Blanquer : Des chiffres et des lettres 

"En cette fin d’année scolaire, je tenais à vous adresser ces quelques mots pour vous remercier du travail que vous accomplissez quotidiennement auprès de vos élèves". Cette lettre de remerciements du ministre envoyée le 6 juillet aux enseignants aurait pu faire plaisir. Malheureusement elle est envoyée le jour même où le gouvernement décide des mesures budgétaires contre ses fonctionnaires, comme le retour du jour de carence. Finalement la lettre ne fait que souligner le grand écart entre la communication ministérielle et le silence sur la réalité des choix budgétaires que le ministre doit faire dans l'urgence. Une situation qui n'alimente pas la confiance.

 

L'école de la confiance...

 

 "Ma première volonté est de vous exprimer mon respect et ma considération. Vous exercez la mission la plus noble qui soit", écrit le ministre de l'éducation nationale dans ce courrier envoyé à chaque enseignant. Le ministre y justifie le dédoublement des CP de Rep+, sans dire un mot des maitres surnuméraires, et le dispositif "devoirs faits".

 

Surtout il développe les deux idées qui reviennent dans ses interventions depuis une semaine. D'abord l'autonomie des établissements présentée comme une source d'égalité. " La liberté nous mènera à plus d’égalité", écrit le ministre. "C’est en vous donnant du pouvoir d’initiative, de la capacité d’agir, de définir un projet éducatif collectif à l’échelle de chaque école, de chaque établissement que l’on répondra à tous les défis qui se présentent. C’est le sens de l’inflexion que nous avons voulu donner à la réforme du collège".

 

"C’est pourquoi, je souhaite progresser avec vous vers ce qui sera le concept clé de l’éducation au cours des cinq années à venir : celui d’ "école de la confiance". J’inscrirai cette action dans un temps long qui est celui de l’éducation. Nous y parviendrons par une confiance réciproque de l’institution et de ses personnels et par une confiance de tous les acteurs les uns vis-à-vis des autres". JM Blanquer a déjà longuement disserté sur ce thème dans les médias et encore récemment devant l'Assemblée.

 

Gel, suppressions de postes, jour de carence...

 

Mais cette belle communication se heurte directement aux premières mesures budgétaires annoncées le 6 juillet  par le ministre du budget lors des Etats généraux des comptes de la Nation.

 

"Aucun ministère, aucun opérateur, aucune niche ne seront sanctuarisés", a notamment déclaré Gérald Darmanin qui a fixé à 5 milliards les économies à réaliser en 2017. L'Education nationale représentant un quart des dépenses de l'Etat, elle pourrait avoir à trouver immédiatement un milliard. Pour 2018 c'est 15 à 20 milliards d'économies qui devront être faits.

 

Dans les mesures annoncées, outre le gel du point Fonction publique, G Darmanin a confirmé le retour du jour de carence pour les fonctionnaires  "pour lutter contre le micro absentéisme". Mais cette mesure ne représente que 200 millions d'économies auquel s'ajoute le gel du point Fonction publique pour 2 milliards. Il va donc falloir aller plus loin pour trouver 5 milliards pour 2017.

 

Dès 2018 "il y aura de postes d'agents publics non remplacés" a annoncé G Darmanin, fixant le volume à 120 000 postes durant le quinquennat. Contrairement aux propos tenus durant la campagne présidentielle, l'Education nationale devrait être mise à contribution. Rappelons qu'elle gère la moitié des fonctionnaires d'Etat. Elle pourrait être amenée à rendre la moitié des 50 000 postes de fonctionnaires à supprimer.

 

Le silence assourdissant de JM Blanquer sur son budget

 

La lettre si aimable de JM Blanquer arrive chez les enseignants au moment où ils se rendent compte que leur salaire est à nouveau gelé, que les accords de revalorisation sont incompatibles avec le budget et que le jour de carence va être rétabli. Cette lettre suscite de nombreuses réactions ironiques sur les réseaux sociaux.

 

Surtout la lettre souligne l'écart entre la communication ministérielle et la réalité de la politique ministérielle. Le ministre demande la confiance au moment où le gouvernement prend des mesures budgétaires contre les enseignants sans rien en dire.

 

Le ministre parle confiance , liberté, épanouissement. Mais il ne dit rein des choix budgétaires qui lui reviennent. Or c'est ce qu'attendent les acteurs de l'Ecole. Où le ministre compte-il prendre le milliard que le gouvernement attend pour 2017 et les  5 milliards de 2018 ? Car on n'est même plus dans la perspective du budget "en situation de constance" présenté au Sénat le 28 juin.

 

Si l'on fait confiance à JM Blanquer, l'Education nationale devrait financer la poursuite du PPCR (700 millions), les dédoublements (10 000 postes restants à trouver, 500 millions), la prime de 3000 € pour les enseignants de Rep+ (200 millions), tout cela en rendant quelques milliards d'euros au budget. Qui peut croire cela ?

 

JM Blanquer serait bien inspiré de parler budget et de dire comment il va faire. Où seront pris les postes qui devront être supprimés ? Quels choix institutionnels et pédagogiques le ministre fera-t-il pour équilibrer son budget en 2017 et en 2018 ? La confiance ne se décrète pas. Elle se gagne.

 

François Jarraud

 

La lettre de JM Blanquer

Darmanin dans Les Echos

Budget l'Education directement touchée

Devant le Sénat

 

 

Par fjarraud , le vendredi 07 juillet 2017.

Commentaires

  • caroudel, le 07/07/2017 à 11:23
    A l'école primaire, le jour de carence ne coûte rien à l'EN puisque de toute façon les remplaçants sont payés et qu'un jour - et même plusieurs- ne coûte aucune dépense supplémentaire. Le jour de carence est donc un impôt supplémentaire sur ces favorisés de la Nation... Par ailleurs si importants en CP ! C'est mesquin pour le moins. Et cela alimente des réflexions comme : tous les députés absents de l'hémicycle se verront taxés de 200€ par jour...
    • Jean Maurice, le 07/07/2017 à 13:39
      Oui.
      Sur le jour de carence:
      Lorsqu'un enseignant absent ne s'occupe pas de ses élèves, il ne serait pas payé.
      Mais s'il y a un remplaçant, seul le coût du remplacement + déplacement est une dépense supplémentaire pour la trésorerie et pas la journée de salaire du remplaçant qui est fixe, elle.
      Mieux, s'il n'y a pas de remplacement, les élèves sont sous la responsabilité des enseignants présents et donc bien pris en charge par des personnels à rémunérer. A ce moment_là, je propose que la retenue de salaire du prof absent soit reversée aux présents au prorata des élèves supplémentaires qu'ils accueillent (du surcroît de travail que cela leur coûte). Voilà la seule mesure logique.
      Dans bien des cas, les enseignants absents préparent et transmettent du travail au remplaçant ou aux collègues qui reçoivent leurs élèves. En cas de jour de carence, vous pouvez vous asseoir bien comme il faut sur cette démarche gratuite et généreuse, sur ce zèle si particulier aux enseignants bienveillants.
      Sanctionnez-les et ils vous rendront la monnaie sur un autre registre. Y a aps mieux pour démobiliser, surtout les plus bosseurs qui ne sont pas beaucoup absents. Ainsi, si vous manquez trois jours séparés, cela vous coûtera autant que si vous manquez trois semaines séparées et plus que deux semaines continues. Appelons ça justice!!!!!!

      Mieux encore, un enseignant qui porte sa classe très loin dans les savoirs se fatigue à la tâche. S'il manque un peu, il sera sanctionné financièrement. Alors qu'un feinéant de base qui n'apprend rien à ses élèves mais ne manque jamais (il ne s'use pas au travail!), serait payé, lui, plein pot!!!!
      Appelons ça justice!!

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