FEI16 : Pédagogie inversée et plaisir d’apprendre 

Placer l'élève au cœur de l'action est une réalité pour Valérie Rambaud, professeure de SVT au lycée Claude de France de Romorantin (41). Elle souhaite donner le plaisir d'apprendre, de chasser l'ennui et de remotiver certains élèves de terminale S. Sa technique : utiliser la mémoire sous toutes ses formes pour apprendre à apprendre. Les lycéens créent entre-autres une bande-dessinée collaborative en immunologie, un scénario d’un film sur la méiose et des exercices. Pour quelle réussite ? Qu'en retirent les élèves ? Rencontre avec Valérie Rambaud présente au forum des enseignants innovants 2016

 

Pouvez-vous expliquer en quelques lignes votre projet ?

 

Mon projet est une pédagogie inversée menée en terminale S en SVT. En travaillant sur toutes les formes de mémoire : visuelle, auditive, kinesthésique avec des supports et des activités variées et en développant la collaboration entre les élèves de manière à leur redonner la confiance et l'envie d'apprendre : la mémorisation des notions est facilitée.

 

Dans quel contexte avez-vous élaboré votre projet ?

 

J’ai commencé il y a 5 ans avec une classe particulièrement bavarde : 2h de cours de 16h à 18h le vendredi soir. Il faut trouver une solution pour ne pas crier et être aphone tous les week-ends. Après 3 semaines mouvementées, une séance consacrée à écouter leur point de vue, qui se résumait à « on veut être actif ». J'ai commencé par leur distribuer le cours en amont et en classe j'expliquais les notions et on prenait plus de temps pour les exercices.

 

Puis d'année en année, j'ai augmenté la part d'autonomie des élèves dans leur apprentissage. Jusqu'à ne faire qu'un cours d'une dizaine de minutes face à des élèves qui ont les yeux fermés afin de réactiver leur mémoire. Le reste du temps de cours est occupé par des travaux collaboratifs entre les élèves. Depuis l'année dernière, je demande à mes élèves d'être prescripteurs des ressources qui manquent à leur compréhension, ainsi cela me permet de voir sur quel point ils peuvent bloquer et essayer de faciliter leur compréhension.

 

Que font les élèves au cours des séances ?

 

Mes lycéens font des exercices collaboratifs, toujours différents dans la méthode, pour ne pas lasser les élèves : à l'écrit, à l'oral, en groupe de 2, de 4, avec des élèves qui jouent le rôle d'évaluateur, des élèves qui créent des questions ou des exercices pour les autres. La plateforme Genially est utilisée pour les corrections collaboratives des TP et exercices.

 

Une fois par thème soit 5 dans l'année un grand film dans la salle de conférence afin de fixer la mémorisation des notions. La création d'une BD collaborative sur le thème immunologie, la création du scénario d'un film qu'ils réalisent ensuite sur la méiose  Mon seul objectif est de susciter de la curiosité et de permettre aux élèves d'acquérir les notions et les méthodes qui leurs seront nécessaires lors de leurs études post Bac.

 

Que font les élèves à la maison ?

 

Les lycéens consultent le cours en ligne, sur la plateforme Moodle sur l'ENT, avec des ressources variées (vidéos personnelles créées en ligne sur powtoon notamment ou créées par d'autres professeurs et partagées en licence commons education, sons, images, texte), afin de permettre à chacun selon ses facilités de mémorisation de s'approprier les notions.

 

Une fois dans l'année chaque binôme est responsable de la correction d'un TP ou d'un exercice de manière à ce que tous en profitent sans avoir un énorme investissement personnel à fournir.  L'objectif du travail à la maison est de leur permettre de prendre le temps nécessaire à la compréhension et à la mémorisation.

 

Observez-vous plus de réussite chez vos élèves ? En quoi votre projet créé-t-il un « plaisir d'apprendre » pour vos élèves ?

 

Depuis deux ans, mes deux classes de Terminale S (sur 4 classes au lycée) étaient constituées d'élèves qui au départ avaient des résultats très moyens et surtout des élèves démotivés qui pensaient « ne pas y arriver ». A la fin de l'année, non seulement les résultats avaient augmenté mais leur confiance en eux s'était améliorée, certains ont osé choisir des vœux post bac qu'ils n'avaient pas envisagé en début d'année.

 

C'est le bannissement de l'ennui et l'instauration de la confiance entre les élèves et moi qui crée le plaisir d'apprendre. Les élèves sont contents et curieux de venir en classe, et certains anciens reviennent parfois les années suivantes (lors de leurs vacances universitaires) expliquer aux élèves les points positifs qui leurs servent dans les études post bac.

 

Quel bilan tirez-vous de la pédagogie que vous mettez ainsi en œuvre ?

 

Un investissement assez lourd en terme de temps de travail, préparation des vidéos, recherche d'exercices différenciés ...mais gratifiant quand les élèves sont heureux de venir en classe. Mon bilan personnel est très positif, je m'amuse en classe avec mes élèves et cela fait beaucoup de bien.

 

Pouvez-vous donner deux points forts de cette pratique d’enseignement ?

 

Deux points forts ce sont deux situations de classe. Lors d'un DS, un de mes élèves me demande de l'aider sur une notion qu'il ne savait plus expliquer, je lui dis de fermer les yeux et de repenser au film qu'on avait vu deux semaines auparavant en lui décrivant la scène du film. Au bout de 30 secondes, il rouvre les yeux et me dit « ça y est je me souviens ». Il a eu la meilleure note qu'il n'avait jamais eu en SVT !

 

Il y a aussi les élèves qui s'envoient une question sur le forum de la classe pour réactiver la mémoire. J'ai initié la première question, depuis ils se débrouillent seuls et ont instauré de continuer de le faire toute l'année (alors qu'au départ je ne l'avais prévu que sur un seul thème ..).

 

Et deux points faibles ?

 

Le temps de préparation afin de fournir des ressources variées et de qualité aux élèves. Certains élèves ne veulent pas adhérer à cette pédagogie et souhaitent "gratter" pendant 2h en cours. J'essaie de leur expliquer qu'être actif du bout des doigts ne signifie pas mémoriser et comprendre.

 

Propos recueillis par Barbara Le Douarin

 

Classe inversée en maths et sciences-physiques

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Par fjarraud , le mardi 29 novembre 2016.

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