Les Petits livres : Une maison d'édition gérée par les élèves 

 

Nicolas VallotInterview de Nicolas Vallot, professeur des écoles depuis 11 ans à l’école Federico García Lorca de Vaulx-en-Velin. L’établissement vient de remporter un des Prix de l’innovation éducative 2007 organisé par la Ligue de l’enseignement et l’Association Pour l’école grâce à un projet de maison d’édition coopérative gérée par les élèves.

 

 

La pratique de faire écrire et éditer les élèves vient de loin, on peut le dire Freinet. Revendiquez vous la paternité ?

 

85cl15.jpgOui, effectivement. Les travaux de Célestin Freinet et de l’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne) ont une influence directe sur la vie de l’école et les travaux qui y sont menés. Une grande place est accordée au quotidien à la production écrite des élèves. La technique de pliage des petits livres, apportée par un collègue du Mouvement Freinet, Patrick Chrétien, qui l’avait lui-même découverte lors d’un stage pédagogique, a offert un débouché de poids aux textes des élèves.

 

En tant qu’élève, j’ai eu pendant deux ans un enseignant “Freinet”, qui nous a fait utiliser l’imprimerie en classe. Je me souviens que nous avions édité un recueil de poésies. Lorsque j’ai découvert la technique de pliage des petits livres, l’idée de leur publication et de leur diffusion est venue comme un prolongement naturel.

 

Dans un premier temps, des échanges de correspondance scolaire ont amené des classes de plusieurs écoles à choisir mutuellement les petits livres qui seraient publiés. Les élèves en réalisaient plusieurs exemplaires qu’ils pouvaient distribuer autour d’eux (aux copains, à la famille…) La mise en place d’un comité d’édition au sein de l’école Lorca s’est faite progressivement, au fur et à mesure de l’implication des autres classes de l’école dans le dispositif.

 

85cl14.jpgNous avons utilisé dès le départ ordinateurs et photocopieurs, descendants naturels des casses d’imprimerie Freinet. Les possibilités de mise en page automatique (et accessoirement de correction d’orthographe) maintiennent une motivation importante chez les élèves, du fait du passage rapide du manuscrit à un produit fini et de la facilité avec laquelle on peut reprendre et améliorer le texte. Le changement de support évite un phénomène de lassitude que pourraient rencontrer parfois les élèves à l’idée de devoir reprendre plusieurs fois la totalité de leurs écrits de manière manuscrite.

 


Quels genres d’histoires les élèves écrivent-ils ?

 

85cl16.jpgLa grande majorité des textes produits sont des autobiographies plus ou moins déguisées. Certains le reconnaissent dès le départ, d’autres choisissent un prénom de convenance qui ne trompe personne (d’autant plus que, dans leur premier jet, certains passent rapidement de la troisième à la première personne…) En dehors de ces textes, on trouve des contes, des fictions policières, de petites poésies, des comptes-rendus de vie de classe (organisation des ateliers disciplinaires, séances de kayak, séjours sportifs…), des documentaires (la création de vin en classe, l’élevage de vers à soie…), des dictionnaires (lexique français/quartier…)

 

Certains textes ont été particulièrement marquants et conservent une place à part dans les mémoires des enseignants : Le Grand Voyage (sur l’exil des Chrétiens d’Irak), Célibataire (les difficultés relationnelles dans le couple), etc.

 

 

Evidemment ce n'est pas uniquement une histoire d'écriture. C'est aussi une affaire d'apprentissage de la vie collective. Comment gérez-vous ces éditions ?

 

Dans les classes multi-âge de cycle 3, un tuilage entre élèves anciens et nouveaux fonctionne et facilite l’acquisition des techniques de production, la gestion des stocks de petits livres, leur vente, etc. La coopération fonctionne “à plein”.

 

Gestion des stocks et liste des 62 ouvrages publiés en 2006/2007

 

85cl12.jpgQuand un élève a écrit un texte libre en classe, il s’inscrit sur une fiche pour être aidé par l’enseignant lors de la correction. Certains court-circuitent ce dispositif et demandent de l’aide à leurs camarades (on retrouve cette coopération tout au long du processus de production des petits livres). Après une première réécriture manuscrite (qui n’est pas systématique), l’élève passe à la saisie de son texte sur ordinateur. Nous avons créé des modèles de fichiers qui réalisent une mise page automatique. Les versions imprimées du document servent ensuite de base aux corrections ultérieures successives.

 

Le texte finalisé est ensuite proposé au “comité” de la classe, qui en choisit deux (forcément des types d’écrits différents : roman, album, poésie…) qui sont ensuite proposés au comité de lecture de l’école. Le comité de la classe est composé d’au moins trois élèves (de différentes années du cycle, chapeautés par des “anciens”, responsables de la maison d’édition). Ils possèdent une grille de relecture qui leur permet d’objectiver leur choix.

 

Le comité d’édition, hebdomadaire, regroupe deux élèves de chaque classe ; à la différence d’un comité de classe, il est conduit par un enseignant de l’école. Il reçoit, lit, discute, suggère d’éventuelles corrections et choisit les ouvrages soumis par les élèves de l’école.

 

Chaque petit livre choisi est re-relu, re-corrigé, puis photocopié en une trentaine d’exemplaires. Chacun est colorié par son auteur (et ses camarades), plié, puis mis en vente. Dix exemplaires sont offerts à l’auteur et les autres sont mis en vente par la maison d’édition lors des récréations au prix de 10 centimes. Chaque trimestre, les bénéfices sont partagés entre les coopératives de chaque classe.

 

 

Comment cela s'articule-t-il avec les apprentissages scolaires ?

 

Le petit livre constitue un lien naturel entre des connaissances et des capacités que les programmes ont parfois tendance à présenter de manière “saucissonnée” : orthographe, grammaire, conjugaison… ne sont que des outils au service de l’expression.

 

Les élèves acquièrent une maîtrise de l’informatique qui lui conserve son statut d’outil et non de fin en soi (combien de plages “Informatique” dans les emplois du temps ?)

 

 

Les livres sont édités. Vous avez une idée de leur circulation ? Sont-ils à l'origine d'échanges, de contacts ?

 

85cl11.jpgChaque nouvelle publication ou vente est annoncée à la Radio de l’école (un dispositif de hauts-parleurs dans les classes qui permet de diffuser quotidiennement une émission réalisée et présentée par les élèves). Diverses animations (lectures, jeux, questionnaires...) sont également menées autour des petits livres en cours d’année.

 

La bibliothèque municipale (Bibliothèque de l’Écoi à Vaulx-en-Velin) a également apporté un net soutien à l’opération en achetant et présentant régulièrement les petits livres publiés.

 

Au niveau des échanges, les petits livres interpellent souvent les adultes qui visitent l’école (collègues, familles…) Nous avons également eu le cas d’élèves qui, une fois passés au collège, continuent à en écrire…

 

 

Votre expérience vous paraît-elle transposable ?

 

Instantanément. Une feuille A4 suffit. Pas même besoin d’un ordinateur dans un premier temps : on peut très facilement créer un petit livre manuscrit. Pour lancer le projet en classe, on peut par exemple réaliser simultanément des cadavres exquis (chacun plie un petit livre, rédige une page, puis fait passer à son voisin qui rédige la page suivante, etc.) Autre possibilité, plus simple : chacun écrit directement une histoire complète.

 

 

Dans quelques semaines au Salon de l'éducation, la Ligue de l'enseignement vous remettra le prix de l'innovation éducative. Pensez vous que ce prix puisse vous aider dans vos projets ?

 

Avant toute chose, il faut souligner que le fait d’être reconnu et encouragé dans son travail, pour les enseignants, est suffisamment rare pour que ce prix de l’innovation soit très appréciable. On pourrait faire un parallèle entre ce prix et la valorisation du travail des élèves que nous tentons de réaliser avec les petits livres : cela fait plaisir et joue, quelque part, sur la motivation et l’envie de s’impliquer encore plus avant dans le métier.

 

85cl13.jpgAprès cet aspect fondamental, d’un point de vue financier, il est clair que le prix apportera une aide conséquente au financement de nos projets (accessoirement, à lui seul, il représente l’équivalent de 3 années des financements institutionnels des projets de notre école de REP à 9 classes). C’est dire s’il va constituer un bol d’air. Il devrait nous permettre, entre autres choses, d’organiser de nouveau un Prix inter-écoles d’écriture de petits livres.

 

 

 

Nicolas Vallot

Professeur des écoles

 

Entretien F. Jarraud

 

Site regroupant outils, techniques et exemples de petits livres :

http://petitslivres.free.fr

Sur le site du Café
Par fjarraud , le samedi 15 septembre 2007.
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