité. Les plus emblématiques sont à Paris et Toulouse où ces collectivités sont très investies.

 

Blanquer indifférent à la mixité sociale

 

L'Etat, lui, depuis l'arrivée de JM Blanquer s'est désinvesti. Il n'y a plus de pilotage national de cette politique et plus de réunions au ministère, comme l'a montré un colloque organisé par la mairie de Paris en mai 2019. Plus récemment, le sociologue Choukri Ben Ayed stigmatisait l'attitude de l'Etat qui dénonce le communautarisme mais ne fait rien pour l'endiguer. En ce qui concerne la mixité sociale dans les collèges , " il y a indifférence à l’égard de ce sujet. Le ministère a d’autres préoccupations", nous disait-il en décembre 2019.

 

L'étude à grande échelle de Béatrice Boutchenik et Sophie Maillard montre pourtant que veiller à instaurer davantage de mixité sociale au collège c'est l'intérêt des défavorisés mais aussi des plus favorisés.

 

F Jarraud

 

Education & formations n°100

Blanquer indifférent à la mixité sociale

Mixité sociale : des projets dans l'indifférence ministérielle

Conférence du Cnesco

Etat des lieux en 2016

Des exemples en 2016

Ouvrage de C Ben Ayed

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 07 janvier 2020.

Commentaires

  • Viviane Micaud, le 07/01/2020 à 16:16
    Dès que j'ai le temps, je vous trouverai les biais méthodologiques de cette étude, très touffue. La réalité est la suivante. Pour les élèves qui aient tous le minimum vital pour suivre (lecture automatique avec construction, expression d'un niveau minimale pour ne pas être décourager), les biais restants sont psychologiques (découragement car largué, obligé de transgresser pour être bon élève ou non, intérêt de jouer au meilleur entre les bons élèves, etc...). Il y a zéro lien de cause à effet direct avec la mixité en niveau scolaire. La mixité dans les origines sociales permet  à  ceux qui n'ont pas de capital de profiter des informations de ceux qui en ont. Cependant, quand elle est imposée les effets secondaires nuisibles sont plus importants que les bienfaits.

    Donc, pour moi, la conclusion est fausse, car les auteurs ne savent pas prendre en compte les moyens de compenser les biais. 

    Les classes hétérogènes sont possibles jusqu'à 15 ans avec 22 écoles par classes. Au niveau du lycée avec des classes de 30 à 35 élèves, hétérogénéité ne peut être que relative. Je vous rappelle que le lycée général ne comprend que les 40% des élèves qui n'ont pas été éliminés à cause du manque de compétence en expression écrite. Tant qu'on niera cela, il sera impossible d'améliorer l'école.
    Par ailleurs, après 15 ans il faut une diversité des parcours à cause des étapes de la maturité des jeunes de l'espèce humaine. Tant qu'on niera cela, il sera impossible d'améliorer l'école.
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