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L’éducation en Asie en 2014 : quels enjeux mondiaux ? > Messages > Marc Bray : Faut-il avoir peur de l’école de l’ombre ?
Marc Bray : Faut-il avoir peur de l’école de l’ombre ?

C'est une particularité des systèmes éducatifs asiatique : l'école de l'ombre, les cours particuliers privés, y est très répandue. Quels effets cela a -t-il sur l'éducation ? L'Europe, qui connait une forte croissance des ce s cours privés, doit-elle se protéger ?


L’école de l’ombre, celle des cours particuliers, supplémentaires, dispensés par des professeurs ou des entreprises occupe une place croissante dans les débats en éducation. Qui sont les plus gros consommateurs et pourquoi ?


Marc Bray Marc Bray : Les champions asiatiques sont : la Corée du Sud, le Japon et Taïwan. L’école de l’ombre gagne très rapidement du terrain en Chine. En Europe, la Grèce, Chypre et Malte sont sur le podium mais la France est en train de les ratrapper. Les raisons en sont multiples. En Asie de l’est, il s’agit de pays riches où une bonne éducation est recherchée et le recours aux leçons particulières massif. En Asie du Sud, le système éducatif est déliquescent et les enseignants dispensent eux-mêmes des cours particuliers. Dans les pays asiatiques issus de l’ex-URSS, les cours particuliers ont toujours existé mais étaient clandestins. Avec l’acceptation du marché, cette pratique a perduré et est devenue ouverte. En Europe, les salaires des enseignants se sont effondrés avec la disparition de l’URSS, les enseignants étaient obligés de donner des cours particuliers pour subvenir aux besoins de leurs familles et la société dans son ensemble a accepté ce fait.


La situation est particulièrement perverse en France : le gouvernement encourage lui-même l’école de l’ombre grâce aux abattements fiscaux avantageux. Seuls les riches paient des impôts et bénéficient de ce système, les familles pauvres sont exclues de ce système et leurs enfants ne bénéficient pas de cours particuliers. En agissant ainsi, le gouvernement reconnaît et légitime l’école de l’ombre.


Quelles sont les facteurs à l’origine de ce phénomène croissant ?


La confiance se trouve érodée. L’anxiété parentale est le fond de commerce des entreprises pourvoyeuses de cours de soutien qui l’entretiennent et nourrissent la défiance vis-à-vis des écoles. Le discours typique est celui de la responsabilisation des parents « votre fille a besoin d’un soutien vous devez le faire pour elle, donnez-nous quelques euros et nous nous en chargeons. » Cette anxiété trouve son origine donc en partie dans le discours de ces entreprises mais également dans la mondialisation. Auparavant, les familles n’avaient pas le sentiment que la compétition se jouait au-delà des frontières nationales. Les évaluations comparatives internationales entretiennent cette anxieté parentale.


Existe-t-il une corrélation entre essor des écoles privées et essor de l’école de l’ombre ?


Pas tout à fait, les écoles privées n’endiguent en rien le recours aux cours particuliers bien au contraire. Les clients des entreprises de cours de soutien sont souvent inscrits dans des écoles privées. Souvent ils sont issus de familles favorisées à même de payer les frais supplémentaires.


Quel impact et leçons pour l’Europe et la France ?


Plus le nombre d’enfant bénéficiant d’une éducation parallèle croît, plus cela devient la norme et plus de familles y ont recours. Par exemple à Hong Kong 58% des élèves ont recours aux cours particuliers à la fin du collège et cette proportion atteint les 72% à la fin du lycée ! Par conséquent, ceux qui n’en bénéficient pas deviennent nerveux et intègrent le système aussi. On arrive ainsi à un point de basculement.


Cela a un effet pervers : les élèves respectent moins les enseignants des écoles et ces derniers, constatant que leurs élèves se tournent ailleurs pourraient relâcher leurs efforts et s’appuyer sur le secteur privé. Un cercle vicieux s’installe.


Ce phénomène de l’école de l’ombre est vieux et bien installé en Asie. De ce fait, l’Asie pourrait délivrer un message à l’Europe : évitez que cela fasse partie de la culture, découragez cette école de l’ombre. On peut partager l’Europe en quatre groupes : le sud où il est trop tard, le marché des cours privés est bien ancré. L’Europe de l’est : pour les raisons historiques déjà expliquées, le phénomène est accepté par la société. En Europe de l’Ouest : il n’est pas encore trop tard, il faut agir vite. Dans les pays scandinaves, les parents font confiance aux enseignants et à l’école, c’est un bon endroit pour être un écolier, alors protégez ce que vous avez de bien ! Une arme efficace est la réglementation de ces cours particuliers. C’est une tâche à laquelle il faut s’atteler.


Propos recueillis par Ange Ansour


Site de Marc Bray

http://cerc.edu.hku.hk/

Comparative education research centre university of Hongkong


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